Paradis fiscaux : les ONG débarquent à Jersey

Pour dénoncer le scandale des paradis fiscaux et l'utilisation massive qu'en font les entreprises multinationales, une douzaine d'associations internationales et européennes, dont Oxfam France, ont participé les 12 et 13 mars 2009 à un "happening" sur l’île de Jersey.

Micros pour les uns, banderoles pour les autres : le Condor Ferry débarque ce jeudi 12 mars à Jersey d'étonnants touristes. Deux jours avant la réunion des ministres des Finances du G20 à Londres, plusieurs dizaines d’associations internationales et européennes, dont Oxfam France, Attac, le CCFD, Christian Aid ou encore Eurodad, se sont retrouvées sur l'île anglo-normande pour dénoncer les paradis fiscaux. Une action "coup de poing" abondamment couverte par la presse et relayée par les médias locaux.

Jersey, un "paradis" au cœur de l'Europe

Le ton est donné avant même d'atteindre les côtes. "L’évasion est déjà à bord", proclame la brochure publicitaire de la compagnie britannique qui effectue la traversée entre Saint-Malo et Jersey… Jersey, paradis de l'évasion fiscale, avec ses 500 milliards d'euros d'actifs financiers en gestion – soit 1,5 fois le budget de la France –, ses 32 400 entreprises immatriculées par des non-résidents qui ne paient aucun impôt sur leurs bénéfices… Conséquence moins connue de cette fiscalité si favorable : la charge de l’impôt local, qui incombe, non à l'industrie de la finance – 53% du PIB de Jersey –, mais entièrement à la population de l’île, seul moyen, pour financer les dépenses publiques, de compenser la réduction du taux d'imposition à …0 % sur les bénéfices des entreprises.

Les habitants conviés à une conférence publique

C'est donc en présence des habitants de Jersey qu'a eu lieu une conférence publique donnée le soir même par les associations devant une quinzaine de journalistes, au St Paul's Centre de Saint-Hélier. Dans une ambiance animée mais constructive et respectueuse, une centaine de personnes sont venues écouter les propositions formulées par les ONG pour lutter contre ces zones de non-droit que sont les paradis fiscaux. Parmi les nombreux sujets abordés : l'impact extrêmement nocif de l'évasion fiscale sur les pays en développement, le financement des services publics au Sud, l'opacité bancaire, la crise financière, mais aussi les mesures de protection qu'il importe de mettre en place à l'égard des habitants les plus modestes des entités offshore. Des habitants victimes de politiques fiscales régressives et du rétrécissement à une activité économique quasi unique par étouffement des activités traditionnelles comme l'agriculture ou le tourisme.

A la découverte de Jersey… et de ses banques

Le lendemain, c'est un joyeux cortège muni de ballons transparents noués avec de faux billets et exhibant des bannières explicites qui traverse les rues de Saint-Hélier, devant des promeneurs surpris et curieux, des policiers imperturbables et courtois, des employés qui collent leurs visages aux vitres de leurs bureaux pour comprendre le sens de ce défilé plus qu’inhabituel. Un parcours en 11 étapes avec arrêts successifs devant les sièges de plusieurs banques. Tour à tour, les représentants d’associations se relaient pour expliquer la présence de ces entreprises européennes à Jersey, leur implication dans différents scandales financiers ou dans des affaires de détournement de l’argent public au Sud, leur participation aux stratagèmes de fraude fiscale mis en place par les multinationales. Pour les représentants français, mention spéciale aux banques de l'Hexagone : la BNP Paribas remporte le grand prix de la multinationale française la plus représentée dans les paradis fiscaux, avec ses 189 filiales off-shore, selon l’enquête exclusive d’Alternatives économiques publiée la veille. La Société Générale quant à elle possède 57 filiales dans les paradis fiscaux, dont 3 à Jersey…. Le cortège achève son périple devant le siège des Etats de Jersey, après lecture d'une déclaration finale qui en appelle aux leaders du G20 pour instaurer une juste transition à Jersey comme dans les autres paradis fiscaux. Par souci écologique, les manifestants renoncent à libérer dans les airs les dizaines de ballons transparents, symboles des centaines de milliards de revenus fiscaux qui s’échappent chaque année des pays du Sud. Ils seront finalement accrochés aux escaliers du bâtiment officiel, histoire de montrer que les fonds restent prisonniers de l’île, cachés sans avoir été taxés au Sud comme au Nord. Car la transparence s'arrête ici aux ballons. Elle est encore loin d’être un mot d’ordre politique, à Jersey comme ailleurs… – Pour en savoir plus sur les moyens de lutter contre les paradis fiscaux, consulter la rubrique strong>"Paradis fiscaux" du site d'Oxfam France.oir également la vidéo du happenin

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