Sur les réseaux sociaux, dans certains articles de presse, des critiques virulentes sont adressées à Oxfam. Derrière ces critiques, basées sur le détournement de faits et la simplification à outrance frisant la caricature, transparaît une volonté de décrédibiliser une organisation, dont le travail d’information, d’alerte et de pression citoyenne est reconnu de longue date et chaque jour un peu plus audible. Derrière ces critiques, c’est la voix d’Oxfam que l’on tente d’affaiblir, pour mieux pouvoir la remettre en question, et son rôle de pouvoir citoyen que l’on rejette. La crédibilité d’Oxfam repose sur notre capacité à mettre en lumière des faits, des réalités, dont nous sommes directement témoins ou que nous nous efforçons de documenter. Face à ces critiques, nous gardons la même posture : exposer les faits.

Se remettre constamment en question, analyser son fonctionnement, sa culture et les rapports de pouvoir interne, confronter ses pratiques à ses valeurs et à sa raison d’être : ce travail constant mené par Oxfam sur elle-même constitue l’une des bases les plus solides de l’organisation.

Face aux différentes critiques adressées à l’organisation, ce travail constant constitue la meilleure des réponses. Lorsque des questions nous sont posées, nous y répondons bien sûr, et de manière détaillée. Nous restons toujours disposé-e-s à débattre de nos analyses et recommandations. Oxfam, en tant qu’association, a un devoir de transparence et de redevabilité.

Lorsque des faits sont déformés, caricaturés, pour remettre en question les actions mêmes de l’association, nous opposons là aussi des faits concrets, basés sur ce travail permanent.

La version déformée des faits :

« Oxfam demande la suspension des subventions publiques aux entreprises qui licencient et dans le même temps l’ONG licencie 1 450 personnes.
Comment Oxfam ose-t-elle encore critiquer les grandes entreprises et donner des leçons ? »

Notre réponse :

Comparer la situation économique et les choix faits par une organisation caritative comme Oxfam et les politiques de certaines grandes entreprises est un raisonnement erroné, parfois utilisé pour tenter de minimiser la réalité que nous mettons en lumière dans nos activités de plaidoyer et de mobilisation citoyenne.

Oxfam est une association à but non-lucratif. Nos choix ne sont pas guidés par des profits à préserver au détriment des activités ou des emplois, des hauts salaires à augmenter exponentiellement et par des dividendes à verser coûte que coûte.

C’est d’ailleurs ce que nous demandons : conditionner les aides publiques à l’interdiction de licenciements dans des entreprises qui font des profits. Nous connaissons la réalité de nombre de petites et moyennes entreprises en cette période de crise et leurs très difficiles réalités financières.

La version déformée des faits :

« Oxfam licencie 1 450 personnes. »

Notre réponse :

La crise mondiale du coronavirus et toutes ses conséquences, notamment les mesures de confinement dans de très nombreux pays où les équipes d’Oxfam sont présentes, ont eu des conséquences financières directes pour l’ensemble de la confédération Oxfam, liées aux dons du public.

Face à une baisse de ses ressources, la confédération Oxfam a décidé de mettre fin, de manière très progressive, à ses programmes humanitaires dans 18 pays, sur les 66 où elle agit actuellement. Elle reste présente et renforce par ailleurs certaines de ses actions dans 48 pays, dont les crises humanitaires les plus importantes du monde. Un grand nombre des programmes humanitaires de la confédération Oxfam sont en effet financés directement grâce aux dons du public. Dans ces 18 pays, les bureaux d’Oxfam seront très progressivement fermés. On dénombre 1 450 personnes qui seront impactées par ces fermetures.

Pourquoi ne pas parler de 1 450 licenciements ? Parce que les mots ont un sens et que toutes ces personnes ne seront pas licenciées. Les programmes humanitaires étant définis sur des périodes de temps précises, pour répondre à des objectifs tout aussi précis, un grand nombre de contrats sont établis à durée déterminée. Le travail humanitaire, sur le terrain, à Oxfam comme ailleurs, répond à la nécessité de faire face à des crises, pour lesquelles le concept de « à durée interdéterminée » ne fait – normalement – pas sens.

