Diplomatie féministe dans le monde : une réponse urgente face aux crises

Notre monde traverse une ère de crises inédites. Les conflits armés se multiplient, le dérèglement climatique s’aggrave et les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ reculent. Les besoins – notamment humanitaires – explosent alors même que les financements s’effondrent. Face à ce backlash mondial, les gouvernements se doivent d’adopter une diplomatie féministe claire. La 4e Conférence ministérielle des diplomaties féministes , organisée à Paris les 22 et 23 octobre 2025, doit marquer un tournant.

Mais au fait, la « diplomatie féministe », c’est quoi ?

Diplomatie féministe : définition

Une politique étrangère centrée sur l’égalité de genre

La diplomatie féministe, c’est la politique étrangère d’un État qui place l’égalité de genre au cœur de son action extérieure. Elle s’applique à tous les aspects des relations internationales : commerce, coopération en matière de défense et de sécurité, aide au développement, politiques d’immigration, protection des personnes réfugiées, santé, économie, numérique, éducation, culture, climat…

Les principes de la diplomatie féministe

Ses principes reposent sur les « 3R » définis dès 2014 par Margot Wallström, ancienne ministre des Affaires étrangères suédoise :

Protéger les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+ à l’international

Garantir leur représentation aux décisions de manière pleine, égale et significative

Allouer des Ressources

On y ajoute souvent la Recherche pour mieux évaluer et améliorer les politiques. Une diplomatie féministe doit aussi être intersectionnelle, antiraciste et décoloniale pour transformer en profondeur les rapports de pouvoir à la racine des inégalités.

Pourquoi la diplomatie féministe est indispensable ?

Les inégalités de genre persistent

Des engagements toujours en attente

En 2025, trois anniversaires rappellent l’urgence :

  • 30 ans du Programme d’action de Pékin, cadre historique pour les droits des femmes.
  • 25 ans de la Résolution 1325 de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité.
  • 15 ans d’ONU Femmes, l’entité des Nations Unies pour l’égalité des genres et l’autonomisation des femme.

Malgré des décennies d’engagements internationaux, et si des avancées notables ont eu lieu depuis, aucun pays n’a atteint l’égalité de genre. Pire, cet objectif reste hors de portée à ce stade car les femmes continuent de subir des discriminations systémiques.

Un état des lieux alarmant dans le monde

Les chiffres sont sans appel. À l’échelle mondiale :

  • Les Nations Unies estiment qu’il faudrait encore 300 ans avant d’atteindre l’égalité.
  • 351 millions de femmes et de filles pourraient encore vivre dans l’extrême pauvreté d’ici 2030 (soit 8,2 % des femmes dans le monde).
  • On compte seulement 27 cheffes d’État, 25% de ministres femmes, et 28 % de parlementaires.
  • Seuls 30 % des postes de direction sont occupés par des femmes.
  • 35% des femmes n’ont pas accès ou n’utilisent pas internet.
  • Près d’1 jeune femme sur 5 est mariée avant 18 ans (18,6 %).
  • Une femme est tuée toutes les 10 minutes par son partenaire ou un membre de sa famille.
  • 4 millions de filles subissent des mutilations sexuelles féminines chaque année (ONU Femmes, 2025).
  • Les femmes consacrent 2,5 fois plus de temps par jour aux tâches domestiques non rémunérées.

🇫🇷 Des inégalités aussi en France

  • Chaque jour, on compte 3 femmes que leur (ex-)conjoint tue, tente de tuer, conduit à se suicider ou qui a tenté de se suicider (MIPROF, 2024)
  • 22,2 % d’écart de salaires entre les femmes et les hommes (INSEE, 2025)
  • 0 femme PDG, 2 présidentes de CA et 3 directrices générales au sein des entreprises du CAC40 (Skema, 2025)
  • 40 % de pensions de retraite en moins pour les femmes
  • Près d’1 femme sur 3 est en situation de précarité menstruelle.
  • Seulement 28 % de femmes au pouvoir en politique (Oxfam France, 2025)
  • 3 Palmes d’Or leur ont été décernées à des femmes en 76 éditions (Ministère chargé de l’Égalité, 2025)

La montée en puissance du backlash aggrave les inégalités

Des attaques coordonnées et en hausse

Popularisé par la journaliste Susan Faludi dans les années 1990, le backlash désigne le retour de bâton des forces conservatrices pour défaire les acquis féministes. Aujourd’hui, il prend la forme d’alliances transnationales – régimes autoritaires, mouvements religieux fondamentalistes, partis d’extrême droite, grandes fortunes – qui gagnent en nombre, en influence et en budget : les mouvements anti-genre reçoivent au moins 3x plus de financements que les mouvements LGBTQIA+ (Oxfam, 2025).

