En finir avec les inégalités extrêmes

En janvier, nous avons publié un rapport intitulé "En finir avec les inégalités extrêmes" qui a fait beaucoup de bruit, notamment ce chiffre choc : aujourd’hui, les 85 plus grandes fortunes au monde possèdent autant que la moitié la moins riche de la population mondiale.

D’un côté, les profits de très grandes entreprises, les salaires d’une poignée de dirigeants et les transactions boursières battent chaque jour de nouveaux records, et ne montrent aucun signe de ralentissement, tandis que de l’autre, le chômage et la précarité augmentent.

1% vs. 99%

Près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1% les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l'autre moitié.  Et cela dans le monde entier : l'Inde a vu le nombre de ses milliardaires passer de seulement 6 à 56 ces dix dernières années, concentrant environ 200 milliards de dollars entre les mains de quelques dizaines de personnes dans un pays qui compte 1,2 milliard d'habitants. 

On pourrait penser que ces milliardaires se contenteraient de cet argent, mais pour Oxfam, ces inégalités économiques riment de plus en plus avec confiscation du pouvoir politique au profit des plus riches, posant un véritable défi pour la démocratie et entravant tous les efforts qui sont fait pour lutter contre la pauvreté.

Oxfam s’inquiète également pour l’avenir, et du risque de voir ces privilèges se transmettre de générations en générations. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, sous l’Ancien régime que nous apprenons à l’école, chaque corps, chaque communauté avait ses règles, ses devoirs et ses privilèges et visait à les perpétuer coûte que coûte.

Bien entendu, aujourd’hui cela a bien changé, mais les élites sont toujours soucieuses de leurs intérêts.

Dans leur ouvrage Les ghettos du gotha, les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon parlent de la mobilisation des élites françaises pour perpétuer leur mode de vie, et détaillent les nombreux "cercles" qui défendent leur pré-carré. Ils y soulignent le contraste "entre les discours de ces familles sur des sujets économiques et politiques, qui prônent la flexibilité du travail et la mobilité des salariés, et leurs propres pratiques qui visent au contraire à la multiplication des enracinements et à la continuité à travers les générations" [1].

C’est également ce que souligne le journaliste Hervé Kempf dans son ouvrage L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie : "Derrière l’apparence d’une démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé par un petit groupe de gens, la classe oligarchique".

Une étude américaine a récemment conclu que 10% des citoyens les plus riches et les lobbys défendant des intérêts économiques ont 15 fois plus d’influence sur les politiques menées que les citoyens moyens et les groupes d’intérêt de masse (comme les syndicats).

Quelques solutions ?

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a récemment estimé qu’"une répartition inégale du revenu porte atteinte au rythme et à la pérennité de la croissance dans le long terme." La Banque Mondiale, à travers son président, Jim Yong Kim, a elle annoncé vouloir s’attaquer aux inégalités. Encore faut-il mettre des actes face à ces paroles.

Pour Oxfam, il est temps de prendre des décisions ambitieuses, notamment concernant les paradis fiscaux, qui décuplent les inégalités économiques ; sur la mise en place de fiscalité progressive sur les richesses et les revenus ; en encourageant les États à utiliser leurs recettes fiscales pour financer l’éducation, la santé et notamment la protection sociale universelle et non de simples ‘’filets de sécurité’’ ; ou en défendant un salaire minimum vital.

Nous plaidons également la mise en place d'un objectif global pour mettre fin aux inégalités économiques extrêmes dans tous les pays, avec par exemple la surveillance constante des écarts entre les 10% les plus riches et les 40% les plus pauvres.