COVID-19 : le virus des inégalités

L’épidémie du COVID-19 touche l’ensemble de la population mondiale mais ce sont les plus vulnérables et les plus pauvres qui sont les plus impactés, tant d’un point de vue sanitaire qu’économique. Le virus met en lumière les inégalités existantes et risque de les accentuer encore davantage. Cette tendance s’observe partout dans le monde et la France n’y échappe pas. De nombreuses associations dont Oxfam alertent les décideurs politiques et leur demandent de prendre des mesures pour protéger les plus vulnérables.

Les plus vulnérables davantage exposés à la crise du COVID-19

Le COVID-19 est une épidémie globale face à laquelle chacun.e est concerné.e. Néanmoins, ce sont les plus pauvres qui seront les plus durement frappés. La France n’échappe pas à ce constat.

Pour les plus modestes, un plus grand risque d’être contaminés par le virus

Au début de l’épidémie, les personnes âgées semblaient être les plus touchées, mais en réalité, la probabilité de contagion augmente plutôt avec le niveau de précarité. Les personnes modestes sont généralement en moins bonne santé que les personnes plus aisées. Le chercheur Lucas Chancel explique d’ailleurs que, selon les études épidémiologiques, être un ouvrier représente à peu près le même risque de surmortalité qu’avoir une maladie cardiovasculaire grave. Malgré des politiques d’accès universel à la santé et la mise en place de dispositif tels que la couverture maladie universelle (CMU) et l’aide complémentaire santé (ACS), il existe en France de fortes inégalités en terme d’accès à la santé, comme Oxfam l’explique dans cet article de décryptage.

Les plus démuni.e.s ont aussi un accès limité aux soins et à l’hygiène. Ils sont donc plus vulnérables face à l’épidémie et ne disposent pas forcément des moyens pour appliquer les règles de confinement et de prévention. La situation est particulièrement préoccupante pour les sans domicile fixes, les personnes qui vivent dans les bidonvilles mais aussi pour les personnes incarcérées. Selon le dernier recensement 160 000 personnes sont sans domicile en France. La promiscuité, le problème d’accès à l’eau, les privations alimentaires sont des facteurs explosifs qui contribuent à accélérer la propagation du virus. La fermeture des restaurants va aussi précariser davantage ceux qui se nourrissent d’invendus. Et si le métro parisien ferme, ce sont plus de 300 personnes qui seront à la rue. Comme l’explique Nicolas Clément, responsable d’équipes d’accompagnement de familles à la rue et en bidonville au Secours catholique, « Le coronavirus, c’est la double peine pour les plus pauvres ».

Les impacts économiques du COVID-19, plus forts sur les plus pauvres

Cette crise agit comme un miroir grossissant des inégalités économiques. Les ménages les plus pauvres sont davantage exposés aux impacts économiques de la crise. Les arrêts de travail contraints et le chômage partiel vont provoquer de grandes difficultés pour toutes les personnes qui perçoivent de faibles salaires ou qui sont en contrats précaires. Pour les personnes les plus défavorisées, le manque à gagner va être catastrophique.

Pour ces ménages les plus précaires, le confinement entraîne non seulement une baisse de revenus mais aussi une surconsommation de chauffage et d’électricité, une hausse des dépenses pour se nourrir face à la fermeture des cantines scolaires, alors même que les circuits d’aide alimentaire sont affaiblis. Plusieurs associations alertent sur cette situation et une pétition du Secours Catholique avec Emmaüs France, l’UNIOPSS, APF France handicap, la Fédération des Acteurs de la Solidarité, la Fondation Abbé Pierre, le Collectif ALERTE, ATD Quart Monde et la CFDT, demande au gouvernement le versement d’une prime de solidarité de 250€ par personne et par mois pour les personnes les plus en difficulté.

L’état d’urgence sanitaire ne doit pas créer d’inégalités supplémentaires. La priorité doit être de soutenir les plus vulnérables. Oxfam demande au gouvernement de conditionner les aides de l’Etat pour qu’elles aillent en priorité aux plus défavorisés, qu’elles assurent le paiement des salariés et des fournisseurs et qu’elles maintiennent les activités économiques essentielles. Les versements par les entreprises de dividendes, rachats d’actions et bonus aux PDG doivent également être suspendus. Il serait incompréhensible et inacceptable qu’un seul euro d’aide publique serve à rétribuer les actionnaires. En période de crise tout le monde doit prendre sa part, y compris les grandes entreprises et les actionnaires.

