En amont de la Journée internationale des droits des femmes, Oxfam France publie un plan d’urgence de 15 mesures adressé au gouvernement français pour rattraper le retard pris en matière de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes.
Alors qu’il faudrait encore près de 300 ans selon les Nations Unies pour atteindre l’égalité de genre, Oxfam rappelle l’urgence d’agir, dans un contexte mondial particulièrement préoccupant pour les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+.
Des finances publiques encore loin d’être féministes
Si Emmanuel Macron a dit vouloir faire de l’égalité femmes-hommes sa « grande cause », le constat est sans appel : les budgets alloués restent encore trop faibles pour espérer réellement réduire les inégalités de genre. Le budget du ministère à l’égalité femmes-hommes représente à peine 0,02% du budget de l’Etat.
La France accuse également du retard dans l’approche féministe de ses finances publiques. Pourtant, plusieurs expérimentations de budgétisation sensible au genre ont pu être observées en France, à l’échelle locale. La généralisation d’un tel outil permettrait de mieux piloter la politique transversale de la France en matière d’égalité.
Les mesures à adopter pour des finances publiques égalitaires :
- Adopter les 16 mesures du manifeste fiscal d’Oxfam France permettant de dégager 101 milliards de recettes fiscales supplémentaires pour financer des politiques publiques féministes
- Faire de la budgétisation sensible au genre un principe directeur de l’action publique en l’inscrivant dans la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) et appliquer les recommandations du rapport de la délégation des droits des femmes de l’Assemblée nationale
- Introduire des éga-conditionnalités dans la commande publique
- Lancer des états généraux des statistiques genrées pour mieux mesurer l’impact des politiques publiques sur la réduction des inégalités de genre.
Un système économique en proie aux inégalités de genre
Partout dans le monde, les femmes gagnent et possèdent moins que les hommes. En France, les salariées françaises gagnent en moyenne 23,5% de moins que les salariés français. Ces inégalités persistantes s’expliquent par plusieurs raisons, à commencer par une surreprésentation des femmes dans les secteurs les moins valorisés et les moins rémunérés et dans lesquels, très souvent, les conditions de travail sont les plus précaires. La maternité continue par ailleurs de pénaliser l’activité professionnelle des femmes du fait, notamment, de la faiblesse des modes de garde.
Aussi, les femmes réalisent une part disproportionnée du travail domestique non-rémunéré : une inégalité profonde qui constitue un frein majeur à la réduction des inégalités économiques entre les femmes et les hommes.
Les mesures pour mettre fin aux inégalités économiques :
- Revaloriser les secteurs les plus féminisés, notamment les secteurs du soin et de la petite enfance
- Renforcer l’index Egapro
- Adopter des mesures spécifiques de soutien pour les familles monoparentales
- Renforcer et aligner les congés maternité et paternité pour un congé partagé d’au moins 6 mois entre les deux parents
- Appliquer les engagements en faveur d’un service public de la petite enfance, notamment la création d’au moins 200 000 places en crèche supplémentaires.
Le fléau des violences faites aux femmes
Les violences faites aux femmes sont un fléau planétaire. Dans le monde, 1 femme sur 3 a été victime de violence physique ou sexuelle. En France, chaque jour, on compte trois femmes que leur (ex-)conjoint tue, tente de tuer, conduit à se suicider ou à tenter de se suicider.
Huit ans après la révolution #MeToo, force est de constater que les réponses politiques et judiciaires sont largement insuffisantes, et les moyens alloués à la lutte contre les violences trop faibles.
Une coalition de plus de 60 organisations féministes – dont Oxfam France fait partie – appelle à une loi-cadre intégrale composée de 140 mesures indissociables, articulées autour de 12 priorités.
Les mesures du plan d’urgence pour lutter contre les violences :
- Adoption de la loi-cadre intégrale contre les violences
Pour une diplomatie féministe ambitieuse !
L’égalité de genre est au cœur des inégalités mondiales, notamment dans les pays les plus pauvres. L’extrême pauvreté touche en premier lieu les femmes, et les personnes LGBTQIA+ sont parmi les personnes les plus discriminées dans le monde.
Les annonces récentes de coupes budgétaires dans l’aide américaine mais aussi dans l’aide au développement française laissent entrevoir de véritables menaces, notamment celle de perdre des décennies de progrès pour l’égalité de genre dans le monde. L’aide publique au développement est pourtant un outil essentiel et puissant pour réduire les inégalités.
L’intégration du genre dans les financements de la solidarité internationale reste encore aujourd’hui largement insuffisante. Plus de la moitié de l’aide internationale est aveugle au genre.
Les mesures du plan d’urgence pour une diplomatie féministe ambitieuse :
- Réaffirmer la diplomatie féministe de la France en faisant de l’égalité de genre l’un des principes directeurs de l’ensemble de sa politique étrangère
- Revenir sur les baisses de l’aide publique au développement et atteindre l’objectif des 0,7%
- Respecter les cibles de la LOP DSLIM
- Sanctuariser et augmenter le fonds de soutien aux organisations féministes
- Renforcer le fonds de soutien en faveur des organisations LGBTQIA+








