L’espace public fourmille d’informations et de termes très variés autour des enjeux liés à l’accueil de migrants et réfugiés. On parle de migrants, de réfugiés, de demandeurs d’asile, de mineurs isolés… Des catégories qui décrivent des situations et statuts très différents, sans qu’ils soient forcément expliqués et clairement définis. Ils sont pourtant essentiels pour comprendre les enjeux autour de ces questions. Face à cette quantité croissante d’informations et de désinformation, il est important de mieux savoir de quoi l’on parle quand on parle de migrations.
Migrants, migrantes : de quoi parle-t-on vraiment ?
Une personne migrante est une personne qui s’installe durablement dans un pays qui n’est pas celui dont elle est originaire. Le terme migrant·e est donc une appellation très englobante. Il décrit uniquement ce processus de mobilité internationale, mais n’en précise pas la cause et ne lui attribue aucun statut juridique. Ainsi, on parle de migrant·e quel que soit le statut de la personne, son niveau d’éducation, sa richesse, ou la raison qui la pousse à migrer, qu’elle soit économique, personnelle, familiale, sécuritaire, politique, climatique… Ainsi, une étudiante ou un travailleur expatrié sont a priori des migrant·es…
Le terme migrant fait donc référence à une mobilité internationale, sans en préciser la cause ni qualifier en droit le statut de la personne dans le pays de destination.
Combien y a-t-il de migrant∙es à travers le monde ?
En 2024, on dénombrait environ 304 millions de migrants à travers le monde. C’est-à-dire que, d’après l’Organisation internationale pour les migrations, près de 3,7% de la population mondiale n’habite pas dans le pays dont elle est originaire.
Pourquoi migre-t-on ?
Les raisons pour lesquelles une personne est amenée à quitter le pays dont elle est originaire sont multiples. On peut migrer pour des raisons économiques, pour poursuivre ses études dans un autre pays, pour des raisons personnelles, pour venir rejoindre son ou sa compagne, pour fuir une guerre et demander à l’État français de protéger sa vie, en tant que jeune ou mineur isolé arrivé d’un pays en détresse économique, après avoir reçu une promotion dans une entreprise qui a son siège à Paris, pour vivre sa retraite sur la côte d’Azur, etc… Après des millénaires de migrations, il y a autant d’histoires que de personnes migrantes.
Migrations forcées et migrations choisies
Le terme migrant∙e recouvre donc en même temps les personnes qui souhaitent déménager dans un autre pays de façon volontaire, librement et de façon régulière, mais aussi celles qui se voient forcées de quitter leurs pays car leurs vies ou leurs droits y sont menacés.
On parle donc souvent de migrations forcées pour spécifier le cas de ces personnes qui ne choisissent pas de migrer, mais sont confrontées à des situations (conflits, catastrophes naturelles) qui les poussent à quitter leurs foyers pour chercher un lieu offrant un minimum de sécurité.
Où migre-t-on ?
La plupart des personnes migrantes s’installent dans un pays voisin, ou relativement proche, et sensiblement de même niveau socio-économique. À l’inverse de ce que laissent penser certains médias ou certains courants de pensée, seulement un tiers des migrant∙es issu∙es d’un pays en développement s’installent dans un pays à niveau de vie moyen plus élevé.
Les 2 tiers des migrants s’installent dans un pays de même niveau de développement, en restant dans la même région du monde.

Les chiffres des migrations en France
La France compte 6 millions de personnes étrangères installées durablement sur le territoire national, sur une population de 68,5 millions d’habitant∙es. Environ 2,1 million d’entre eux viennent de pays européens (source INSEE).
En chiffres :
- En France, la population immigrée représente 7,7 millions de personnes. Parmi elles, 2,6 millions de personnes ont été naturalisées françaises, et 5,1 millions sont des personnes immigrées de nationalité étrangère.
- La population étrangère regroupe ces 5,1 millions de personnes immigrées de nationalité étrangère, ainsi que les 0,9 million d’étranger∙es né∙es en France.