La crise du COVID-19 nous rappelle l’importance de lutter contre les inégalités

Alors que la majorité de la population est confinée, d’autres sont fortement exposés au virus en poursuivant leur activité professionnelle considérée comme nécessaire au fonctionnement du pays. Personnel soignant, caissier.ère.s, éboueurs, aides à domicile, éducateur.trice.s, livreurs, agriculteurs, policier.e.s, facteur.trice.s… sont en première ligne de cette épidémie. Et la crise agit comme un révélateur du rôle social essentiel que jouent ces métiers dans notre société. Ce constat doit nous interroger sur les inégalités qui sont à l’œuvre et la manière de les combattre.

Repenser l’utilité sociale des métiers qui nous permettent de continuer à vivre

La crise sanitaire actuelle nous invite à reconsidérer l’importance sociale des différents métiers. Et quand elle se terminera, il ne faudra pas oublier ces métiers essentiels et souvent dévalorisés qui nous permettent de continuer à vivre. Il ne faudra pas oublier les écarts de salaires démentiels qui existent aujourd’hui dans les grandes entreprises : un patron du CAC40 gagne encore en moyenne 277 SMIC et le patron de Sanofi gagne 343 fois le salaire d’une infirmière. Ne pas oublier non plus que plus d’une mère de famille célibataire sur 4 qui travaille est pauvre. Ni qu’une femme gagne en moyenne 22% de moins qu’un homme.

 

Citons Dominique Méda qui, dans une interview passionnante, déclare : « Soudainement, les titulaires des métiers les mieux payés nous apparaissent bien inutiles et leur rémunération exorbitante. L’un des premiers enseignements de la crise sanitaire, en somme, c’est qu’il est urgent de réétudier la « hiérarchie » sociale des métiers, en accord avec nos valeurs et relativement à leur utilité réelle ».

Les femmes, en première ligne de l’épidémie de COVID-19

Depuis le début de cette crise, on ne cesse de parler des métiers du « care », plus que jamais en première ligne pour faire face à l’épidémie. Un secteur majoritairement féminin qui regroupe les métiers de la santé, de l’éducation, de l’aide à la personne, du travail social ou encore de la propreté. A l’échelle mondiale, deux tiers des emplois dans le secteur du soin sont occupés par des femmes. En France, sur un million de personnes composant la fonction hospitalière, 78% sont des femmes. Ce chiffre grimpe même à 90% pour les infirmières et les aide-soignantes. Ces métiers essentiels pour notre société traversent pourtant aujourd’hui une crise profonde.

 

Dans ce secteur, la pénibilité au travail est souvent forte, notamment en raison des horaires atypiques et des contraires précaires. Par exemple, 9 salarié.e.s du nettoyage sur 10 sont exposé.e.s à au moins un risque physique. Cette pénibilité n’est malheureusement pas valorisée puisque les salaires dans ces secteurs sont particulièrement bas. Selon l’OCDE le salaire moyen d’un.e aide-soignante français.e était parmi les plus bas d’Europe : près de 5% en deçà du salaire moyen français, contre 30% supérieur en Espagne.

Le confinement pourrait par ailleurs accentuer les inégalités au sein des couples, selon plusieurs associations, notamment en ce qui concerne le partage des tâches domestiques. Dans les familles défavorisées qui vivent dans de petites surfaces, cette situation fait peser un vrai risque sur la santé des femmes. En temps normal, les femmes consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques contre 2h pour les hommes.

Plus que jamais, cette crise rappelle l’importance de combattre les inégalités femmes-hommes. Cela passe notamment par :

  • Une revalorisation des rémunérations dans les métiers à prédominance féminine
  • Un renforcement de l’égalité professionnelle dans les entreprises, avec des mesures de parité obligatoire et suivi des écarts de salaires.
  • Un allongement significatif la durée du congé paternité (au moins 6 semaines).

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