#MonPostPartum ou la nécessité d’allonger le congé paternité

Depuis quelques jours, suite à l’annulation d’une publicité lors de la soirée des Oscars faisant la promotion des couches post-accouchement, de nombreuses femmes ont décidé de briser le silence sur cette étape de la vie. Sur les réseaux sociaux, elles ont publié leurs témoignages sous le hashtag #MonPostPartum. Port de couches, points de sutures douloureux, solitude : de nombreux témoignages qui rappellent le poids de la maternité et l’isolement ressenti par les femmes. Loin d’être anodin, ce poids de la maternité est l’une des causes principales des inégalités que subissent les femmes sur le marché du travail.

 

En amont de la journée du 8 mars et de la loi Schiappa/Le Maire sur l’émancipation économique des femmes, Oxfam défend une solution concrète : l’allongement du congé paternité.

Ce que nous dit le hashtag #MonPostPartum

A la suite du refus de la chaîne américaine ABC de diffuser pendant la cérémonie des Oscars une publicité faisant la promotion des couches post-accouchement pour les jeunes mères, de nombreuses femmes, dont le mannequin américain Ashley Graham, ont brisé le silence sur les réseaux sociaux (#MonPostPartum) sur cette étape de la vie des femmes.

#MonPostPartum : les femmes brisent le tabou de la maternité

Depuis quelques jours, la parole s’est libérée sur les difficultés auxquelles font face les femmes suite à l’accouchement : saignements, port de couches, douleurs liées à l’épisiotomie, dépression, charge mentale.  En France, ce sont des militantes féministes qui ont lancé le hashtag #MonPostPartum dont Illana Weizman ou encore Masha Sacré. Cette mobilisation a permis de briser le tabou sur cette étape de la vie des femmes, dont les réalités sont souvent passées sous silence et enjolivées.

Au-delà des souffrances physiques et psychologiques, ces femmes témoignent aussi de la solitude face aux responsabilités, en particulier ménagères. Les jeunes mères se retrouvent rapidement seules et doivent continuer de s’occuper des tâches du foyer sans broncher, malgré les douleurs et la fatigue physique.

Un hashtag qui met la lumière sur les inégalités entre les femmes et les hommes

Le hashtag #MonPostpartum met la lumière sur une réalité connue : l’inégal partage des tâches au sein des foyers et le poids disproportionné de la maternité pesant sur les femmes.

Ce constat, Oxfam l’avait dévoilé dans son rapport annuel sur les inégalités « Celles qui comptent » : dans le monde, les femmes assurent plus des 3/ 4 du travail domestique non rémunéré. Même inégalité en France : les femmes françaises consacrent en moyenne 1h26 par jour aux tâches domestiques de plus que les hommes.Cette assignation aux tâches domestiques et à la maternité est l’une des principales causes des inégalités économiques que subissent les femmes.

Dans le monde professionnel, les femmes font face à une double discrimination :
  • Le « risque maternité » : du fait d’une plus longue absence lors du congé maternité et d’un impact plus fort sur les horaires de travail des femmes, les employeurs préfèrent embaucher et promouvoir des hommes – moins impactés par les obligations de la parentalité. Pour de nombreuses femmes, la maternité est en frein à l’évolution professionnelle et la cause des inégalités de salaires.
  • L’assignation à des contrats précaires : la faiblesse des congés parentaux associée à un manque d’infrastructures d’accueil des enfants poussent les femmes à privilégier les emplois à temps partiels pour pouvoir articuler vie familiale et vie professionnelle. Contrats précaires et carrières hachées, un prix cher à payer qui se fait sentir tout au long de leur vie professionnelle mais aussi au moment de la retraite.

L’urgence d’allonger le congé paternité en France

La solitude face aux responsabilités parentales, la charge mentale ainsi que les profondes discriminations liées à la maternité sur le marché du travail soulignent l’urgence de réformer le congé paternité en France.

La France mauvais élève européen

La France, avec son congé paternité de 11 jours calendaires, figure parmi les mauvais élèves européens.  Loin derrière des pays comme l’Espagne, la Finlande, le Portugal où le Danemark. Pire encore, la France, par la voix d’Emmanuel Macron, s’était opposée en 2018 à un projet de directive européenne pour réformer de manière ambitieuse le congé parental.

Deux exemples récents montrent la voie à suivre :
  • L’année dernière, le gouvernement espagnol a annoncé l’allongement du congé paternité de 12 semaines dès 2020, pour le parent autre que la mère biologique (le père, mais aussi la compagne de la mère dans les couples lesbiens), entièrement rémunéré, avec l’objectif de passer à 16 semaines – la même durée que la mère biologique – en 2021.
  • En Finlande, le nouveau gouvernement, a annoncé il y a quelques semaines l’allongement à sept mois les congés parentaux à partir de 2021. Un congé égal aux deux parents et indemnisé. Jusque-là, les femmes disposaient de 4 mois, et les hommes 2 mois (un congé déjà largement supérieur à la France).
Ces deux mesures ont été présentées par les gouvernements comme des « réformes radicales » pour lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes.

L’opportunité de la loi Schiappa/Le Maire sur l’autonomisation économique des femmes

Le gouvernement français, par les voix de Marlène Schiappa et Bruno Le Maire, a fait part de son ambition de réformer le congé paternité dans la future loi sur l’autonomisation économique des femmes, bientôt présentée en Conseil des ministres.

La France doit saisir cette opportunité pour adopter une mesure ambitieuse et concrétiser son engagement de faire de l’égalité femmes-hommes « la cause nationale » de ce quinquennat. Un rapport de 2018 de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) avait d’ailleurs recommandé au gouvernement un congé paternité de 6 semaines, obligatoires et entièrement rémunéré. Une telle mesure est présentée comme une mesure forte pour réduire les inégalités entre les femmes et les hommes.

Ces congés doivent être obligatoires et non-transférables. Les expériences en France (congés parental) et à l’étranger (Royaume-Uni par exemple) montre que lorsque les dispositifs ne sont pas dédiés aux pères mais relève du partage entre les parents, ce sont les femmes qui se retrouvent à prendre la quasi-totalité des congés.

Enfin, il faut accompagner l’allongement de la durée de ces congés à une lutte contre les stéréotypes sexistes liés à la parentalité et informer les futurs parents des difficultés suivant une grossesse.

 

En amont de la journée du 8 mars, rejoignez Oxfam pour défendre des mesures concrètes permettant de changer notre système économique injuste et sexiste !