Le backlash menace les progrès, en plus d’être désormais actif dans des pays historiquement perçus comme progressistes. On assiste au désengagement d’États autrefois pionniers comme la Suède 🇸🇪 qui abandonne sa diplomatie féministe en 2022, marquant un recul symbolique majeur sur la scène internationale. Les Pays-Bas 🇳🇱 et l’Allemagne 🇩🇪 se sont aussi officiellement retirés.

Des exemples inquiétants à travers le monde

Sur tous les continents, les exemples sont nombreux.

  • 🇷🇺 La Russie dépénalise les violences conjugales en 2017.
  • 🇭🇺 La Hongrie refuse de ratifier la Convention d’Istanbul destinée à prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes en 2020.
  • 🇹🇷 La Turquie s’en retire complètement en 2021.
  • 🇺🇸 Les USA révoquent l’arrêt Roe v. Wade qui garantissait l’accès à l’IVG dans tous les États en
  • 🇮🇹 L’Italie autorise les groupes anti-avortement dans les cliniques en 2024.
  • 🇰🇷 La Corée du Sud risquait de voir son ministère de l’Égalité et les quotas de genres supprimés par l’ancien président Yoon Suk-yeol avant l’élection qui mit un terme à son mandat en 2025.

🇧🇷 Focus sur le Brésil :

Le Brésil élit le Président Jair Bolsonaro à la même période avec les mêmes répercussions :

« Le mandat de Bolsonaro a entraîné un réel « backlash » pour les droits des femmes. Les féminicides recensés dans le pays n’ont jamais été aussi élevés depuis les premiers décomptes en 2017 et le nombre de viols pendant les six premiers mois de 2021 a augmenté de 8,3 % par rapport à la même période en 2020. Bien que les féminicides dépendent d’un grand nombre de facteurs dans une société, on peut estimer que cette augmentation des crimes souligne la prégnance de la domination masculine dans la société brésilienne et a été appuyée par cette culture du viol, dont le président et son gouvernement ont été les premiers relais. Les femmes n’en sont malheureusement pas les seules victimes : alors que le Brésil était déjà le pays avec le plus grand nombre d’assassinats de personnes LGBTQIA+ (420 assassinats en 2018), les agressions LGBTQIAphobes ont connu une recrudescence après l’élection de Bolsonaro. », alerte la Fondation Jean-Jaurès et Equipop.

🇫🇷 Et le backlash en France ?

Là aussi, les discours masculinistes gagnent du terrain, en particulier sur le sujet de l’Éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité.

« Cette année encore, dans notre région, nous avons connu des attaques comme à la Roche-sur-Yon avec un dépôt de gerbe mortuaire devant nos locaux ou à Angers où des bracelets de naissance avec le nom d’un site anti-IVG ont été dispersés autour d’une université. » déplore le Planning familial.

Les conflits croissants empirent la situation.

Des conséquences désastreuses

En 2024, on compte plus de120 conflits actifs dont la moitié entre États qui ont touché 36 pays et causé plus de152 000 morts, une hausse de 40 % en un an. C’est le plus haut niveau de conflits étatiques depuis la Seconde guerre mondiale faisant de 2024 la 4e année la plus meurtrière depuis la fin de la guerre froide (Oxfam, 2025).

 

Plus de 676 millions de femmes et de filles vivent désormais à moins de 50 km d’un conflit meurtrier (ONU Femmes, 2025). Une situation qui menace directement leur sécurité et leur avenir, et un record depuis les années 1990. Insuffisamment protégées et avec un accès limité à la justice, elles sont affectées de manière disproportionnée : les violences sexuelles auraient augmenté de 50 %, et les violations de droits visant les filles de plus de 35 % (Oxfam, 2025). En première ligne, deux fois plus de femmes sont tuées dont 7 sur 10 à Gaza depuis 2022 (ONU Femmes, 2025). Les femmes journalistes, activistes et humanitaires sont par ailleurs particulièrement ciblées.

