Le FMI crée un fonds d’urgence historique de 650 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie

Le 4 août 2021, un jour historique ? Le Fonds monétaire international (FMI) a acté le 4 août dernier l’émission de 650 milliards de dollars de Droits de tirage spéciaux (DTS), ce qui constitue la plus grande création monétaire d’urgence de son histoire. En quoi cela est-il important pour le développement et la lutte contre les inégalités dans les pays les plus pauvres ? On vous explique tout ici !

650 milliards de dollars de Droits de tirage spéciaux : une décision historique ?

Qu’est-ce que les Droits de tirage spéciaux ?

Les DTS ont été créés en 1969 par le FMI. Conçus pour permettre à ses membres d’accroître le niveau de leurs réserves internationales, ils contribuent à apporter plus de liquidité au système économique mondial. Chaque pays détenteur des DTS peut les convertir en argent et renforcer par là même sa propre économie.

Face à la crise sanitaire du Covid-19, par exemple, l’argent issu des DTS pourrait être alloué par les gouvernements en place au renforcement du système de santé public ou toute autre mesure d’intérêt général qui bénéficierait au plus grand nombre ou aux populations les plus précaires. En outre, cette nouvelle allocation du Fonds monétaire international permettra de mettre à disposition des pays en développement des financements plus que nécessaires, sans alourdir le fardeau insoutenable de leur dette.

Pourtant, les ressources dégagées par le FMI se révèlent malheureusement insuffisantes pour répondre de manière satisfaisante à l’ampleur de cette crise, surtout pour les pays les plus pauvres.

Les Droits de tirage spéciaux, un premier pas bienvenu mais encore insuffisant pour aider les pays les plus pauvres

En 2020, les économies africaines ont subi une chute brutale des prix des matières premières et du tourisme à un moment où elles étaient déjà en situation de surendettement. La fuite des capitaux des pays émergents représente plus de 80 milliards de dollars depuis le début de la crise. La plus grande sortie de capitaux jamais enregistrée d’après Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.

D’après une étude publiée en avril dernier par l’Union Africaine, près de 20 millions d’emplois pourraient être détruits à cause de la pandémie, sans compter une possible flambée de la dette. Dans ce scénario, il est clair qu’il est indispensable d’accroître les efforts déjà entrepris par la communauté internationale et de prendre d’autres mesures ambitieuses pour contrer les dégâts de la crise dans les pays en développement.

Pourquoi ce système reproduit les inégalités criantes du système financier mondial 

Les pays les plus riches accaparent la majorité des DTS

Dès le début de la crise, en avril 2020, Oxfam appelait à une émission sans précédent de DTS de 1000 milliards de dollars. Avec plus de 200 autres organisations de la société civile nous avons exhorté le G20 à soutenir une émission significative de DTS pour aider les pays en développement à faire face à la pandémie de COVID19.

Mais même s’il est une variable très importante, le montant des DTS n’est pas le seul élément à prendre en compte. Les DTS sont distribués parmi les pays en fonction de leur poids dans l’économie mondiale. Les pays les plus riches de la planète accapareront ainsi la plupart des DTS. Par exemple, des 650 milliards de dollars qui seront émis par le FMI, seulement 22 milliards iraient soulager les caisses des pays les plus pauvres de la planète alors qu’au même moment, ils devront débourser 450 milliards de dollars sur 5 ans uniquement pour lutter contre la pandémie.

De l’autre côté, les pays du G7 recevraient à eux seuls 280 milliards de dollars soit 40% de la totalité de l’émission. Un système qui reproduit les inégalités criantes du système financier mondial. Face à cette situation, il est primordial que les pays les plus riches de la planète réaffectent  une partie substantielle de leurs DTS – au grand minimum 100 milliards de dollars comme convenu par le G7 – pour fournir un soutien sans dette et sans conditionnalité aux pays qui en ont le plus besoin. Il en va de l’intérêt de tous.

Les gouvernements doivent travailler de manière transparente et en étroite collaboration avec la société civile pour s’assurer que ces ressources ainsi transférées soient bien utilisées pour réduire les inégalités et améliorer les conditions de vie de millions d’hommes et de femmes qui ne peuvent accéder à des soins de santé, à une éducation ou à un système de protection sociale digne de ce nom.

La crise de la dette : un problème qui ne doit pas être ignoré

L’annulation de la dette des pays les plus pauvres est essentielle

Les DTS ne peuvent pas être la seule solution proposée par la communauté internationale en matière économique. L’annulation urgente de la dette des pays à revenu faible et intermédiaire et l’augmentation des flux d’aide au développement sont d’autres moyens qui doivent être mis en place de façon urgente. Les inégalités se creusent de jour en jour, et si l’émission de DTS est un formidable coup de pouce, elle n’est tout simplement pas suffisante.

Une annulation temporaire de la dette permettrait aux pays concernés de consacrer des sommes d’argent importantes à la redynamisation de l’économie, à la création d’emplois et à l’amélioration des services sociaux.  Par exemple, le remboursement annuel de la dette du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Sénégal et du Tchad est équivalent à 140% des sommes allouées à leurs budgets de santé. Pour ces pays, la simple annulation des remboursements de 2020 pourrait permettre à 20 millions de personnes d’avoir accès aux soins de santé primaires.

Des prêts « Covid » qui exigent des mesures d’austérité

Avant la pandémie, 113 pays avaient déjà prévu d’appliquer des mesures d’austérité sur incitation du Fonds monétaire international. Aujourd’hui, plus de 80% des prêts dits « Covid 19 » du FMI à des pays en développement encouragent ou exigent des mesures d’austérité supplémentaires dès cette année. Une pratique insupportable qui, face à l’urgence sanitaire et sociale du moment, ne devrait plus avoir lieu.

Comme nous l’avons vu pour que ce nouveau fonds de 650 milliards de dollars ne tombe pas dans l’oubli, malgré son caractère historique, pour qu’il soit bel et bien considéré comme une avancée majeure et un changement de perspective radicale dans la manière dont l’on perçoit la coopération multilatérale et la solidarité internationale, d’autres mesures ambitieuses doivent être prises de manière collective par la communauté internationale.