2015 : le pouvoir citoyen en actions

Tout au long de l’année 2015, les militant-e-s d’Oxfam se sont mobilisé-e-s pour exiger la justice climatique, demander moins de charbon dans les investissements des banques et entreprises françaises et plus de solidarité envers les populations affectées par le changement climatique. Nous avons aussi continué à nous battre pour une taxe sur les transactions financières plus ambitieuse, pour plus de transparence fiscale et contre la spéculation alimentaire. Retrouvez le bilan de nos actions 2015.

Exiger la justice climatique

Parce que le changement climatique impacte d’abord les populations les plus vulnérables et qu’il risque de réduire à néant des décennies d’efforts dans la lutte contre la pauvreté, les militant-e-s d’Oxfam se sont mobilisé-e-s tout au long de l’année pour exiger la justice climatique. Cette mobilisation a culminé lors de la Conférence des Nations Unies sur le Climat (COP21) qui s’est tenue à Paris du 29 novembre au 12 décembre 2015.

Les pays riches – dont la France – ont une double responsabilité : celle d’enrayer la crise climatique, en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre, et celle d’aider les pays les plus pauvres, premières victimes des conséquences du changement climatique et pourtant les moins responsables.

Depuis un an, les équipes d’Oxfam ont été présentes à toutes les négociations internationales sur le climat : COP21 à Paris mais aussi aux intersessions de Bonn ou au sommet de Lima. Elles ont observé les débats, conseillé et fait pression sur les responsables politiques afin qu’ils adoptent un accord ambitieux, permettant de maintenir le réchauffement de la planète sous le seuil dramatique des 2 °C. Les analyses d’Oxfam sur l’avancée des négociations et son verdict à l’issue de la COP21 ont été massivement relayées par les médias français et internationaux. Oxfam a également mobilisé le grand public à travers des actions digitales telles que #EyesOnParis ou #LikeTaPlanète, des actions de rue ou des envois d’e-mails et de cartes postales d’interpellation. Cette mobilisation s’est concrétisée par la remise à François Hollande d’une pétition recueillant 1,3 million de soutiens dans le monde en amont de la COP.

Moins de charbon dans les investissements des banques et entreprises françaises

Le charbon est responsable de 43 % des émissions mondiales de CO2. Sortir du charbon est donc un premier pas primordial pour enrayer le changement climatique et ses conséquences désastreuses pour les populations les plus pauvres.

Pourtant, le secteur privé français finance toujours la construction de centrales à charbon à l’étranger et soutient financièrement les entreprises du secteur. La France est, à travers ses banques, le 5e plus gros financeur mondial de charbon sur la période 2011-2013.

Au cours de l’année, nous nous sommes donc battus pour une réorientation des investissements climaticides des banques et entreprises françaises.

Nous avons interpellé EDF et Engie (ex GDF-Suez), deux entreprises à capital public, sur leurs nombreuses centrales à charbon à l’étranger. Suite à notre mobilisation intense, en octobre, Engie s’est enfin engagée à sortir du charbon.

A travers la campagne Fair Finance France, nous avons passé à la loupe les politiques d’investissements des grandes banques françaises, notamment dans les énergies fossiles et le charbon. Nous avons invité les citoyens à demander des comptes à leur banque. Ces efforts commencent à payer : le Crédit agricole s’est engagé en mai2015 à ne plus soutenir ni les mines de charbon ni les exploitants spécialisés dans cette activité.

Oxfam a également travaillé avec les parlementaires et les ministères pour améliorer le projet de loi sur la transition énergétique. Cette loi inclut désormais l’obligation pour les entreprises et les banques de publier leur empreinte carbone et de prendre en compte les risques climatiques liés à leurs investissements.

Plus de solidarité envers les populations impactées par le changement climatique

Sécheresses, inondations, épisodes climatiques extrêmes, faim… le changement climatique a d’ores et déjà des conséquences désastreuses sur les pays et les populations les plus vulnérables. Sans action forte de la part des Etats, ces conséquences  ne feront que s’aggraver dans les années à venir.

La survie de nombreuses personnes dépend donc aujourd’hui de leur capacité à faire face au changement climatique, à se protéger des catastrophes qu’il engendre. Pour cela, financer ce qu’on appelle l’adaptation est essentiel. C’est le devoir des pays riches, principaux responsables des dérèglements climatiques et la France doit y contribuer à sa juste part.

Au cours de l’année 2015, 1,3 million de soutiens ont été recueillis par Oxfam dans le monde pour un accord ambitieux qui garantisse le financement de l’adaptation des populations les plus vulnérables au changement climatique. Cette pétition a été formellement remise au Président de la République, François Hollande, la veille de l’ouverture de la COP21 à Paris, des mains mêmes d’une agricultrice zimbabwéenne, impactée de plein fouet par le changement climatique.

En septembre 2015, François Hollande a promis devant l’ONU de débloquer 2 milliards d’euros supplémentaires par an d’ici 2020 pour lutter contre les impacts du changement climatique. Fortes de cette promesse, les équipes d’Oxfam se sont mobilisées pour exiger une traduction concrète de ces engagements, en particulier dans le budget 2016.

Taxe sur les transactions financières : de vraies victoires en France

La solidarité de la France envers les populations les plus vulnérables et les plus impactées par le changement climatique passe notamment par la taxe sur les transactions financières (TTF). Tout en limitant la spéculation financière, cette taxe permet de dégager des ressources financières nouvelles pour répondre à des enjeux globaux tels que la lutte contre le changement climatique, la solidarité internationale et la santé mondiale.