Un∙e immigrant∙e en France est une personne née à l’étranger, qui n’a pas la nationalité française, et s’est installée en France. Cette personne peut devenir française par une procédure de naturalisation.
Une personne étrangère est une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française. Il est possible que cette personne n’ait pas de nationalité (on parle alors d’apatride), ou qu’elle soit née en France sans avoir à ce jour la nationalité française (c’est majoritairement le cas des mineurs).
Personnes réfugié∙es et demandeur∙ses d’asile
Qu’est-ce qu’un∙e réfugié∙e ?
Définition :
Un∙e réfugié∙e est une personne à qui est accordée une protection après une demande d’asile. Cette demande est éligible en raison des risques de persécution qu’elle encourt dans son pays d’origine, du fait de son appartenance à un groupe ethnique ou social, de sa religion, de sa nationalité ou de ses opinions politiques, et contre lesquels son pays ne peut la protéger selon l’article 1er de la Convention relative au statut des réfugiés (Genève, 1951). Il s’agit d’un droit humain auquel toute personne doit pouvoir avoir accès, dans tous les pays signataires de la Convention.
Le terme réfugié∙e est un terme légal qui décrit un statut juridique précis, octroyé dans le cadre d’un contexte personnel particulier et dangereux. Ce statut ne peut être délivré que par un Etat (ou par le HCR dans certains cas particuliers).
À la fin de l’année 2024, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) dénombrait 42,7 millions de personnes réfugiées à travers le monde, dont plus de 70% dans des pays à revenue faible ou intermédiaire. L’Iran et la Turquie étaient en 2024 les deux pays qui ont accueilli le plus de personnes déplacées, respectivement 3,5 millions de personnes pour l’Iran et 2,9 millions pour la Turquie. La France n’a accueilli quant à elle que 70 000 personnes réfugiées sur la même période.
Qu’est-ce qu’un∙e réfugié∙e climatique ?
Définition :
Actuellement, le statut de réfugié∙e tel que défini par la Convention de Genève ne s’applique pas aux déplacements forcés causés par les effets du changement climatique. Ainsi, le terme de réfugié climatique n’a donc pas de base juridique. Certains préfèrent donc parler de déplacés environnementaux ou déplacés climatiques pour désigner ces populations contraintes de fuir et n’étant pas éligibles au statut de réfugié. Pour autant, le terme réfugié∙e climatique permet de sensibiliser l’opinion au nombre croissant de personnes qui doivent se déplacer à cause des effets du changement climatique.
On manque aujourd’hui de données et de suivi pour connaître le nombre total de personnes contraintes de fuir à causes du changement climatique à l’échelle internationale, du fait du manque d’organisations dédiées à ce sujet, de la multiplicité des causes et des types de déplacements. En revanche, le Centre de Surveillance des Déplacements Internes (IDMC), qui suit les déplacements de population internes au sein des pays a enregistré 83,4 millions de déplacements internes dû aux catastrophes climatiques en 2024, plus du double du nombre relevé en 2018.
Les perspectives à long terme ne sont pas encourageantes. Les estimations partagées par l’OIM ou le IPCC tablent sur environ 200 millions de déplacées environnementaux à l’horizon 2050, tandis que d’autres organisations vont jusqu’à parler d’un milliard.

La demande d’asile : une première étape pour être reconnu∙e réfugié∙e
Une personne est demandeuse d’asile quand elle demande à un pays qui n’est pas le sien de la protéger d’un danger qui met sa situation ou sa vie en danger, sans que son pays soit capable de lui offrir cette protection. La demande d’asile fait référence directe au droit à la protection internationale défini dans la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés.
Une procédure de demande d’asile commence par le dépôt d’un dossier. Pendant la période d’examen du dossier, la personne demandeuse d’asile ne peut pas être renvoyée dans son pays, et bénéficie d’un certain niveau d’assistance publique, qui diffère selon les pays.
En France, la demande d’asile est un processus administrativement long et complexe. Il implique le dépôt officiel d’une demande, et la prise en charge de l’analyse du dossier, y compris un entretien personnel, de la part de l’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides). Toutes les demandes sont loin d’être acceptées : en France on estime que le taux de demandes d’asile acceptées se situe entre 35% et 50% depuis 2020.
Si la demande d’asile est acceptée, la personne en demande d’asile est reconnue comme réfugiée. Si la demande est refusée, la personne demandeuse d’asile ne peut pas rester en France. Elle est expulsée ou se retrouve alors dans une situation illégale.

