- 5.7 litres d’eau par jour et par personne soit moins qu’une douche d’une minute
- Près de 1 700 kilomètres de réseaux d’eau et d’assainissement ont été détruits. L’équivalent d’un aller-retour entre Paris et Liverpool
- Des réparations majeures sont urgentes, mais Israël tarde à autoriser la livraison des fournitures nécessaires
La reprise de l’aide humanitaire à Gaza, notamment le carburant permettant de faire fonctionner les installations d’eau et d’assainissement non endommagées ainsi que le transport d’eau par camions, a amélioré la disponibilité de l’eau dans certaines zones. Toutefois, la situation reste extrêmement critique, en particulier dans les gouvernorats du nord de Gaza et de Rafah, a averti Oxfam aujourd’hui.
Après quinze mois d’offensive militaire israélienne, 1 675 kilomètres de réseaux d’eau et d’assainissement ont été détruits. Dans le nord de Gaza et à Rafah, où les destructions sont les plus importantes, moins de 7 % de l’eau disponible avant le conflit est accessible à la population, ce qui favorise la propagation de maladies hydriques.
Alors que les négociations de cessez-le-feu restent incertaines, toute reprise des violences ou interruption de l’acheminement du carburant et de l’aide déjà insuffisante déclencherait une catastrophe sanitaire à grande échelle.
Clémence Lagouardat, coordinatrice humanitaire d’Oxfam à Gaza, a déclaré :
« Maintenant que les bombardements ont cessé, nous commençons tout juste à mesurer l’ampleur des destructions des infrastructures d’eau et d’assainissement à Gaza. La plupart des réseaux vitaux ont été complètement détruits ou paralysés, créant des conditions sanitaires catastrophiques.
Nos équipes et partenaires rapportent que des habitants les arrêtent dans la rue pour leur demander de l’eau et que des parents se privent de boire pour en laisser à leurs enfants. C’est déchirant d’entendre que des enfants doivent parcourir des kilomètres pour remplir un simple jerrycan d’eau. »
Dans le gouvernorat du nord de Gaza, presque tous les puits ont été détruits par l’armée israélienne. Plus de 700 000 personnes sont revenues pour découvrir des quartiers entiers rayés de la carte. Pour ceux dont les maisons tiennent encore debout, l’eau est inexistante en raison de la destruction des citernes de stockage sur les toits.
À Rafah, plus de 90 % des puits et réservoirs ont été partiellement ou totalement endommagés, et la production d’eau représente moins de 5 % de sa capacité avant le conflit. Seuls 2 des 35 puits sont encore fonctionnels.
Malgré les efforts pour relancer la production d’eau depuis le cessez-le-feu, la destruction des canalisations de Gaza entraîne une perte de 60 % de l’eau, qui s’infiltre dans le sol au lieu d’atteindre la population.
Bilan initial d’Oxfam et de ses partenaires après le cessez-le-feu :
- Plus de 80 % des infrastructures d’eau et d’assainissement dans la bande de Gaza ont été partiellement ou totalement détruites, y compris les six principales stations d’épuration.
- 85 % des stations de pompage des eaux usées (73 sur 84) et des réseaux d’égouts ont été détruits. Certaines ont été réparées mais nécessitent de toute urgence du carburant pour fonctionner.
- 85 % des petites usines de dessalement (85 sur 103) ont été partiellement endommagées ou totalement détruites.
- 67 % des 368 puits municipaux ont été détruits. La plupart des petits puits privés ne peuvent pas fonctionner faute de carburant ou de générateurs.
L’absence d’eau potable, combinée au déversement d’eaux usées non traitées dans les rues, a entraîné une explosion de maladies hydriques et infectieuses. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 88 % des échantillons environnementaux analysés à Gaza sont contaminés par la polio, signalant un risque imminent d’épidémie. Les maladies infectieuses, notamment la diarrhée aiguë et les infections respiratoires – désormais principales causes de mortalité – sont en forte hausse, avec 46 000 cas recensés chaque semaine, principalement chez les enfants.
La varicelle et des maladies de peau comme la gale et l’impétigo se propagent également rapidement, notamment parmi les populations déplacées du nord de Gaza, où la pénurie d’eau est la plus grave.
Par ailleurs, faute de collecte et de transport des déchets depuis plus de quinze mois, plus de 2 000 tonnes d’ordures s’accumulent chaque jour dans les rues. Cette combinaison toxique d’eaux usées à ciel ouvert, de déchets non collectés et d’eau contaminée crée des conditions idéales pour une épidémie meurtrière.
