Comprendre les inégalités femmes-hommes et les combattre

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont les plus universelles et les plus structurantes de nos sociétés. Oxfam a rappelé dans son rapport annuel que les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes. En France, au Nigéria, au Brésil, au Japon… partout dans le monde, les femmes sont en première ligne des inégalités à cause d’un système économique injuste et sexiste qui les cantonne dans des pans de l’économie les plus dévalorisés et les plus précaires. Sans parler des discriminations et des violences subies dans la sphère professionnelle et privée.

Pour en finir avec ces injustices qui sont défavorables à tou-te-s, Oxfam défend des solutions au niveau international. En France, nous défendons trois mesures prioritaires en amont de la loi d’autonomisation économique des femmes portée par Marlène Schiappa et Bruno Le Maire, qui sera présentée et débattue au Parlement cette année.

Les femmes en 1ère ligne des inégalités sur le marché du travail

Les inégalités de genre sont particulièrement criantes dans la sphère professionnelle où les femmes sont majoritaires dans les emplois précaires et mal rémunérés, notamment dans le secteur du soin – l’éducation, la santé, le travail social, l’aide à la personne ou le nettoyage – alors que ces sont des emplois essentiels. Dans le monde, 2/3 des personnes qui travaillent dans le secteur du soin sont des femmes. Cela explique pourquoi des millions de femmes se retrouvent enfermées dans la pauvreté, avec peu de perspective d’en sortir.

La France n’est pas épargnée par ce problème

Même constat en France ! Les hommes gagnent toujours 22,2% de plus que les femmes (à poste et compétences égales, l’écart de salaire est de 9%). Ces inégalités s’expliquent principalement par la place des femmes dans le marché de l’emploi : les femmes sont concentrées dans 12 familles professionnelles, dévalorisées financièrement et socialement, où les qualifications et la pénibilité ne sont pas reconnues. Les assistant-e-s maternelles, les employé-e-s de maisons, aides à domicile et aides ménagères, les secrétaires et secrétaires de direction demeurent à plus de 95 % des femmes. Ce sont aussi des secteurs où les emplois sont précaires : les chiffres parlent d’eux-mêmes ! 78% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes, et 70% pour les CDD et les intérims. 

Les femmes sont ainsi particulièrement concernées par le phénomène des « travailleuses pauvres » dont Oxfam France avait mis en lumière la situation dans un rapport en 2018 : « Travailler et être pauvre : les femmes en première ligne ». Cette précarité est particulièrement vécue par les mères de familles monoparentales : plus d’une sur quatre qui travaille est pauvre.

Les femmes majoritaires dans le secteur du soin

Ce secteur du soin, qui regroupe les métiers de la santé, de l’éducation, de l’aide à la personne, du travail social ou encore de la propreté, est très majoritairement féminin. Ce sont souvent des métiers pénibles qui affectent profondément les conditions de vie des femmes. Les difficultés de l’articulation entre vie professionnelle et vie de famille sont accrues par les horaires atypiques. Par exemple, dans les services de nettoyage, les femmes ont souvent des horaires courts où distendus et combinent plusieurs employeur-euse-s ou plusieurs lieux de travail. 9 salarié-e-s du nettoyage sur 10, comme pour l’ensemble des non-qualifié-e-s, sont exposé-e-s à au moins un risque physique.

Cette pénibilité n’est malheureusement pas valorisée puisque les salaires dans ces secteurs sont particulièrement bas. L’OCDE a par exemple récemment illustré que le salaire moyen d’un.e aide-soignante français.e était parmi les plus bas d’Europe : près de 5% en deçà du salaire moyen français, contre 30% supérieur en Espagne. Et Oxfam a calculé qu’en 2018, le PDG du groupe Sanofi gagnait ainsi plus de 343 fois le salaire moyen d’une aide-soignante française.

Peu de femmes PDG ou ingénieurs

Les femmes sont aujourd’hui encore sous-représentées parmi les ingénieur-e-s et les cadres de l’industrie (25%), dans la construction et les travaux publics (19%) et dans l’armée, la police, les pompiers (14%). Les femmes sont aussi moins présentes sur des postes à responsabilités : seulement 40% des cadres, 29% des PDG et elles ne sont que 18,4 % à siéger dans les comités exécutifs des 120 plus grandes entreprises françaises.  

Les préjugés sexistes sont responsables des discriminations à l’égard des femmes sur le marché du travail. Les employeurs ont tendance percevoir les femmes tout comme « des mères », naturellement douées pour les tâches de soin et in fine cantonnées dans les métiers les moins valorisés et moins rémunérés. Les employeurs vont avoir tendance à privilégier l’embauche des hommes pour des postes à responsabilité, notamment du fait de la plus longue absence des femmes en congé maternité (16 semaines pour les femmes contre 11 jours pour les hommes). Cette discrimination est lourde de conséquence sur les évolutions de carrières des femmes, explique une partie des inégalités salariales et contribue fortement à un inégal partage des tâches familiales.