Les autres termes liés aux migrations
Apatride
Définition :
Un∙e apatride est une personne qu’aucun État ne reconnaît comme ressortissant. Le statut d’apatride est un statut juridique défini dans la Convention de New York de 1954, comme l’est celui des personnes réfugiées dans la Convention de Genève de 1951. Selon le HCR, qui a le mandat de protection des personnes apatrides dans le monde, il existe aujourd’hui autour de 4,4 millions de personnes apatrides dans le monde.
Déplacé∙es internes
Définition :
Les déplacé∙es internes sont des personnes qui se voient forcées de se déplacer au sein même de leur pays, sans traverser de frontière internationale. Dans beaucoup de pays en crise, les conflits sont localisés dans une région en particulier : des personnes sont alors obligées de se déplacer, et ont besoin d’une assistance, sans pour autant sortir de leur pays de résidence. Lors de crises humanitaires, la plupart des personnes déplacées restent dans leur propre pays, sans chercher à s’installer ailleurs.
Pour chaque réfugié∙e qui est accueilli dans le monde, il y a 2 déplacés forcés dans leurs propres pays. Selon le HCR, on comptait en 2024 83 millions de déplacés internes dans le monde.

Mineur∙es non accompagné∙es
Dans les processus migratoires, il arrive malheureusement que certain∙es jeunes mineur∙es se retrouvent seul∙es, sans être accompagné∙es d’un adulte. Ils et elles souffrent alors d’une extrême vulnérabilité. En France comme dans d’autres pays européens, les mineur∙es isolé∙es reçoivent un soutien particulier au regard de leurs besoins spécifiques et bénéficient d’une protection adaptée.
Oxfam milite pour la prise en charge de ces mineur∙es sans soutien familial, mais également pour que ils et elles soient accompagné∙es dans leur processus d’intégration, y compris dans la première étape de l’âge adulte.
Les services du Ministère de la Justice ont confié aux départements français 13 554 personnes déclarées mineures non accompagnées (MNA) par décision judiciaires pour l’année 2024.
Les sans-papiers
Définition :
Les personnes sans-papiers sont des personnes étrangères qui se sont retrouvées en irrégularité avec le droit de résidence en France. Il s’agit d’étranger∙es ne bénéficiant pas d’un statut leur permettant de séjourner et de s’installer en France sur le moyen ou long terme, soit parce que leur demande d’asile a été refusée, soit parce qu’ils sont, par exemple, arrivés en France de manière régulière en restant sur le territoire à l’expiration de leur visa.
Sous conditions de résidence et de faibles ressources, les personnes migrant∙es non régularisé∙es peuvent actuellement avoir un accès aux soins limité à travers l’Aide Médicale d’Etat (AME), mais pas à un niveau de couverture équivalent à celui dont les Français ou personnes migrantes en situation régulière peuvent bénéficier.
Pour aller plus loin
- Découvrez l’ensemble de l’action d’Oxfam France en lien avec cette thématique sur notre page dédiée à la campagne Migrations.
- Approfondissez votre regard sur les liens entre climat et migrations.
- Téléchargez notre livre numérique gratuit dédié aux personnes migrantes et réfugiées, pour combattre les idées reçues.
- Consultez notre article dédié à la crise des politiques migratoires qui s’incarne notamment en Grèce, sur l’île de Lesbos.
- Testez vos connaissances sur la thématique des migrations et personnes réfugiées, à travers notre quiz dédié.








