Dans le monde du travail, les inégalités femmes-hommes ont la vie dure

Dans le monde professionnel, le chemin pour l’égalité femmes-hommes est encore long. Enracinées dans chacun des pans de la sphère professionnelle, les inégalités femmes-hommes sont le résultat d’un modèle défaillant et sexiste.

Entre écarts de salaires et plafond de verre, sous-rémunération et dévalorisation des secteurs dans lesquelles les femmes sont sur-représentées, le monde du travail met en lumière les inégalités les plus criantes. Et lorsqu’une crise mondiale s’en mêle, les femmes sont les premières à subir de plein fouet tous ses impacts.

Lutter contre les inégalités femmes-hommes dans la sphère professionnelle, c’est s’attaquer véritablement aux inégalités de genre qui structurent nos sociétés. Et cela passera nécessairement par un plan de relance féministe.

Chiffre-clés

  • En France, les hommes sont rémunérés en moyenne 28,5 % de plus que les femmes.
  • En France, 76 % des emplois en temps partiel sont occupés par des femmes.
  • Les femmes sont surreprésentées en France dans le secteur du soin. Par exemple, 91% des aides-soignante·s sont des femmes.
  • 42 % des femmes disent qu’elles ne peuvent avoir un travail rémunéré en raison de la charge trop importante du travail de soin dont elles ont la charge au sein du foyer.
  • La pandémie de COVID-19 a entraîné pour les femmes du monde entier une perte de revenus d’au moins 800 milliards de dollars en 2020.

Des inégalités dans les postes occupés et la rémunération

Les femmes majoritaires dans les métiers peu valorisés

La pandémie de Covid-19 a mis sous le feu des projecteurs des secteurs essentiels jusqu’ici invisibilisés, voire dévalorisés. Le secteur du soin – qui regroupe les métiers de la santé, de l’éducation, de l’aide à la personne, du travail social ou encore de la propreté – a été l’un des secteurs présent en première ligne de la crise. Dans ces métiers mal payés et souvent pénibles en raison des horaires atypiques et des rythmes de travail particulièrement soutenus, les femmes sont largement majoritaires. Nous mettons en lumière cette surreprésentation des femmes dans ces métiers dans notre étude « Le virus des inégalités » publiée en janvier 2021. Ainsi :

  • Les assistante·s maternelles, les employé·e·s de maisons, les aides à domicile et les aides ménagères sont à plus de 95 % des femmes
  • 91% des aides-soignante·s sont des femmes
  • 87% infirmiere·s sont des femmes

Ces chiffres sont loin d’être anodins. Le secteur du soin a en effet été l’un des premiers mobilisés dès le début de la pandémie et les femmes ont été les premières touchées par les impacts économiques de la crise. Alors que ce sont ces métiers qui ont permis à la société de continuer à fonctionner lorsque la pandémie s’est déclarée et qu’ils ont d’ailleurs rapidement été qualifiés « d’essentiels », ce sont pourtant des métiers particulièrement mal rémunérés. Le salaire moyen d’un.e aide-soignante français.e est par exemple parmi les plus bas d’Europe selon l’OCDE : près de 5% en deçà du salaire moyen français, contre 30% supérieur en Espagne.

« Dans le travail d’auxiliaire de vie, la période du Covid a bousculé beaucoup de choses. Beaucoup de femmes ont perdu leur emploi. Mais moi je partais au travail tous les jours pendant le premier confinement qui était très dur. J’avais la peur au ventre, mais ça faisait du bien. Durant la période du Covid, la majorité des personnes que je voyais aller au travail étaient des femmes. » – Lire l’interview complète de Marie-Basile Mbarga, auxiliaire de vie.

Différences de salaires entre les femmes et les hommes, et précarité des contrats

En parallèle, les femmes sont majoritaires dans les contrats les plus précaires. Parmi les cinq millions d’emplois en temps partiel, 76 % sont occupés par des femmes ! 29,3% des femmes occupent ainsi un emploi à temps partiel… contre 8,4% des hommes. Ces différences, qui structurent le monde du travail, entraînent un autre type d’inégalité fortement présente dans notre modèle actuel : les inégalités salariales.

Encore aujourd’hui, les hommes restent rémunérés en moyenne 28,5 % de plus que les femmes. A poste et compétences égales, l’écart salarial est de 9 %.

