Sommet de la Francophonie : de beaux sommets mais de vilaines promesses

Alors que la France accueillera le 19ème Sommet de la Francophonie les 4 et 5 octobre prochains, Oxfam France met en lumière la situation catastrophique dans laquelle se trouvent les pays francophones. Face à cette situation, la France décide pourtant de sacrifier sa solidarité internationale au gré des coupes budgétaires.

Lire la note

Dans les pays francophones, les besoins humanitaires explosent

Dans la plupart des pays francophones, les populations vulnérables subissent de plein fouet la hausse de conflits armés et des changements climatiques. En 2023, 70 millions de francophones avaient besoin d’une aide humanitaire, soit l’équivalent de la population de la France entière. L’accès à l’eau et à l’alimentation sont particulièrement menacés : en 2022, 1 francophone sur 6 souffrait durablement de la faim tandis que cette même année, 1 sur 3 n’avait pas un accès sûr et suffisant à l’eau. Des chiffres bien au-dessus de la moyenne mondiale.

La France fait l’impasse sur la solidarité internationale

Face à ces besoins qui explosent dans les pays francophones, la France brille par ses promesses, beaucoup moins par ses actes. Elle n’a en effet apporté que 1,7% des financements humanitaires dont les pays francophones avaient besoin pour répondre à leur crise.

Depuis plusieurs années, l’Aide publique au développement française délaisse peu à peu les pays les moins avancés. En comparant les périodes 2002-2007 et 2017-2022, l’APD française moyenne versée aux pays à faible et moyen revenu a diminué de 15%, tandis qu’elle a augmenté de 105% pour les pays à revenu intermédiaire supérieur.

En moins d’un an, coupe budgétaire après coupe budgétaire, c’est un cinquième de l’APD française qui a disparu.

Austérité, mécanismes de financements internationaux inadaptés : la pauvreté se généralise dans les pays francophones

Non seulement les pays francophones ne bénéficient pas d’un soutien suffisant de la communauté internationale mais ils sont en plus victimes d’une architecture financière construite en faveur des Etats les plus riches.

Par exemple, au plus fort de la crise du Covid en 2021, seulement 1% de l’émission des droits de tirage spéciaux a bénéficié aux pays francophones en développement alors qu’ils représentent 6% de la population mondiale et près d’un tiers de la population des pays les moins avancés.

Aussi, l’austérité s’est généralisée dans les pays francophones en développement. On estime que d’ici 2025, 186 millions de francophones seront encore touchés par des mesures d’austérité. Ces mesures se traduisent notamment par d’importantes coupes budgétaires dans les domaines de la santé ou de l’éducation.

Les recommandations d’Oxfam France

Oxfam France appelle le gouvernement français à :

  • Atteindre l’objectif des 0,7% d’Aide publique au développement en proportion du Revenu National Brut, ce qui correspond à un investissement supplémentaire de 6 milliards d’euros environ.
  • Prioriser une APD sous forme de dons à destination des pays les plus pauvres de la planète tout en respectant les engagements de la France, inscrits dans la loi, pour l’augmentation des financements ayant un impact positif sur l’égalité de genre et renforcer les organisations féministes des Suds.
  • Prendre sa juste part en termes d’aide humanitaire envers les pays francophones, soit un effort supplémentaire de près de 140 millions d’euros.
  • Renforcer la taxe sur les transactions financières en l’étendant aux transactions intra journalières, pouvant ainsi lever plus de 8 milliards d’euros supplémentaires.
  • Il est urgent d’annuler les dettes (sans conditionnalités économiques) vis-à-vis des créanciers extérieurs, y compris les prêteurs privés et les institutions multilatérales, pour tous les pays qui en ont besoin.
  • Réallouer, et inciter les autres pays riches à le faire, ses Droits de tirage spéciaux et procéder à de nouvelles émissions.

Lire la note

sommet-francophonie

Date : 

04/10/2024

Auteur : 

Oxfam France