La lutte contre la pauvreté mise à mal par la forte croissance des inégalités

En 2000, l’ensemble des 189 Etats membres des Nations unies ainsi que les principales institutions de développement se sont fixé huit objectifs communs de lutte contre la pauvreté : les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), à atteindre d’ici à 2015.

Aujourd’hui, mercredi 25 septembre, les gouvernements du monde entier vont faire le point sur les progrès des OMD, au cours d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce sera aussi l’occasion de planifier un nouvel agenda de développement mondial après 2015.

Des progrès, mais peut mieux faire

Le premier objectif, réduire de moitié l’extrême pauvreté, a été atteint. D’autres succès notoires sont à noter. En Afrique subsaharienne, la mortalité des mères en couches a baissé de 41% en deux décennies. La mortalité des enfants de moins de cinq ans a radicalement baissé au Rwanda, au Libéria, à Madagascar, au Malawi, au Niger et en Ethiopie. Les efforts visant à lutter contre les maladies ont été payants et de nombreuses vies ont été sauvées : on observe une diminution de 25% des décès dus au paludisme dans le monde, et même de 33% en Afrique.

Pourtant, plus d’un milliard de personnes vivent encore avec moins de 1,25 dollar par jour dans le monde, et la plupart des OMD sont encore très loin d’être atteints : dans des zones de conflit prolongé ou dans des pays où la répartition des richesses est particulièrement inéquitable, les progrès sont tout simplement inexistants.

  • Objectif 2 – Permettre à tous les enfants, garçons et filles, un accès à une éducation de base : cet objectif est actuellement atteint à 90%. Mais cela signifie que 57 millions d’enfants sont toujours privés d’école.
  • Objectif 3 – L’objectif de promotion de l’égalité des sexes a été atteint, autant de filles que de garçons ont aujourd’hui accès à l’éducation primaire. Cependant, les femmes sont encore confrontées à des discriminations fortes. Par exemple, elles ne représentent que 20% des effectifs dans les parlements à travers le monde.
  • Objectif 4 – La réduction de la mortalité infantile ne sera probablement pas atteint avant au moins 13 ans. Près de 7 millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année, principalement de maladies évitables.
  • Objectif 5 – L’amélioration de la santé maternelle n’est pas sur la bonne voie. La moitié des femmes vivant dans des pays pauvres n’ont toujours pas accès aux soins prénataux de base.
  • Objectif 6 – L’objectif contre le VIH / SIDA et d’autres maladies (paludisme, etc…) est sur le point d’être atteint dans certains pays, mais au niveau mondial, plus de 6 millions de personnes sont toujours privées de médicaments vitaux faute de pouvoir les payer.
  • Objectif 7 – La garantie d’un environnement durable est menacée en raison de la hausse rapide des émissions de carbone. Alors que le sous-objectif de réduire de moitié le nombre de personnes sans accès à l’eau potable a été atteint avec 5 ans d’avance, l’objectif de permettre à toutes et tous un accès à des infrastructures d’assainissement sûres ne sera certainement pas atteint avant 2026.
  • Objectif 8 – Le développement d’un partenariat global pour le développement a été un échec. Les raisons sont multiples : après une forte augmentation, l’aide internationale recule désormais, l’absence d’accord multilatéral sur le commerce au profit des pays pauvres et l’impact dévastateur de la crise financière

Le changement climatique, un sujet brûlant d’actualité

Le changement climatique représente la plus grande menace pour notre avenir à tou-te-s et met en péril la survie d’une majorité des personnes les plus pauvres de la planète. Les progrès de la lutte contre la pauvreté ne seront véritablement effectifs que si le monde s’implique de manière concrète contre le changement climatique, et limite le réchauffement planétaire moyen en-dessous des 1,5°C.

Les leaders mondiaux n’ont pas fait preuve du courage et du leadership nécessaires pour faire face à la crise climatique. Sans un changement décisif au niveau mondial, les progrès de la lutte contre la pauvreté à court terme seront annulés par les conséquences du changement climatique.

Pour lutter contre la pauvreté, lutter contre les inégalités !

Beaucoup trop de gouvernements se concentrent désormais sur l’après 2015 au lieu de passer à la vitesse supérieure pour réaliser les objectifs existants. Dans le même temps, l’aide aux pays les plus pauvres est en baisse : l’an dernier l’APD mondiale a baissé de plus de 5 milliards de dollars.

Nous croyons fermement qu’il est possible de mettre fin à l’extrême pauvreté. Mais le prochain cadre de développement mondial doit mettre au cœur de son projet deux questions cruciales, indispensables pour un succès à long terme : le double défi de l’explosion des inégalités et d’une crise climatique croissante.

Certes, la pauvreté au niveau mondial en baisse, mais les inégalités de revenus sont de plus en plus fortes. Les revenus des 1% les plus riches au monde ont augmenté de 60% en 20 ans. Aux États-Unis, la part du revenu national allant à ces 1% de plus riches a doublé depuis 1980, passant de 10 à 20%. Pour les 0,01% les plus riches, elle a quadruplé pour atteindre des niveaux jamais vus auparavant.

Ce phénomène n’est pas limité aux Etats-Unis, ou seulement aux pays riches. En Chine, les 10% les plus riches représentent aujourd’hui près de 60% du revenu national. Le niveau des inégalités en Chine est désormais comparable à celui observé en Afrique du Sud. Cette dernière est aujourd’hui le pays le plus inégalitaire au monde, une situation qui s’est aggravée depuis la fin de l’apartheid. On assiste au même phénomène dans un nombre significatif de pays pauvres où les inégalités ont rapidement augmenté.

La Banque mondiale, le FMI et l’OCDE ont tous prévenu que sans une action ciblée en faveur d’une croissance inclusive, les écarts entre riches et pauvres se creuseraient. Oxfam demande donc l’inclusion dans le prochain cadre pour le développement mondial d’un objectif spécifique pour lutter contre les inégalités.