CAC 40 : le grand écart salarial

Les entreprises du CAC 40, comme l’a révélé Oxfam dans son rapport « CAC 40 : des profits sans partages » sont très généreuses avec leurs actionnaires, cela au détriment de leurs salariés. Les entreprises du CAC 40 rémunèrent aussi de façon excessive leurs grands patrons, creusant un écart de plus en plus grand avec les rémunérations moyennes des salariés et alimentant ainsi les inégalités.

Des écarts indécents entre PDG et salarié-e-s.

Les écarts salariaux entre les PDG et les salariés se traduisent par des rapports de plus en plus grands entre hauts et bas salaires : en 2016, les patrons du CAC 40 gagnaient en moyenne 257 fois le SMIC, et 119 fois le salaire moyen au sein de leur entreprise quand en 2009, cet écart était de 97. Sur 2016, l’écart le plus important a été constaté chez Carrefour où le PDG a perçu 553 fois le SMIC.

Cette même année, les PDG du CAC 40 touchaient des salaires qui s’échelonnaient entre 1,5 million et 10 millions d’euros. Trois PDG sont particulièrement bien payés : ceux de Carrefour, Sanofi et l’Oréal, qui gagnent plus de 9 millions d’euros par an.

Si on prend en compte toute la chaîne d’approvisionnement en y incluant les sous-traitants dans les pays du Sud, les écarts sont encore plus criants. Ainsi, une personne qui cueille en Inde le thé vendu par Carrefour ne gagne que 505 euros en moyenne par an. Il lui faudrait 64 ans pour gagner ce que le PDG de Carrefour gagne en une journée. Et en France ? Les agriculteurs français qui fournissent Carrefour (éleveurs laitiers, maraichers, céréaliers, etc.) gagnent en moyenne 19 130 euros par an, soit 509 fois moins que le PDG de l’entreprise.

L’aggravation des inégalités, un risque pour l’entreprise

En France, les écarts de rémunération s’aggravent : la rémunération des dirigeants du CAC 40 a cru de 45 % depuis 2009, soit plus de deux fois plus vite que la moyenne des salaires de leurs entreprises, et 4 fois plus vite que le salaire minimum (SMIC).

Au-delà de leur caractère profondément inégalitaire vis-à-vis des salariés qui ne perçoivent que des miettes des richesses créées par leur entreprise, ces rémunérations très généreuses peuvent être un danger pour la bonne santé des entreprises. Les PDG du CAC 40 développent en effet des pratiques alignées avec les intérêts des actionnaires et ont tout intérêt à faire monter le cours de l’action de leur entreprise en Bourse, car plus de la moitié de leur rémunération est versée sous forme d’actions. Résultat, ces dirigeants privilégient l’intérêt à court terme de l’entreprise, négligeant la vision de long terme et notamment l’investissement permettrait à l’entreprise de se développer et de grandir.
Une étude menée par des professeurs de Cambridge et Purdue en 2014 a montré que plus les salaires des PDG étaient élevés, plus les performances économiques des entreprises étaient mauvaises. Autre enseignement de l’étude : les inégalités salariales seraient aussi liées à l’ancienneté des PDG à leur poste : plus celle-ci est grande, plus ils semblent prêts à prendre des risques pour augmenter leur rémunération et satisfaire les demandes de dividendes à court terme des actionnaires.

Des solutions concrètes pour lutter contre les écarts salariaux.

Les rémunérations record des grands patrons fait débat dans un contexte post-crise financière et alors que la précarité et la pauvreté touchent un nombre croissant de Français. Ces derniers ont une opinion claire sur la question des écarts salariaux : en 2011, ils étaient quasiment 2 sur 3 à souhaiter un plafonnement des salaires à 10 000 euros, soit un écart de 1 à 7 avec le SMIC de l’époque.
Limiter les écarts de salaires et mieux partager la richesse créée au sein des entreprises est indispensable pour lutter contre les inégalités. Si les pratiques actuelles du CAC 40 sont dramatiques au regard de ces enjeux, beaucoup d’entreprises appliquent déjà la modération salariale. Dans l’économie sociale et solidaire (ESS), qui représente 10 % des emplois du privé, l’écart maximal généralement pratiqué est de 1 à 5, et dans les entreprises solidaires d’utilité sociale (ESUS), la rémunération la plus haute de l’entreprise ne peut excéder un plafond de 10 fois le SMIC soit 179 816 € en 2018. Enfin, dans la fonction publique, la rémunération brute maximale est de l’ordre de 15 000 euros mensuels, primes comprises.
Ces exemples montrent que des alternatives existent et qu’il est tout fait viable de limiter les écarts extrêmes de rémunération afin de réduire les inégalités et sur le long terme sauvegarder la bonne santé économique des entreprises.
Oxfam plaide pour des solutions concrètes et atteignables :
– Instaurer la transparence sur les écarts de salaires dans les entreprises (rémunération médiane, distribution des salaires par décile, écarts de rémunérations entre les hommes et les femmes…)
– Limiter les écarts de salaire au sein des entreprises, en appliquant au maximum un facteur 20 entre la rémunération la plus haute et la rémunération médiane de l’entreprise.
– Limiter les retraites-chapeau et « parachutes dorés ».
– Assurer un salaire décent à l’ensemble des employés de la chaîne d’approvisionnement.
– Combler le fossé salarial entre les femmes et les hommes.
C’est grâce à de telles mesures que le CAC 40 cessera d’alimenter la spirale des inégalités. Vous aussi, vous pouvez porter ces solutions à nos côtés en signant notre pétition pour une grande loi sur les inégalités.

Pour retrouver l’intégralité de notre rapport, rendez-vous ici.

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