Une recette à la française : une pincée d’agroécologie pour une louche d’agro-industrie

Un nouveau rapport publié par Action contre la Faim, CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France se penche sur les soutiens financiers apportés par la France à l’agriculture des pays du Sud. Alors que, depuis 10 ans, la France montre un intérêt croissant pour le modèle agroécologique, elle fait dans le même temps à l’international la promotion d’un modèle agro-industriel à forts dommages sociaux, économiques et environnementaux.

Cette étude révèle notamment que depuis 10 ans, la France a plus financé le développement de l’agro-industrie des Pays du Sud (plus d’un quart des financements recensés) que le développement de l’agroécologie (12,6%).

Agroécologie et agro-industrie : le double jeu de la France

Aujourd’hui, plus d’un quart de l’humanité n’a pas un accès régulier à une alimentation en quantité et en qualité suffisante, tandis que les inégalités économiques et la pauvreté continuent de gagner du terrain.

Face à des objectifs de productivité, le modèle agro-industriel s’est imposé petit à petit, en dépit de son incapacité à mettre un terme à la faim et de ses nombreuses conséquences négatives, qu’elles soient sociales, économiques ou environnementales.

Si la France a inscrit, au niveau international, l’agroécologie dans ses lignes directrices, la défend au sein des instances et soutient la recherche en ce sens, d’autres priorités politiques semblent coexister. Avec une volonté accrue de mobiliser la politique étrangère au service d’intérêts économiques nationaux, la France donne la priorité à la promotion du savoir-faire agro-industriel français et à la conquête de nouveaux marchés. Loin donc de l’agroécologie paysanne.

Ainsi, notre rapport révèle que :

  • Les engagements politiques forts de la France en matière d’agroécologie ne se concrétisent pas dans ses décisions financières. Seuls 12,6% des investissements français engagés entre 2009 et 2018 dans l’agriculture ont réellement bénéficié à la transformation agroécologique.
  • Les financements potentiellement agroécologiques (c’est-à-dire portant uniquement sur la promotion de pratiques agricoles agroécologiques) sont également particulièrement faibles : ils ne représentent que 9,7% des financements totaux étudiés sur la période.
  • Les financements non agroécologiques semblent au contraire être la priorité française : 25,2% des investissements français entre 2009 et 2018 se sont faits au détriment d’une transition agroécologique.

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Pauvreté, climat, genre : des luttes laissées de côté par la France

Autre constat alarmant : la prise en compte de la pauvreté est quasiment absente des orientations des financements. Ainsi, 78% des financements publics engagés pour des projets agricoles n’affichent aucune volonté de réduction de la pauvreté. Alors que les institutions admettent bien que la pauvreté contribue à l’insécurité alimentaire, ces analyses ne se traduisent pas en actions concrètes.

Du côté de la question du genre, c’est un zéro pointé pour la quasi-totalité des institutions. Les projets ayant une véritable approche genre représentent seulement 3% des financements totaux.

Enfin, l’urgence climatique semble elle-aussi être oubliée. Les ambitions affichées par la France en la matière sont totalement absentes des orientations de ses financements. Moins de 2,1% des projets évoquent la question climatique.

La France doit tenir ses engagements et les concrétiser

Si la France a pris depuis 10 ans des engagements forts en matière d’agroécologie et de politique agricole de développement, les actes ne suivent pas. La France doit mettre de l’ordre dans ses financements, la transparence de ses données et la cohérence de ses positionnements.

Action contre la Faim, CCFD-Terre Solidaire et Oxfam France appellent la France à :

  • Opérer une réorientation majeure des financements vers une approche agroécologique transformative, incluant une approche de genre, qui permettent de lutter véritablement contre la pauvreté et ne faisant pas l’impasse sur le climat.
  • Garantir la transparence de tous les acteurs engageant des financements publics directs et indirects.
  • Créer un bureau spécifique au sein de l’administration française pour veiller à la cohérence des politiques pour le développement.

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> La méthodologie est disponible ici.

Rapport-Financements-Agri-France

Auteur(s) :

Action contre la Faim
CCFD-Terre Solidaire
Oxfam France

Date de parution :

Novembre 2020