Premiers pas vers une nouvelle vie

Le monde connaît actuellement la plus grave crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale. Plus de 65 millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été chassés de chez eux par de terribles violences, conflits et persécutions. Des millions d’autres ont fui catastrophes naturelles et pauvreté.

Entre janvier et juin 2016, près de 100 000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe en passant par la Méditerranée centrale, qui est considérée comme la voie migratoire la plus meurtrière au monde. La plupart ont voyagé sur des bateaux de passeurs depuis la Libye, la Tunisie ou l’Égypte, risquant leur vie à la recherche d’un lieu sûr en Italie ou à Malte. Nombre d’entre eux voyaient la mer pour la première fois ou ne savaient pas nager.

Que deviennent celles et ceux qui parviennent à atteindre les côtes italiennes ? Quels problèmes doivent-ils affronter ? Quels sont leurs espoirs et leurs peurs ? Lisez leurs témoignages et découvrez comment nous les aidons, à leur arrivée et au cours de leur séjour.

Idrissa, originaire de Guinée-Conakry, a échappé à un kidnapping en Libye et vit maintenant à Arezzo, en Toscane. Comme nombre d’autres réfugiés, il souffre d’insomnie. « Nous avons beaucoup souffert pour arriver jusqu’ici. Nous l’avons fait parce que nous n’avions pas le choix. J’aimerais progresser et avoir un avenir ici, j’espère qu’ils me laisseront faire », dit-il.

Les conditions de vie en Italie restent désastreuses. De nombreux migrants et réfugiés arrivent démunis et sont forcés de vivre dans la rue parce qu’ils n’ont pas le droit de demander l’asile et sont renvoyés des centres de réception. Ils sont alors une proie facile pour les trafiquants et les passeurs. En Italie, Oxfam met tout en œuvre pour que les migrants et les réfugiés reçoivent les premiers soins, un abri sûr, des renseignements, ainsi que des conseils juridiques de base. Nous les aidons aussi à s’installer et à trouver du travail en attendant la décision sur leur statut légal. Nous organisons notamment des formations professionnelles et des cours d’italien. Il faut parfois jusqu’à deux ans pour qu’une demande d’asile aboutisse par exemple.

Notre action en Sicile

Pour apporter une aide vitale aux migrants les plus vulnérables et leur fournir les renseignements dont ils ont besoin, nous gérons une unité mobile dans la ville de Catane, en Sicile. Son personnel, qui comprend un assistant social et un interprète culturel, aide les migrants inconnus des autorités. Ceux-ci reçoivent des articles de base tels que des nécessaires de toilette, une assistance juridique et des informations sur l’accès aux services de santé et au logement.

Kaba, jeune Malien de 28 ans, cherchait du travail en Libye quand des soldats l’ont forcé à monter dans un bateau en plastique en partance pour l’Europe, de l’autre côté de la Méditerranée. L’embarcation était instable et Kaba ne savait pas nager. Il a passé trois jours terrifiants en mer, sans eau ni nourriture, avant d’être secouru et déposé sur l’île de Lampedusa en 2014.

Kaba a rencontré un avocat qui, après avoir écouté son histoire, lui a conseillé de demander l’asile. En attendant la décision, Kaba a trouvé un travail clandestin dans l’agriculture, mais les conditions de travail étaient horribles et il n’avait pas de salaire fixe. Il raconte qu’il faisait partie d’un groupe d’Africains qui partaient chercher du travail chaque jour. Seuls quelques-uns étaient sélectionnés pour la journée de travail. « Parfois on avait de la chance. Nous dormions dans un magasin pas loin des champs », explique-t-il. Quand il a appris que sa demande d’asile avait été rejetée, il a perdu tout espoir et a tenté de se suicider. Son avocat a alors contacté Oxfam.

Grâce à Oxfam, Kaba a trouvé un hébergement dans un foyer, où il a retrouvé un peu de dignité. Puis la décision de lui refuser l’asile a été annulée. Il est content, mais il avoue qu’il est fatigué. « Ça fait longtemps que je suis ici et je ne peux pas travailler légalement. Depuis mon arrivée, je fais tout ce qu’on me dit de faire, mais ça n’aide pas. Je n’ai plus d’espoir. J’ai trop de temps à moi, je passe mes journées à penser, ce n’est pas bon. »

Une nouvelle vie en Toscane

Peter, 21 ans, a fui le Nigeria sous la menace de Boko Haram, quand les violences ont commencé entre les différentes factions. Il n’a même pas pu dire à sa famille où il allait, car cela leur aurait fait courir un plus grand risque. « J’étais heureux dans mon pays, j’avais une famille et je gagnais bien ma vie. Mais j’ai dû m’enfuir », explique-t-il. Maintenant, il suit des cours de cuisine et travaille dans les fermes d’Arezzo, entre autres activités.

Peter n’aurait jamais pu imaginer sa vie d’aujourd’hui. Quand il a quitté sa maison, il est d’abord resté au Nigeria, puis a cherché du travail au Niger et en Libye, mais il n’y était pas en sécurité non plus. « Nous dormions avec nos chaussures aux pieds, au cas où il aurait fallu fuir », raconte-t-il sur son séjour en Libye. Craignant pour sa vie, il a pris une décision difficile, celle de traverser la mer et de se rendre en Europe. « Je pouvais prendre un bateau ou mourir dans mon pays. Alors j’ai choisi la mer. C’était la vie ou la mort. »

Il est arrivé en Italie en octobre 2015. Il sait qu’il a eu de la chance. « J’ai vu beaucoup de gens mourir en mer », raconte-t-il sur sa traversée. Il a aussi eu la chance de recevoir de l’aide d’Oxfam, qui a veillé à ce qu’il bénéficie d’examens médicaux et reçoivent de nouveaux vêtements dès que possible. Avec l’aide appropriée, Peter s’habitue à sa nouvelle vie et suit des cours de cuisine. « Oxfam sait ce dont nous avons besoin », se réjouit-il.

Comme Peter, Nouhoum Sissoko, 21 ans, suit aussi des cours de cuisine. « La cuisine italienne est très difficile à apprendre. Ça prend du temps pour y arriver. En Afrique, les hommes ne cuisinent pas, mais depuis que je suis parti, j’ai dû apprendre », explique-t-il.

Nouhoum n’avait pas l’intention de venir en Europe, mais il n’a pas eu le choix. « Au Mali, il y a beaucoup de problèmes, mais chaque cas est différent. Je ne peux pas parler pour les autres. Moi, je suis parti parce que j’avais des problèmes, si j’étais resté, je ne serais pas là pour en parler. D’abord, mon but était de me rendre en Algérie », mais il a été victime d’un vol, raconte-t-il. « Je l’ai signalé à la police, mais ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas m’aider, alors j’ai décidé de partir. »

Il a demandé l’asile en Italie et travaille dur pour acquérir son indépendance. « J’apprends l’italien et je me suis débrouillé pour terminer le collège en Italie. J’ai beaucoup étudié et j’ai réussi. »

Notre soutien consiste à s’assurer que certaines des personnes les plus vulnérables qui arrivent en Italie aient un endroit sûr où vivre, connaissent leurs droits, comprennent la langue dans laquelle leur situation sera traitée, et puissent être indépendantes. Nous changeons des vies, mais nous avons besoin d’atteindre plus de personnes.

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