Suhad, mère de six enfants, dans des conditions extrêmement difficiles sur le Territoire Palestinien. Photo Oxfam.

🪖 La place des femmes sur le front

En dépit des stéréotypes et préjugés toujours d’actualité, les femmes sont aussi sur le front :

  • 43 % du personnel judicaire et pénitentiaire
  • 31 % des officiers de police
  • 22 % des experts militaires en mission et officiers d’état-major
  • 16 % des unités de police constituées
  • 14 % des forces armées nationales
  • 8,5 % de femmes militaires participant aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies
  • 7 % des contingents militaires (ONU Femmes, 2024)

La diplomatie féministe en action

L’exemple de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité »

Un levier emblématique de la diplomatie féministe encore inachevé

Depuis 2014, une quinzaine de pays ont adopté une diplomatie féministe. Cet élan a permis de faire progresser plusieurs agendas politiques, comme l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité ». Il vise à accroître la visibilité, la participation et la reconnaissance du rôle des femmes pour la paix. Adopté il y a 25 ans par la Résolution 1325 de l’ONU, c’est un instrument prometteur de la diplomatie féministe qui permet d’intégrer la question du genre dans les conflits.

 

Mais sur le terrain, sa mise en œuvre demeure très inégale, fragilisée par des contextes politiques instables, des financements insuffisants et un manque de volonté politique. Sa portée reste limitée avec un écart édifiant entre les engagements pris et leur mise en pratique. Les exemples de la Colombie, de la République démocratique du Congo, du Yémen, de la Palestine et du Soudan du Sud en témoignent : les femmes sont souvent en première ligne des crises, mais trop rarement aux tables où se décide la paix.

 

Études de cas dans le monde : des résultats encourageants mais fragiles

 

🇨🇴 Colombie : un accord de paix exemplaire bien qu’incomplet

 

Signé en 2016, l’Accord de paix colombien est considéré comme l’un des plus inclusif au monde avec plus de 100 dispositions relatives au genre. Il prévoit la création d’instances dédiées, la reconnaissance légale des violences sexuelles liées aux conflits avec une obligation de réparation, et un quota de 30 % de femmes sur les listes électorales. En 2022, l’élection de Francia Márquez, première vice-présidente afrodescendante du pays, symbolise aussi une avancée majeure.

 

Mais les effets sont à ce jour limités : les femmes ne représentent que 28,6 % des parlementaires et moins de 15 % des maires, bien loin des objectifs de parité. En 2023, 180 leaders sociaux ont été assassinés, dont de nombreuses femmes, et près de 29 000 cas de violences sexuelles ont été signalés, touchant principalement les Afro-Colombiennes, les femmes autochtones et déplacées (Oxfam, 2025).

 

🇨🇩 République Démocratique du Congo : des avancées entravées par l’insécurité

 

Depuis 2010, trois Plans d’action nationaux ont été adoptés pour les femmes, la paix et la sécurité en RDC. Plusieurs avancées sont notables, notamment la participation de 40 % de femmes au Dialogue intercongolais de Nairobi III en 2022, et la nomination de Judith Suminwa Tuluka en 2024, première cheffe de gouvernement du pays.

 

Mais ces acquis restent minés par l’insécurité, la compétition pour les ressources naturelles et la faiblesse des institutions. Les femmes ne détiennent que 13 % des sièges à l’Assemblée nationale alors que la loi de 2015 en prévoit au moins 30 % (Oxfam, 2025). Pire, les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre sont en recrudescence : une femme est violée toutes les quatre minutes en RDC (UNFPA, 2025).

 

🇾🇪 Yémen : l’exclusion des femmes des négociations

 

La guerre au Yémen a provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde dont les femmes sont les premières victimes. Elles restent cependant quasi absentes des instances de décision avec seulement 4,1 % de postes au gouvernement, bien en dessous du quota de 30 % fixé par la Conférence nationale de 2013. Leur participation aux négociations de paix a aussi chuté, passant de 12 % en 2016 à 4 % en 2018 pour tomber à 0 % en 2019 et 2020 (Oxfam, 2025).

