Tout abandonner pour fuir la violence : 1,3 million de personnes déplacées internes au Burkina Faso

L’insécurité et la violence touchent toute la région du Sahel, impactant directement la vie de millions de personnes, contraintes de tout abandonner et de fuir pour ne pas mourir. Au Sahel, plus de 4 millions de personnes ont été déplacées à cause des violences. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, le nombre de personnes qui ont été contraintes de se déplacer à l’intérieur de leur propre pays a été multiplié par 20 en deux ans. Le seul Burkina Faso compte aujourd’hui plus d’1,3 million de déplacés internes, sur une population de 21 millions d’habitant·e·s.

La situation des personnes déplacées internes au Burkina Faso

Fin septembre 2021, les équipes d’Oxfam France se sont rendues au Burkina Faso, pour échanger et travailler avec les équipes d’Oxfam dans le pays et les organisations locales que nous soutenons. Aujourd’hui, les déplacements contraints dans le pays, du fait des violences, sont en forte croissance. Entre 2017 et juillet 2021, plus de 1 368 000 personnes ont été contraintes de partir de leur domicile pour trouver protection dans d’autres communes. Le premier semestre de l’année 2020 avait connu une hausse très importante des violences et du nombre de déplacements engendrés.

Nous avons rencontré certaines des personnes déplacées à Kaya, dans le Nord du pays. Elles sont revenues sur leur parcours, la violence à l’origine de leur fuite et leurs conditions de vie maintenant qu’elles ont tout abandonné.

« Notre village est à 20km d’ici. C’est la crise qui nous a poussés à nous déplacer. Ils sont arrivés un soir, aux environs de 16h. Une fois dans notre village, ils tiraient sur tout le monde, sans distinction, et jusqu’à notre domicile. Les femmes se sont cachées dans les chambres et les hommes ont trouvé refuge dans la brousse. Ils ont retrouvé et abattu 3 personnes. Puis les femmes ont été réunies et chargées d’informer leur mari qu’ils reviendraient. Les femmes ont rejoint la brousse et le matin nous avons fui. On a marché durant 3 jours pour être ici. »

Dans les villes et les régions d’accueil, l’arrivée des personnes déplacées engendre de nouveaux besoins et une tension autour des ressources disponibles. Ces régions font déjà face à la disparition des services publics, la fermeture des écoles, au manque d’eau et de ressources. Dans ce pays fortement impacté par les changements climatiques, où les sécheresses sont plus longues et intenses, l’accès à l’eau potable est un enjeu majeur.

« Une fois ici, nous avons été confronté au problème de l’eau. Notre préoccupation majeure, c’est l’eau et la nourriture. Mais grâce à l’aide d’Oxfam, la situation s’est améliorée. »
Les régions du Burkina Faso aux besoins humanitaires les plus importants.

Ce contexte est d’autant plus préoccupant que dans le même temps, le pays fait également face à une production agricole de plus en plus faible et les poches de sécheresse persistante ont fait basculer plus de 3,3 millions de burkinabè en crise alimentaire aigue en 2020. Ces crises combinées ont engendré une dégradation continue de la situation humanitaire.

L’action humanitaire d’Oxfam pour soutenir les personnes déplacées internes et les communautés qui les accueillent

Oxfam et ses partenaires locaux fournissent une assistance humanitaire aux personnes déplacées internes et communautés hôtes au Burkina Faso et dans toute la région du Sahel. Cette aide humanitaire comprend une assistance alimentaire à travers la distribution de nourriture, de coupons alimentaires et d’argent.

Nous nous mobilisons également pour assurer l’accès à l’eau potable, un enjeu vital dans la région, ainsi qu’à des systèmes d’assainissement et des produits d’hygiène (WASH), indispensable pour lutter contre la propagation de pandémie dans des zones densément peuplées. Ce soutien se fait de manière très pratique avec, par exemple, la réhabilitation, la construction et la transformation des points d’eau, mais aussi des ateliers de promotion à l’hygiène publique et la distribution d’articles ménagers et de toilette.

Installation d'Oxfam au Burkina Faso, pour assurer l'accès à l'eau potable aux personnes déplacées et aux communautés hôtes, à Kaya. Crédit : Gery Barbot / Oxfam.

Ce soutien simultané aux personnes déplacées internes et aux communautés hôtes est perceptible dans un grand nombre des projets menés par Oxfam au Burkina Faso. Le projet dit « Start Small » est un excellent exemple. Il cible une centaine de femmes, cheffes de ménages, soit 700 personnes au total. Il a pour objectif de fournir une assistance alimentaire à ces 100 ménages, qui pour 60 d’entre eux sont des personnes déplacées et les 40 autres des familles hôtes.

Mais ce projet va également au-delà de la seule assistance alimentaire car il cherche à appuyer le renforcement de leurs moyens d’existence, pour apporter un soutien durable. Cela passe par l’accès à quelques petits ruminants, en assurant aussi la distribution d’aliments pour ce bétail, l’appui aux soins vétérinaires et le renforcement des capacités des personnes soutenues. Cela se fait, par exemple, par un certain nombre de formations sur le rationnement alimentaire, la santé animale, la récolte et la conservation du fourrage, la recherche de marchés et d’opportunités d’échanges ou encore la tenue d’un compte d’exploitation.

Défendre les droits et la vie des populations civiles

Au-delà de notre action humanitaire, avec les organisations locales et internationales avec lesquelles nous travaillons, nous nous mobilisons pour défendre une réponse durable à la crise et à ses racines profondes :

  • La dégradation de la situation au Burkina Faso induit une forte et rapide augmentation des besoins des communautés, et donc appelle à une mobilisation urgente de tous les acteurs humanitaires et de développement. Les bailleurs de fonds doivent financer intégralement et rapidement le plan de réponse humanitaire 2021 pour permettre de répondre aux besoins urgents des populations. Seulement 24 % sont financées en date du 20 août 2021. A ce stade la France n’a financé que 11 millions des 607 millions nécessaire.
  • Les autorités civiles et militaires doivent faciliter l’accès des populations affectées aux services essentiels.
  • Avant d’être sécuritaire, la crise qui touche le Burkina Faso est une crise multidimensionnelle à caractère social, politique et économique et qui prend ses racines dans la marginalisation et l’isolement de certaines régions du pays. La réponse à cette crise ne doit pas être seulement sécuritaire.