Plafond de verre et inégalités de salaires entre hommes et femmes se cumulent : en France, selon l’INSEE, les 10 % des femmes les moins bien rémunérées ont un salaire inférieur de 7 % à celui des hommes. Au niveau médian, les femmes gagnent un salaire inférieur de 13% à celui des hommes. En haut de la pyramide des revenus, les 1% des femmes les mieux rémunérées gagnent un salaire inférieur de 34 % aux 1 % des hommes aux plus hauts salaires.

Depuis 2018, la loi oblige les entreprises de plus de 1000 salarié.e.s à publier un score d’égalité professionnelle sur la base de plusieurs indicateurs, notamment les écarts de salaires entre femmes et hommes et la part des femmes parmi les plus hautes rémunérations. Un score sur 100 est attribué à chaque entreprise. Si cet exercice fait rentrer la préoccupation des inégalités femmes-hommes dans la stratégie de l’entreprise, il a toutefois ses limites. D’une part, les modalités de calcul ne sont pas rendues publiques, d’autre part, une grande marge de tolérance semble laissée aux entreprises. Ainsi, plus d’un quart des entreprises du CAC40 ont obtenu en 2018 une note supérieure à 90 point, alors même que les inégalités femmes-hommes sont au cœur de leur modèle !

Pour lutter contre les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes, l’entreprise doit notamment s’attaquer à la question du temps partiel subi et des CDD qui concernent en majorité les femmes. Sans oublier les autres moyens d’action concrets qui existent pour améliorer la place des femmes dans les grandes entreprises, comme par exemple une augmentation significative du congé paternité.

Peu de femmes PDG ou à des postes de direction

Si les femmes sont surreprésentées dans les métiers les plus précaires et souvent trop peu valorisés, ce sont de l’autre côté les grandes absentes des postes de direction. C’est ce qu’on appelle le « plafond de verre » : cette situation où de nombreux emplois à responsabilité restent fermés pour les femmes.

Si les femmes occupent de plus en plus des métiers qualifiés – elles représentent 40 % des cadres supérieurs, deux fois plus qu’il y a 40 ans – l’emploi féminin progresse aussi en bas de la hiérarchie : 63% des postes non qualifiés sont occupés par des femmes, contre 50 % en 1982.

Actuellement, une seule femme est à la tête d’une entreprise du CAC40. Et le constat est le même pour tous les autres niveaux de direction ! En juin 2020, notre rapport « CAC40 : des profits sans lendemain ? » mettait en lumière ce constat édifiant : selon une enquête du Point, la part des femmes dans les instances de direction des entreprises du CAC40 est de 18,4%, alors qu’elles représentent 32% des cadres et 48% des effectifs.

Pire, en 2019, 5 entreprises du CAC40 n’avaient aucune femme dans leurs instances de direction (Arcelor, Bouygues, STMicroelectronics, Vinci et Vivendi) et aucune des grandes entreprises françaises n’avait atteint la parité au sein des comités exécutifs.
Les femmes restent par ailleurs concentrées dans 12 familles professionnelles. Aujourd’hui encore, elles sont sous-représentées parmi les ingénieur-e-s et les cadres de l’industrie (25%), dans la construction et les travaux publics (19%) mais aussi dans l’armée, la police, les pompiers (14%).

Ces inégalités marquées sont le résultat des préjugés sexistes qui régissent le monde du travail et qui entretiennent l’idée selon laquelle les femmes seraient moins aptes à diriger ou naturellement douées pour des tâches de soin, davantage que les hommes.

« Aujourd’hui, le capital financier économique est détenu principalement par des hommes avec un certain parcours, qui ont fait certaines études et qui viennent d’un certain milieu social. […] Le milieu financier et le milieu économique perpétuent les inégalités. Ce sont des lieux de pouvoirs fondamentaux, et si les femmes ne sont pas dans ces lieux, on décidera toujours à leur place. » – Lire l’interview complète d’Eva Sadoun, co-présidente du Mouvement Impact France.

Le travail domestique ou le travail invisible des femmes

Des femmes lourdement impactées par les tâches domestiques

Au sein du foyer, l’inégale répartition des tâches domestiques perdure encore et toujours. En France, les femmes consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques contre 2h pour les hommes. Cela n’est pas sans importance car cela signifie notamment beaucoup moins de temps disponible pour avoir une activité rémunérée ou pour se former. Ainsi, 42 % des femmes disent qu’elles ne peuvent avoir un travail rémunéré en raison de la charge trop importante du travail de soin qu’on leur fait porter dans le cadre familial.