 

🇵🇸 Palestine : un « femi-génocide » selon l’ONU

 

Deux Plans d’action nationaux pour les femmes, la paix et la sécurité ont été adoptés en Palestine. Mais depuis octobre 2023, la situation s’est dramatiquement détériorée. La Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les violences faites aux femmes parle désormais d’un  » femi-génocide ».

 

Plus de 67 000  personnes ont été tuées à Gaza.  . Plus d’ 1 million de femmes et de filles ont été déplacées dans des abris surpeuplés, où elles passent en moyenne près de trois heures par jour à chercher de l’eau. Près de 80 % des bâtiments ont été détruits. 90 % des femmes enceintes ou allaitantes souffrent de famine, et 155 000 d’entre elles n’ont plus accès aux soins. Environ 700 000 femmes et filles menstruées sont privées de serviettes hygiéniques et d’installations sanitaires adéquates. Enfin, les femmes ne représentent que 14,5 % du Conseil législatif, malgré un quota officiel de 18 %. Dans ces conditions, l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » est quasiment inopérant.

 

🇸🇸 Soudan du Sud : la guerre civile anéantit les promesses d’égalité

 

La Constitution et l’Accord de paix en 2018 garantissaient 35 % des postes exécutifs et législatifs aux femmes. Mais la reprise des combats a réduit ces engagements à néant. Le pays s’enfonce dans une instabilité marquée par les conflits intercommunautaires, les inondations, les sécheresses et une corruption endémique.

 

Aujourd’hui, 30 millions de personnes – soit 64 % de la population – ont besoin d’aide humanitaire. Plus de la moitié des 12 millions de personnes déplacées sont des femmes et des enfants, et 80 % d’entre elles n’ont pas accès à l’eau potable. Dans les zones de conflit, près de 80 % des hôpitaux ne fonctionnent plus. Les violences de genre ont plus que triplé en deux ans : les demandes d’aide ont augmenté de 288 % en 2024, alors que les services d’assistance sont presque à l’arrêt (ONU Femmes, 2025).

 

Une diplomatie féministe mise à l’épreuve des conflits

 

Ces exemples montrent que des progrès structurels sont possibles, mais qu’ils demeurent précaires. Comme le résume une activiste colombienne interrogée par Oxfam : « Nous avons l’accord sous le bras, mais il n’y a pas d’argent pour le concrétiser. » En somme, les évolutions de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » illustre à la fois la force et les défis de la diplomatie féministe. C’est à ce jour un agenda inachevé par une diplomatie féministe qui s’essouffle.

 

Plus globalement, 9 négociations de paix sur 10 au niveau national ne comptent aucune femme décisionnaire. En 2023, elles représentaient seulement 5 % des négociateur·rices et 9 % des médiateur·ices dans les processus de l’ONU. Aucun des 26 accords signés cette année-là n’avait de femme signataire et seulement 8 comportaient des dispositions relatives au genre (Oxfam, 2025).

 

« La paix menée par les féministes n’a pas échoué, elle a été trahie » dénonce Amina Hersi, Responsable du département Genre, droits et justice chez Oxfam.

 

Pourtant, les femmes sont des actrices indispensables. Les études et la recherche font aujourd’hui consensus : quand les femmes participent aux processus de paix, les accords sont plus durables et de qualité. Leur inclusion réduit de 64 % le risque d’échec d’un accord et augmente de 20 % la probabilité qu’il dure au moins deux ans (Oxfam, 2025). Elles jouent un rôle clé dans la prévention et la résolution des conflits, les négociations et la consolidation de la paix, l’action humanitaire, le relèvement et la reconstruction post-conflit.

Les limites de la diplomatie féministe aujourd’hui

Les nombreuses incohérences des Etats

Les États se réclament d’une diplomatie féministe, et dans le même temps :

  • Exportent des armes
  • Coopèrent avec des régimes autoritaires
  • Augmentent les budgets militaires
  • Diminuent l’aide internationale
  • Ou imposent des politiques migratoires répressives.

Ce sont autant de choix incompatibles avec une politique étrangère fondée sur l’égalité.  Ils se jouent au détriment des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+.

