Revenus, patrimoine, richesses, pauvreté : quelques repères pour mieux comprendre les inégalités

C’est un constat unanimement partagé aujourd’hui, à commencer par les grandes institutions internationales comme le Fonds Mondial International (FMI) et la Banque Mondiale : les inégalités extrêmes ont des impacts économiques, politiques et sociaux très négatifs.

Les inégalités sont non seulement un frein à la croissance mais surtout elles empêchent les personnes pauvres d’améliorer leurs conditions de vie.

Des écarts de revenus sont possibles en fonction du talent et de l’ardeur au travail, mais l’ampleur actuelle des inégalités est le fruit d’un système économique faussé, qui a permis à une minorité d’amasser des fortunes colossales et dans le même temps enferme des millions de personnes dans la pauvreté.

Aujourd’hui, un tiers de la main d’œœuvre dans les pays en développement vit dans la pauvreté, même en travaillant.

La mise en œœuvre de mesures pour combler le fossé entre les riches et les pauvres aurait pu réduire de 700 millions le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême à la fin de la dernière décennie.

Comment se mesure la richesse d’une personne ?

Pour calculer la richesse possédée par une personne il faut additionner le revenu et le patrimoine.

Le revenu (ou revenu dit « primaire », avant redistribution) est l’ensemble des ressources d’un ménage ou d’une personne : les salaires, mais aussi les autres formes de revenu comme les prestations sociales ou les revenus de placements financiers, de l’immobilier, etc.

Il est très important de prendre en compte le patrimoine car c’est une source de revenus qui génère une accumulation toujours plus importante de richesses dans le temps et qui, par conséquent, est un facteur déterminant dans l’accroissement du fossé entre les personnes les plus riches et les personnes les plus pauvres. Ainsi ce sont les plus riches qui détiennent le plus de patrimoine, surtout financier.

Le patrimoine peut-être immobilier ou financier. En voici des exemples : un terrain, une maison, un fonds de commerce, des actions, des placements dans un fonds de pension, des meubles, une voiture, des bijoux ou des objets d’arts.

Quels sont les outils statistiques qui permettent de collecter ces données ?

Pour mesurer les écarts de richesse et les chiffres publiés dans son rapport annuel sur les inégalités, Oxfam utilise deux sources de données, publiques et consultables par tous :

– le rapport annuel du Crédit suisse sur la richesse mondiale (Global Wealth Databook). La dernière édition date du 14 novembre 2017. Il rassemble les bilans comptables des ménages et des données issues d’enquêtes mondiales sur la répartition de la richesse au sein des pays et dans le monde. Il contient des données pour la période 2000-2017 et intègre pour la première fois toutes les sources de données historiques disponibles afin d’évaluer plus précisément l’évolution de la richesse au fil du temps. Chaque année, de nouvelles sources de données sont intégrées aux calculs et les estimations historiques publiées dans les éditions précédentes sont revues (pour plus d’informations, vous pouvez lire ici notre méthodologie pour notre dernier rapport).

– le classement annuel des milliardaires dans le monde réalisé par le magazine économique Forbes. La dernière édition date de mars 2017. La richesse peut considérablement fluctuer d’un jour à l’autre en raison des variations dans les prix des actifs, ce dont tient compte Forbes grâce à des données mises à jour en temps réel. Toutefois, dans le cadre de cette analyse, Oxfam a utilisé la liste publiée chaque année en mars afin de pouvoir effectuer des comparaisons annuelles.

Qui sont les 1 % les plus riches ?

Pour figurer dans les 1 % les plus riches du monde, un individu devait être à la tête d’une richesse de plus de 770 368 dollars (668 480 euros) en 2017.

Environ 41 % des personnes faisant partie de ce groupe vivent en Amérique du Nord, 33 % en Europe et 18 % en Asie-Pacifique (dont 5 % en Chine).

En France, pour compter parmi les 1% les plus riches du pays, il faut détenir une richesse de plus de 2 594 395 euros.

Qui sont les milliardaires dans le monde ?

En mars 2017, on dénombrait 2 043 milliardaires dans le monde. Neuf sur dix sont des hommes. La moitié des milliardaires viennent des États-Unis, de Chine et d’Allemagne. Les membres du club des milliardaires changent fréquemment au gré des fluctuations boursières qui font évoluer leurs fortunes et selon les performances de leurs entreprises.

Le nombre de milliardaires français est passé de 15 à 38 entre 2016 et 2017 et leur richesse cumulée a été multipliée par plus de trois depuis 2009.

En France, en 2017, 32 milliardaires français possèdent à eux seuls autant que les 40 % les plus pauvres de la population française.

Qui est la moitié la plus pauvre de la population mondiale ?

La moitié la plus pauvre de l’humanité (soit 3,7 milliards de personnes) se trouve principalement dans les pays en développement. 1 personne de ce groupe sur 4 vit en Inde, et 1 sur 5 en Afrique subsaharienne. Près de 70% des ces personnes vient d’un pays considéré comme pays à faible revenu.

Dans la très grande majorité, ces personnes peinent à survivre, ayant peu de moyens, voire aucun, de subvenir à leurs besoins.Dans le monde, près de 850 millions d’individus survivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 1,9 $ par jour, sans accès à l’eau potable, à l’éducation, à la santé.

En France, pour faire partie des 50% les plus pauvres, il faut posséder moins de 149 484 euros de richesses. En 2017, les 50% les plus pauvres se partageaient seulement 5 % des richesses nationales alors que les 10 % les plus riches en détenaient plus de la moitié.

Est-ce que la pauvreté dans le monde recule ?

Il est vrai que de grands progrès ont été accomplis en matière de réduction de la pauvreté extrême, ce dont on peut se réjouir. Mais ces progrès sont désormais menacés par les inégalités. La Banque mondiale a été claire : à moins de combler le fossé entre les riches et les pauvres, l’objectif d’éradiquer la pauvreté extrême d’ici 2030 ne pourra pas être atteint. Quelque 200 millions de personnes vivront toujours avec 1,90 dollar par jour.

Comment mesurer la pauvreté mondiale ?

Peut-on comparer la pauvreté en France et au Vietnam ?

Dans un rapport publié en 2016, la Banque mondiale propose d’ajuster les seuils de pauvreté pour les pays à revenu élevé, notamment à 3,20 dollars pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et à 5,50 dollars pour les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Les indicateurs de développement mondial fournissent désormais des données sur le nombre de personnes vivant dans la pauvreté selon ces seuils différents.

En appliquant ces seuils différenciés selon la richesse des pays, nous obtenons un total de 2,4 milliards de personnes vivant dans la pauvreté dans le monde.

La pauvreté en France

La France compte cinq millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie médian et 8,9 millions si l’on utilise le seuil à 60 %. En France, le niveau de vie médian (après impôt et prestations sociales) est de 1 692 euros mensuels pour une personne seule en 2015.

En France, le nombre de personnes en situation de pauvreté a augmenté de 1,2 millions de personnes sur les 20 dernières années.

Un monde plus juste