Au niveau de la TTF française, en place depuis trois ans, nous enregistrons en cette fin d’année 2015 deux belles victoires : grâce à une mobilisation sans faille de plusieurs député-e-s de tous bords, 50 % des ressources dégagées par la TTF seront affectées dès l’année prochaine au climat et au développement contre 25 % jusqu’à maintenant. A partir de 2017, la TTF sera également élargie aux opérations intra-journalières et au trading à haute fréquence, particulièrement spéculatifs. Cela signifie entre 1 et 3 milliards d’euros de plus par an pour la solidarité internationale, et une finance moins spéculative !

Nous espérons que ces victoires en France donneront un nouveau souffle aux négociations qui se tiennent au niveau européen. Cette année, à l’approche de la COP21, nous avions bon espoir que les ministres de 11 pays européens réunis au sein d’une coopération renforcée se mettent d’accord sur cette taxe, qui dégagerait de nouveaux financements si nécessaires pour le climat. C’est finalement un accord de façade qui a été adopté, qui pourrait repousser la mise en place de la taxe à 2018. Notre travail de pression doit donc se poursuivre sur ce sujet.

Inégalités : des chiffres qui interpellent, une transparence fiscale accrue

« En 2016, les 1% les plus riches du monde posséderont plus que le reste de la population ». Ce chiffre, tiré de notre rapport « Insatiable richesse » publié en janvier 2015, a fait le tour du monde, mais la réalité a devancé nos projections : ce cap a été franchi en septembre… Sur ce sujet, nos messages ont été repris plus de 240 fois dans les médias français. La question des inégalités est de plus en plus incontournable et les dirigeants politiques sont de plus en plus forcés à agir.

Réduire les inégalités passe notamment par plus de justice fiscale. Une redéfinition des règles fiscales nationales et internationales, qui bénéficient aujourd’hui surtout aux pays riches et aux multinationales est indispensable. Pour cela, nous demandons la création d’un organe fiscal international mais aussi, au niveau français, plus de transparence pour que cessent les pratiques d’évasion ou d’optimisation fiscales. Oxfam et ses alliés se sont battus cette année pour l’adoption en France du reporting pays par pays public, qui obligerait toutes les entreprises à publier des informations clés sur leurs activités économiques et permettrait de savoir si elles paient leurs impôts là où elles ont une réelle activité ou font voyager leurs bénéfices de manière artificielle pour diminuer leurs impôts.

La faim, toujours un business comme un autre ?

Suite à notre campagne « Banques : la faim leur profite bien » de 2013, nous avons voulu savoir où en était la spéculation agricole française et vérifier si l’Etat et les banques tenaient effectivement leurs promesses.Nous avons alors fait un constat sans appel : tout reste à faire ! BNP Paribas, la Société Générale et le groupe BPCE (Caisse d’Epargne et Banque Populaire), via Natixisproposent toujours à leurs clients des outils permettant de spéculer sur les prix des matières premières agricoles. Nous avons aussi constaté que la loi limitant la spéculation agricole n’était pas appliquée. Fruit de notre pression, l’Etat s’est finalement décidé en juillet à faire appliquer cette loi bancaire.

Par ailleurs, la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (NASAN) est toujours dans le viseur d’Oxfam. En juin, à la veille du G7, nous en dénoncions à nouveau les limites. En septembre, la France s’engageait à réformer le cadre de coopération de la NASAN au Burkina Faso, pays où elle est chef de file, pour donner priorité à l’agriculture familiale. Oxfam sera associée à ces négociations.

Conflits et catastrophes : l’impératif de sauver des vies

Le 25 avril, un grave tremblement de terre a frappé en son centre l’un des pays les plus pauvres du monde, le Népal, faisant plus de 8 500 morts et 21 000 blessés. Oxfam France a fait appel à la générosité du public pour venir en aide aux victimes du séisme, notamment les nombreux déplacés et sans-abris. Déjà présentes sur place, les équipes d’Oxfam ont pu réagir rapidement en apportant des kits d’hygiène et en répondant aux besoins prioritaires des populations touchées.

En Syrie, quatre ans de violences ont fait du pays l’une des crises humanitaires les plus graves depuis la Seconde guerre mondiale. Sur le terrain, Oxfam continue à mener de nombreux programmes d’assistance aux Syriennes et Syriens réfugiés en Jordanie et au Liban et maintient une présence importante en Syrie même. Nous avons été mobilisés avec nos alliés en 2015 pour dénoncer le manque d’action politique de la communauté internationalequi échoue depuis 4 ans à trouver une solution pacifiste à la crise syrienne.

Nos combats continuent

L’accord de Paris sur le climat adopté par 195 pays à l’issue de la COP21 n’est qu’une étape dans la lutte contre le changement climatique. Nous regrettons son manque d’ambition sur la question cruciale des financements qui permettraient aux pays les plus pauvres de s’adapter au changement climatique. C’est pourquoi en 2016 nous continuerons à faire pression en France et à l’international pour que des engagements plus forts soient pris par les dirigeants politiques.

En 2016, nous serons plus que jamais mobilisés dans la lutte contre les inégalités.  Nous avons choisi de mener un an de campagne. Ainsi, nous allons publier des rapports d’information pour dénoncer la situation mais aussi proposer des solutions pragmatiques pour faire changer la donne et diminuer ces inégalités. Nous vous proposerons également des pétitions et des actions directes vis-à-vis des responsables politiques et économiques qui peuvent aller plus loin dans la lutte contre l’évasion fiscale. Enfin, nous vous tiendrons régulièrement informés. Parce que c’est avec vous à nos côtés que nous pouvons entreprendre ce travail. Et obtenir, de nouveau en 2016, de vrais changements en vue de construire un monde sans pauvreté.

 

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