Une crise du financement des droits des femmes dans le monde

Les montants dérisoires des aides : un risque d’effondrement des associations féministes

Alors que les dépenses militaires mondiales atteignent un record de 1 500 milliards $, l’Aide Publique au Développement (APD) mondiale chute de 7,1 % en 2024.   Conséquence : moins de 0,1 % des fonds parvient directement aux organisations féministes locales, pourtant en première ligne sur le terrain. Faute de ressources, près de la moitié d’entre elles risquent de fermer d’ici six mois, 72 % ont déjà dû licencier du personnel, et 90 % traversent une crise financière majeure (Oxfam, 2025).

États-Unis : un recul brutal aux conséquences mondiales

Les coupes drastiques décidées sous l’administration Trump ont marqué un tournant dramatique pour la santé et les droits sexuels et reproductifs à l’échelle mondiale. La Maison-Blanche a clôturé la plupart des financements, y compris la participation américaine au FNUAP, le Fonds des Nations unies pour la population. À terme, 47,6 millions de femmes et de couples seront privés de services de contraception chaque année, entraînant jusqu’à 17,1 millions de grossesses non désirées et 34 000 décès maternels évitables dans le monde (Guttmacher Institute, 2025). La dissolution de l’agence USAID, pivot de la coopération internationale américaine, a aussi paralysé une multitude de programmes en cours. En quelques années, ces décisions ont effacé des décennies d’avancées.

Diplomatie féministe : où en est la France ?

Une diplomatie féministe française encore en construction

La France adopte une diplomatie féministe en 2019, devenant le 4e pays au monde à le faire.

Parmi les principales initiatives :

  • 2018 : 3ème Stratégie internationale pour l’égalité entre les femmes et les hommes (2018-2022)
  • 2018 : lancement du Fonds de soutien aux organisations féministes (FSOF) qui appuie plus de 1 400 structures dans 75 pays
  • 2019 : lancement d’initiatives au G7 pour soutenir les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, le financement de l’entrepreneuriat féminin en Afrique et l’éducation des filles
  • 2021 : accueil du Forum Génération Égalité
  • 2023 : création d’un fonds de soutien aux droits LGBTQIA+
  • 2024 : création du Laboratoire pour les droits des femmes en ligne
  • 2025 : Stratégie internationale de la France pour une diplomatie féministe (2025-2030)

 

Entre ambitions et contradictions

Cependant, la réalité contraste fortement avec les discours.

  • Une absence de définition claire : le gouvernement a tardé à formaliser une doctrine précise de sa diplomatie féministe ce qui a conduit à des interprétations variables, à une appropriation et une mise en œuvre inégale.
  • Un portage politique timide : l’élan initial, porté par le Forum Génération Égalité en 2021, s’est essoufflé sur le long terme. La France qui présidera le G7 en 2026 ne semble pas placer l’égalité aussi haut dans l’agenda par rapport à 2019.
  • Des moyens insuffisants : les financements et ressources humaines demeurent en deçà des ambitions affichées, les indicateurs existants sont incomplets et ne permettent pas d’évaluer réellement l’impact.
  • Des résultats mitigés : si la stratégie a permis un cadre de référence et une hausse de l’APD sensible au genre, elle reste loin des exigences d’une véritable diplomatie féministe.

 

« La diplomatie féministe constitue une réponse indispensable. À condition qu’elle soit clairement définie, qu’elle fasse l’objet d’une volonté au plus haut niveau de l’État et qu’elle soit dotée de moyens humains et financiers suffisants. » rappelle le Haut Conseil à l’Égalité.

 

Des coupes massives historiques

Des financements en chute libre

Alors que la diplomatie féministe souffre déjà d’un sous-financement chronique, le gouvernement a récemment acté une baisse historique de près de moitié de son budget APD (Aide Publique au Développement), soit 2,1 milliards d’euros en moins  (Oxfam, 2025). Si 46,4 % de l’APD française ciblaient l’égalité de genre, seuls 6,3 % en faisaient un objectif principal en 2022-23 (OCDE, 2025).

En 2021, la France a adopté une loi d’orientation et de programmation de sa politique de développement. Elle se fixait l’objectif d’au moins 75% d’aide dédie à l’égalité, et 20% d’aide dédiée aux droits des femmes d’ici 2025. Ces objectifs sont donc loin d’être remplis. Concernant, l’aide publique au développement pour les droits des femmes, la France n’a atteint que 30% de son obligation légale. De plus les différents documents budgétaires annexés aux lois de finances récentes prouvent que la France ne compte pas tenir ses engagements en matière d’aide vers le genre.