Surtout, dans les 18 pays concernés, aucune activité ne prendra fin du jour au lendemain. Les activités en cours iront à leur terme, pour tenir les engagements pris, mais surtout, pour préparer la suite et accompagner tous les partenaires locaux avec lesquels Oxfam travaille de longue date. Ces fermetures interviendront donc, au regard du contexte de chaque pays, d’ici la fin 2020 au plus tôt, et sur plusieurs années pour d’autres.

Un certain nombre de personnes poursuivront leurs actions avec Oxfam dans d’autres pays, sur d’autres activités, comme cela arrive très souvent. D’autres continueront d’agir dans ces pays, avec les partenaires d’Oxfam, que la confédération souhaite continuer de soutenir.

Aujourd’hui, nous ne sommes tout simplement pas en mesure de dire le nombre de licenciements effectifs que ces fermetures entraineront. Il y en aura, et c’est un crève-cœur pour toute la confédération Oxfam, mais ils ne seront heureusement pas au nombre de 1 450.

La version déformée des faits :

« Oxfam licencie seulement dans les pays pauvres, car la législation du travail y est beaucoup plus souple que dans d’autres pays où l’association est présente. »

Notre réponse :

Cette affirmation est grossièrement fausse. La confédération Oxfam travaille actuellement à une restructuration globale, de ses effectifs et de son fonctionnement, dans tous les pays, pour répondre à deux impératifs :

  • Continuer d’agir auprès du plus grand nombre possible, faire entendre la voix et défendre les droits des populations les plus fragiles de la manière la plus efficace et forte possible.
  • Adapter ses actions à sa réalité financière actuelle, avec une baisse de ses ressources liées à la générosité du public, engendrée par la crise du coronavirus.

Une décision a été prise de restreindre les programmes humanitaires financés sur les dons issus de la générosité du public, à 48 pays, en mettant progressivement fin à nos activités dans 18 pays. Dans ces pays, les équipes d’Oxfam sont employées par les affiliés Oxfam (Grande-Bretagne, Australie, Espagne, Pays-Bas notamment). Ces salarié-e-s disposent bien sûr de tous les droits attachés à ces contrats .

La confédération a par ailleurs pour objectif de développer dans les prochaines années de nouveaux affiliés : au Sénégal, aux Philippines, en Indonésie, dans la région Pacifique, au Kenya et en Colombie.

Par ailleurs, la restructuration de la confédération est globale et solidaire, pour répondre au défi financier actuel tout en préservant au maximum l’impact sur les activités de la confédération et continuer de répondre aux besoins urgent des personnes que nous soutenons. Gel des salaires et des formations, restrictions drastiques des déplacements, non-renouvellement des postes, toutes ces mesures collectives ont déjà été mises en place au niveau international.

Enfin, certains affiliés Oxfam, comme en Grande-Bretagne et en Australie, ont débuté des plans de restructurations de leurs équipes basées au siège, pour répondre à leurs réalités financières actuelles. Ces choix sont extrêmement difficiles pour toute la confédération Oxfam, au cœur d’une crise où notre travail à travers le monde est plus que jamais nécessaire.

La version déformée des faits :

« Cécile Duflot est à l’origine de cette décision. »

Notre réponse :

Cette décision est une décision internationale, prise par l’ensemble de la confédération Oxfam, composée de ses 20 affiliés Oxfam.
Actuellement, aucun changement d’activité n’est prévu en France, et nous mettons tout en oeuvre pour que cette situation ne change pas.

La version déformée des faits :

« Oxfam licencie 1 450 personnes et lance dans le même temps un programme de bénévolat à destination des jeunes pour les remplacer. »

Notre réponse :

Cette affirmation, entièrement fausse, frise le ridicule.

Oxfam France lance bien un programme de bénévolat à la rentrée de septembre 2020, à destination d’une vingtaine de jeunes de 16 à 26 ans. Il a vocation à accompagner des jeunes qui souhaitent développer des actions de militantisme et de plaidoyer local, pour défendre des convictions que nous partageons : la lutte contre les inégalités, contre les changements climatiques, contre la pauvreté. A travers ce programme, Oxfam France souhaite transmettre toute l’expérience acquise par ses équipes et les bénévoles de ses groupes locaux, pour la nouvelle génération qui souhaite, elle-aussi, exercer pleinement son pouvoir citoyen.