Les retraites : un miroir grossissant des inégalités

On retrouve logiquement les mêmes inégalités une fois l’heure de la retraite arrivée. Le système de retraite actuel agit comme miroir grossissant des inégalités qu’ont subies les femmes tout au long de leur vie professionnelle et forme des trappes de pauvreté pour les travailleuses les plus précaires. Aujourd’hui, les femmes touchent en moyenne des pensions inférieures de 42 % à celles des hommes, 26 % si on prend en compte la pension de réversion.

La réforme des retraites actuellement en discussion ne propose pas de corriger les choses, au contraire ! En allongeant la durée du travail pour toucher une retraite à taux plein ou en imposant une décote pour carrière incomplète, la réforme pourrait pénaliser les carrières hachées qui concernent le plus souvent des femmes. Il faut savoir que les femmes de 39 ans à 49 ans qui n’ont pas connu d’interruption de carrière gagnent en moyenne 23% de plus que celles qui ont temporairement cessé de travailler pour des raisons familiales.

Il existe d’autres mesures politiques pour réduire les inégalités existantes : augmenter réellement les pensions minimums ou encore attaquer le problème à la racine en réduisant les écarts de salaires, particulièrement entre les femmes et les hommes.

Partage des tâches domestiques et de soin : le compte n’y est pas

L’inégal partage du travail domestique et de soin entre les femmes et les hommes est une cause indirecte de la précarité des femmes car il compromet leur indépendance économique au sein du foyer. Là aussi c’est une tendance mondiale : les femmes assurent plus des 3/4 du travail domestique non rémunéré.

Conséquence ? Elles ont beaucoup moins de temps disponible pour avoir une activité rémunérée, se former, participer à la vie politique ou associative… 42 % des femmes disent qu’elles ne peuvent avoir un travail rémunéré en raison de la charge trop importante du travail de soin qu’on leur fait porter dans le cadre familial.

Même inégalité en France : les femmes françaises consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques contre 2h pour les hommes.

Un travail domestique dévalorisé et pourtant essentiel à nos sociétés

Non seulement ce travail de soin n’est pas partagé équitablement mais il n’est pas valorisé par notre société. S’occuper des enfants, d’une personne malade, des repas, de la maison, des courses, des rendez-vous médicaux… tout ceci a une valeur au sein de notre économie. D’ailleurs l’Organisation internationale du Travail (OIT) a mesuré la valorisation économique de toutes ces tâches réalisées : cela équivaut à 14,8 % du PIB de la France. Et à l’échelle du monde, la valeur du travail domestique non rémunéré des femmes contribuerait au moins à 10 000 milliards de dollars par an, soit 3 fois l’industrie du numérique !

Vous souhaitez calculer combien de temps vous consacrez au travail domestique et de soin et sa valeur économique ? Faites le test ! 

Les 3 mesures prioritaires comme solutions

En amont de la journée des droits des femmes, le 8 mars, et de la loi sur l’émancipation économique des femmes de Marlène Schiappa et Bruno Le Maire, prochainement débattue au Parlement, Oxfam appelle le gouvernement prendre des actes forts et concrets contre les inégalités femmes-hommes.
Trois mesures clés doivent être adoptées pour changer la donne.

Allonger significativement la durée du congé paternité

Actuellement, en France, la durée du congé paternité est de 11 jours. La France est donc très mauvaise élève en comparaison avec des pays tels que l’Espagne qui est passée à un congé paternité à 8 semaines en 2019 ou la Finlande avec 7 semaines de congés. Oxfam propose de suivre la recommandation de l’IGAS d’un congé de 6 semaines obligatoires pour les pères. C’est une mesure essentielle pour limiter les discriminations des femmes sur le marché du travail et pour rééquilibrer les rôles au sein du foyer.

Renforcer l’égalité professionnelle dans les entreprises

59% des entreprises de plus de 50 salarié.e.s ne respectent pas la loi sur l’égalité professionnelle et n’ont ni accord ni plan d‘action sur l’égalité professionnelle, et seulement 0,2% d’entre elles ont été sanctionnées.

Oxfam demande deux mesures obligatoires pour les entreprises :
  • Renforcer les mécanismes de suivi des écarts de salaire, notamment l’index d’égalité professionnelle, et fixer une obligation de publication des écarts de rémunérations pour les grands groupes par quartile, par pays et par genre.
  • Instaurer la parité dans les instances de décisions, y compris les comités exécutifs, et des postes d’encadrement dans les entreprises dans les grandes entreprises.

Revaloriser les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine

Les rémunérations doivent être revalorisées dans les métiers du soin qui sont très mal rémunérés et où les femmes sont majoritairement présentes : secteurs de la santé, de l’éducation, de l’aide à la personne, assistante maternelle ou encore propreté. Cela passe notamment par un encadrement strict du recours aux temps partiels, et compenser leurs impacts négatifs.

Place à l’action citoyenne !

Vous souhaitez agir pour défendre ces mesures ? Rejoignez la mobilisation citoyenne contre une économie injuste et sexiste. Parce que #NousComptons !