Clémence Lagouardat a ajouté :
« Malgré l’augmentation de l’aide depuis le cessez-le-feu, Israël continue d’entraver sévèrement l’acheminement d’équipements essentiels à la réparation des infrastructures détruites par ses frappes aériennes. Cela inclut des tuyaux indispensables à la remise en état des réseaux d’eau et d’assainissement, ainsi que du matériel comme des générateurs pour faire fonctionner les puits. »
L’envoi par Oxfam de 85 tonnes de tuyaux, raccords et réservoirs d’eau – d’une valeur de plus de 480 000 dollars – a été bloqué pendant plus de six mois sous prétexte qu’il s’agissait de matériel à « double-usage » et de taille « excessive » pour être acheminé. Ce n’est que cette semaine que les autorités israéliennes ont finalement approuvé l’envoi, bien qu’il n’ait pas encore été livré.
Clémence Lagouardat a poursuivi :
« Des centaines de milliers de déplacés à Gaza ont dû creuser des fosses sceptiques de fortune à côté de leurs tentes. Chaque jour, environ 130 000 mètres cubes – soit l’équivalent de 52 piscines olympiques – d’eaux usées non traitées sont rejetés dans la mer Méditerranée et contaminent l’unique nappe phréatique de Gaza.
La reconstruction des infrastructures d’eau et d’assainissement est essentielle pour que Gaza retrouve un semblant de normalité après 15 mois d’horreur. Le cessez-le-feu doit être maintenu, et le carburant ainsi que l’aide humanitaire doivent affluer pour que les Palestiniens puissent reconstruire leur vie. Une paix durable pour les Palestiniens et les Israéliens ne peut être atteinte que par un cessez-le-feu permanent et une solution juste. »
Notes aux rédacteurs
Oxfam dispose de photos et de vidéos récentes montrant les destructions des infrastructures d’eau et d’assainissement à Gaza, disponibles en téléchargement [ICI] (valable jusqu’au 14 mai 2025).
Selon la Coastal Municipalities Water Utility (CMWU), en février 2025, 1 675 km sur 4 800 km de réseaux d’eau et d’assainissement de Gaza ont été détruits depuis octobre 2023. Cela inclut 350 km dans le nord de Gaza, 495 km à Gaza-ville, 240 km dans la région centrale, 350 km à Khan Younis et 240 km à Rafah.
Les données sur la destruction des infrastructures proviennent du rapport d’évaluation rapide des dommages de la CMWU (janvier 2025) et du rapport de planification et d’investissement de la municipalité de Gaza (31 décembre 2024).
Selon le rapport Water War Crimes d’Oxfam, avant le 7 octobre 2023, la population de Gaza avait accès à 82,7 litres d’eau par personne et par jour. Actuellement, Rafah dispose de moins de 5 % de cette quantité, tandis que les gouvernorats du nord de Gaza ont moins de 7 %, soit 5,7 litres par personne et par jour.
D’après le rapport du WASH Cluster du 10 février 2025, seulement 2 puits sur 35 à Rafah sont encore opérationnels.
Concernant la situation sanitaire :
- 13 179 cas de diarrhée aqueuse aiguë (AWD) ont été signalés chez les enfants de moins de cinq ans, représentant environ 54 % du total des cas enregistrés.
- 88 % des échantillons environnementaux testés pour la polio à Gaza (21 sur 24) étaient positifs, selon l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (OMS & ONU, 1er février 2025).
Enfin, les dernières données de l’UNOSAT (United Nations Satellite Centre) collectées le 1er décembre 2024 montrent que 170 812 structures ont été détruites ou endommagées à Gaza, dont :
- 60 368 structures totalement détruites,
- 20 050 structures gravement endommagées,
- 56 292 modérément endommagées,
- 34 102 possiblement endommagées.
Les gouvernorats du Nord de Gaza et de Rafah sont ceux où les destructions ont le plus augmenté depuis l’analyse du 6 septembre 2024, avec 3 138 nouvelles structures endommagées dans le nord de Gaza et 3 054 à Rafah. Dans le gouvernorat du Nord, la municipalité de Jabalya est la plus touchée, avec 1 339 nouvelles structures endommagées.
Contact:
Louis-Nicolas JANDEAUX, responsable plaidoyer et campagne humanitaire, 06.49.15.58.60, lnjandeaux@oxfamfrance.com