Affirmer que l’on remplacerait des travailleurs humanitaires, dans différentes régions du monde, par de jeunes bénévoles en France est un mensonge honteux. Face à son caractère ubuesque, nous sommes surpris de devoir clarifier les choses. Mais nous le faisons, car nous refusons que de telles absurdités soient utilisées pour décrédibiliser nos actions et tenter de détourner les débats.

Il y a 12,5 millions de bénévoles en France. Toutes ces personnes constituent le ciment de l’action associative française et sont l’incarnation même de l’engagement citoyen et de la solidarité.

Aujourd’hui, plus de 500 personnes sont bénévoles avec Oxfam France, dans les groupes locaux, pour aider à l’organisation du Trailwalker, ou dans nos magasins. Elles s’engagement avec l’association, en dédiant quelques heures par semaine ou le temps d’un week-end, pour soutenir les combats de l’association et les missions qui sont les siennes, et qu’elles partagent. Telle est la définition même du bénévolat, constitutif de toute association. Leurs actions sont complémentaires de celles menées par les équipes salariées – comme dans toute association – mais en aucun cas identiques à un emploi salarié (en termes de temps et de responsabilités).

Enfin, Oxfam ne recrute pas « massivement » des stagiaires pour remplacer des employés salariés. Actuellement, l’équipe d’Oxfam France compte 4 stagiaires conventionnés de 6 mois, sur une équipe d’une cinquantaine de salariés. Nous sommes bien sûr extrêmement attentifs au respect de la législation encadrant les stages. Oxfam France propose également actuellement 2 services civiques, pour des missions de mobilisations et d’actions locales, permettant à des jeunes qui souhaitent s’engager dans le monde associatif de découvrir son fonctionnement et d’acquérir une première expérience au service de l’intérêt général.

Vous souhaitez devenir bénévole avec Oxfam France ? N’attendez plus, rejoignez-nous !

La version déformée des faits :

« Des pédophiles et des violeurs composent les équipes d’Oxfam, qui ne fait rien pour les sanctionner et n’en parle pas. »

Notre réponse :

Oxfam est une organisation qui condamne toute discrimination et se bat pour la justice. Oxfam entend appliquer une tolérance zéro à l’égard du harcèlement, de l’exploitation et des abus sexuels au sein de l’organisation. Nous faisons donc tout ce qui est en notre pouvoir pour prévenir de tels actes et les traiter avec rigueur à chaque fois qu’ils se produisent.

Car nous sommes conscient-e-s d’une chose : comme chaque partie de la société, Oxfam n’est malheureusement pas immunisée contre de tels comportements. C’est de notre responsabilité, en tant qu’organisation, d’agir pour les prévenir et les sanctionner.

En 2018, des articles de presse ont fait connaître des agissements inadmissibles, d’harcèlement et d’abus sexuels, de membres de l’équipe d’Oxfam opérant en Haïti en 2011. Oxfam Grande-Bretagne, alertée, avait mené une enquête interne au moment des faits (2011), rendue publique, et pris des sanctions. En 2018, notre regard sur le déroulé de cette enquête a été clair : les mesures prises étaient insuffisantes et Oxfam ne s’est pas montrée, à l’époque, à la hauteur des responsabilités qui sont les siennes envers les personnes qu’elle soutient et les personnes qui la soutiennent. Nos excuses ont chaque fois été renouvelées à ce sujet et le seront toujours.