« Le modèle de famille nucléaire c’est bien pratique. C’est un modèle de famille avec une femme qui est disponible pour tout, qui s’occupe de tout le monde et d’elle en dernier. » – Lire l’interview complète d’Amandine Hancewicz, militante experte genre

Cette répartition inégale des tâches ménagères impacte directement l’entrée des femmes sur le marché du travail mais aussi toute l’évolution de leur carrière. Encore trop souvent, les femmes sont renvoyées à leur rôle de mères et incitées par les normes sociales à privilégier leur vie familiale au détriment de leur vie professionnelle. D’où l’importance d’aller plus loin dans l’allongement du congé paternité : à partir de juillet 2021, le congé paternité passe à 4 semaines mais avec seulement 7 jours obligatoires. A titre de comparaison la Finlande est à 9 semaines et l’Espagne devrait passer de 12 à 16 semaines.

« Nous voulons un congé paternité / co-parent aligné sur le congé maternité. Si les deux parents ont la même durée de congés, ils apprennent à s’occuper de l’enfant de la même façon. L’allongement et la protection du congé paternité / co-parent est un véritable levier pour l’égalité femmes-hommes dans les entreprises et dans le foyer. » – Lire l’interview complète de Claire Tran, actrice et co-fondatrice de l’association Parents & féministes

Des carrières féminines plus facilement mises en parenthèse

Les femmes sont également plus nombreuses à cesser temporairement de travailler pour des raisons familiales. La pandémie de Covid-19 a notamment forcé des millions de femmes à sortir de la population active. En France, nombreuses sont les femmes à avoir dû recourir au dispositif de chômage partiel pour garder leurs enfants. Parce que les revenus de l’homme sont plus élevés que ceux de la femme dans 3 couples hétérosexuels sur 4 selon l’INSEE , le choix du maintien de l’activité dans des contextes comme celui du Covid-19 se porte quasi automatiquement sur l’activité de l’homme.

Dans un rapport de la Fondation des Femmes publié en mars 2021, 21% des femmes déclarent ainsi s’être arrêtées de travailler à cette occasion, soit le double des hommes. Elles sont 40% à avoir consacré plus de 4 heures par jour aux enfants soit, là encore, le double des hommes.

La crise de Covid-19, accélératrice des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes

Si la crise du Covid-19 est inédite de par son ampleur et ses conséquences, elle témoigne d’un phénomène qui n’est pas nouveau : lors d’une crise, les femmes sont les premières et les plus touchées par tous les impacts économiques qui en découlent. Aux États-Unis, selon le National Women’s Law Center, les femmes ont perdu 5,4 millions d’emplois depuis le début de la pandémie. En janvier 2021, les femmes comptaient ainsi pour 80% des adultes qui ont cessé de travailler ou qui recherchent un emploi aux Etats-Unis.

En France, l’étude menée par la Fondation des Femmes en mars 2021 révèle que 41 % des femmes de moins de 65 ans ont observé une baisse de leurs revenus depuis le début du confinement. Largement majoritaires dans les secteurs les plus touchés par la crise (hôtellerie, commerce, culture…) et dans les secteurs précaires, les femmes ont subi de plein fouet les impacts de la crise sanitaire et ont davantage perdu leurs emplois que les hommes.

Et au niveau mondial, Oxfam a calculé que la crise due à la pandémie de COVID-19 a entraîné pour les femmes du monde entier une perte de revenus d’au moins 800 milliards de dollars en 2020, soit plus que le PIB combiné de 98 pays. Les femmes ont perdu plus de 64 millions d’emplois en 2020, soit une perte de 5 %, contre 3,9 % pour les hommes.

Avoir un emploi ne protège par ailleurs pas de la pauvreté. En décembre 2018, nous mettions en lumière le phénomène de travailleuses pauvres en France dans notre rapport « Travailler et être pauvre : les femmes en première ligne » . En France, en 2017, 7,3% des travailleuses étaient pauvres selon les chiffres Eurostat. Un chiffre en nette augmentation au fil des années puisqu’elles étaient 5,6% en 2006. La crise de Covid-19 est venue encore davantage intensifier ce phénomène de travailleuses pauvres.

Mobilisons-nous pour un plan de relance féministe

Face aux inégalités de genre, Oxfam se mobilise en France et dans le monde entier. Alors que la crise de Covid-19 pourrait faire reculer de manière inédite les progrès faits ces dernières années pour l’égalité, nous défendons un plan de relance féministe plaçant la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes au cœur des réponses politiques à la crise du Covid-19.

Parce que nous avons le pouvoir toutes et tous ensemble, vous aussi, mobilisez-vous !
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