Une diplomatie féministe en manque de financements

À l’échelle nationale aussi, la tendance des financements est à la baisse et les répercussions sont immédiates pour les associations :

  • –15 % de subventions en moyenne depuis le début de l’année,
  • Retards de versements et trésoreries sous tension,
  • 71 % déclarent une situation financière dégradée ou très dégradée
  • La moitié ont réduit leurs activités et leur masse salariale ou envisage de le faire
  • 30 % ont déjà dû fermer des permanences (Fondation des femmes, 2025)

Conclusion : la diplomatie féministe n’est pas un slogan

 

Une diplomatie féministe à la hauteur selon Oxfam

Pour Oxfam, une diplomatie féministe crédible repose sur sept piliers :

  • Transformation et justice : démanteler les structures patriarcales, coloniales et capitalistes.
  • Leadership du Sud global : soutenir les mouvements féministes locaux sans imposer des modèles venus du Nord.
  • Inclusion démocratique : garantir la participation réelle des peuples et la souveraineté démocratique.
  • Transparence et cohérence : harmoniser les politiques intérieures et extérieures avec des mécanismes de suivi.
  • Paix et démilitarisation : réorienter les budgets militaires vers le développement, la paix et la justice de genre.
  • Justice économique : promouvoir une économie centrée sur le bien-être, la redistribution et les droits du travail.
  • Justice climatique et souveraineté des ressources : reconnaître les droits des peuples autochtones et mettre fin à l’exploitation du Sud global.
Ghada Alhaddad d'Oxfam se tient dans la zone d'Al-Mawasi, recueillant des notes et des réflexions auprès des personnes sur le terrain. Photo : Alef Multimedia / Oxfam

Les attentes et défis de la 4e Conférence des diplomaties féministes

À l’occasion de la 4e Conférence ministérielle des diplomaties féministes, Oxfam appelle les États à :

  1. Promouvoir une paix féministe : inclure femmes et minorités dans les processus de paix et abandonner les réponses militarisées.
  2. Protéger la démocratie et les droits humains : renforcer les institutions démocratiques et le droit international.
  3. Financer durablement la justice de genre : En France nous apppelons à tenir les objectifs de la LOP DSLIM d’au moins 75% de l’aide intégrant l’égalité et 20% dédié spécifiquement aux droits des femmes, notamment en sanctuarisant le Fonds de soutien aux organisations féministes et le Fonds de soutien aux organisations LGBTQIA+.
  4. Investir dans les femmes pour une économie résiliente : valoriser le travail de soin et garantir des conditions de travail décentes.
  5. Garantir les droits sexuels et reproductifs : défendre l’autonomie corporelle et l’accès universel à la santé reproductive.
  6. Intégrer le genre dans la lutte climatique : soutenir les femmes leaders communautaires et les actions locales féministes.
  7. Adopter des politiques migratoires humaines : protéger les femmes et personnes LGBTQIA+ migrantes.
  8. Favoriser la participation et le leadership féministe : aller au-delà des quotas pour transformer la gouvernance.
  9. Résister au backlash anti-genre et anti-droits : contrer les forces conservatrices et autoritaires.
  10. Institutionnaliser la diplomatie féministe : assurer sa cohérence interministérielle et internationale, avec redevabilité et évaluation.

Ce rendez-vous international est une étape décisive. La diplomatie féministe n’est pas seulement une question de justice et d’égalité : c’est aussi un impératif stratégique pour la paix et la sécurité internationale.

Pas de diplomatie sans égalité, pas de paix sans femmes

La diplomatie féministe exige un engagement politique et budgétaire ferme pour l’égalité de genre. La crédibilité des États dépend désormais de leur capacité à transformer leurs déclarations en engagements, et leurs engagements en actes concrets. La France, en accueillant la conférence de 2025, doit jouer un rôle moteur et incarner une diplomatie féministe ambitieuse, financée et inclusive. Enfin, en plein backlash elle doit défendre fortement ces sujets dans le cadre de sa présidence du G7 en 2026.

Pour aller plus loin