Dès 2011, Oxfam est décidée à agir contre ces comportements qu’elle dénonce au plus haut point. En 2018, nous avons renforcé encore nos actions :

  • En 2018, Oxfam a mandaté une Commission Indépendante, composée d’expert-e-s dans la protection des droits des femmes et contre les violences sexuelles, pour analyser l’ensemble de son dispositif de lutte et sa culture interne. Oxfam s’est engagée à suivre toutes ses recommandations à l’issue d’un an de travail, ce qu’elle fait aujourd’hui. 
  • Depuis 2018, un plan international de lutte contre les abus et le harcèlement est en place, pour renforcer la prévention (formations et informations, renforcement des dispositifs d’alerte), les sanctions et la transparence de l’organisation dans ce domaine. La confédération Oxfam rend publiquement compte, de manière régulière, de l’avancée de ce plan d’actions. 
  • Quiconque a été témoin ou a fait l’objet d’un comportement répréhensible (aussi bien les membres du personnel d’Oxfam que les partenaires, les fournisseurs et les personnes avec lesquelles nous travaillons) peut signaler les faits ou déposer plainte auprès d’Oxfam  sans crainte et avec l’assurance que cela fera l’objet de toutes les investigations et sanctions nécessaires, en lien avec la personne victime et dans le respect de ses souhaits et de sa sécurité. Les dispositifs d’alerte ont fortement été renforcés, et communiqués à toutes nos équipes, partenaires et personnes avec qui nous travaillons.

Ni complaisance, ni déni face à cette réalité. Oxfam aborde ce problème, malheureusement trop largement répandu dans nos sociétés, avec le plus grand des sérieux et la détermination qui est la sienne dans chacune de ses actions.

La version déformée des faits :

« Oxfam a mis en ligne des copies du « Protocoles des Sages de Sion », un célèbre faux antisémite datant de l’époque des progroms tsaristes.
L’ONG confond volontiers la critique de la politique du gouvernement israélien dans les territoires occupés et l’antisémitisme. »

Notre réponse :

Soyons clair : hier, aujourd’hui et demain, Oxfam combat l’antisémitisme comme toutes les formes de racisme et de discrimination. L’existence même de notre ONG repose sur la défense des droits de chaque personne à travers le monde, la justice et la lutte contre toute forme de discrimination.

Oxfam Grande-Bretagne est le plus important revendeur de livres d’occasion en Europe, avec plus de 12 millions de livres revendus chaque année. Une erreur sur le site marchand anglais a été faite en mars 2020 par les équipes opérant la mise à jour des ventes en ligne. Cette erreur est restée en ligne durant 24h, puis directement corrigée. Les livres ont été bien entendu tout de suite retirés de la vente et détruits.

Oxfam Grande-Bretagne fournit des lignes directrices claires pour réaliser le tri des livres d’occasion pouvant être revendus, et ceux qu’il ne convient en aucun cas de proposer à la vente.

Oxfam Grande-Bretagne a rendu publique cette erreur et a immédiatement présenté ses excuses. De son propre fait, le Directeur général d’Oxfam Grande-Bretagne a appelé l’ambassadeur d’Israël pour expliquer cette erreur et présenter personnellement ses excuses, démarche communiquée publiquement sur Twitter. 

Si un jour Oxfam « se tait », il faudra alors la critiquer

Depuis 1942, les valeurs et les missions d’Oxfam n’ont pas changé. Elles ne changeront jamais.

Notre action directe sur le terrain est vitale pour des millions de personnes. Nous espérons qu’un jour elle ne soit plus nécessaire.

Notre voix l’est tout autant, et peut être aujourd’hui plus encore que jamais. Pas pour donner des « leçons », comme nous pouvons le lire parfois, mais pour dénoncer des réalités injustes et inadmissibles, les faire connaitre au plus grand nombre et montrer qu’il est possible – car il est toujours possible – d’agir pour les changer.

Oxfam ne se « taira » pas. Notre mission, en tant qu’ONG de lutte contre les inégalités et la pauvreté, est de dénoncer les causes profondes des inégalités extrêmes, le système qui leur permet aujourd’hui de perdurer et même d’augmenter. C’est d’informer le public, le mobiliser et défendre des changements concrets. Le jour où nous dévions de ce rôle, où nous nous « taisons », ce jour-là Oxfam aura réellement manqué à sa raison d’être.

Ce jour-là, il sera nécessaire d’adresser des critiques massives et virulentes à notre mouvement citoyen et souhaiter sa disparition. Ce jour-là seulement. Mais rassurez-vous, il n’arrivera jamais.