Des toilettes plus sûres pour les femmes Rohingyas

La journée mondiale des toilettes est l’occasion de rappeler que l’accès à des installations sanitaires est un enjeu de santé de premier ordre. C’est pourquoi, dans chacune de ses interventions, Oxfam s’attache à en donner l’accès au plus grand nombre, le plus rapidement possible. Mais pour les femmes, l’accès aux toilettes soulève également des enjeux de sécurité, notamment lors de condition de vies extrêmes. Retour sur notre expérience dans le camp de réfugié·e·s Rohingyas, à Cox’s Bazar, au Bangladesh.

Dans le plus grand camp de réfugié·e·s au monde, les réfugié·e·s Rohingyas vivent serrés les un·e·s aux autres sur un immense espace, dans des abris de fortune faits de bambou et de bâches en plastique. Ces conditions de vies, déjà extrêmes, sont par ailleurs assujetties aux pluies de mousson, et à celles de la saison des cyclones qui sont alors accompagnées de vents dévastateurs.

Dans de telles conditions, trouver des espaces suffisants et adéquats pour construire des toilettes et des installations pour se laver est un réel défi. Plus d’un tiers des femmes interrogées par les équipes d’Oxfam sur place ont déclaré ne pas se sentir en sécurité ou à l’aise lorsqu’elles vont chercher de l’eau ou utiliser les toilettes et les cabines de douche. Beaucoup de ces installations ne sont pas équipées d’un toit ou d’une porte munie d’un verrou.

Les femmes se retrouvent affamées ou assoiffées afin d’éviter d’utiliser les toilettes trop fréquemment, souffrent de douleurs abdominales et d’infections en évitant de faire leurs besoins, ou préfèrent faire ceux-ci près de leurs tentes, augmentant ainsi le risque de maladies, plus encore en période de mousson. De mauvaises installations augmentent le risque d’abus sexuels et de harcèlement. Des centaines d’incidents liés à de la violence basée sur le genre sont reportés chaque semaine.

Ayesha vit avec ses filles dans son abri du camp de Cox’s Bazar, au Bangladesh : « Nous n’aimons pas sortir la nuit, car ce n’est pas sûr pour une femme. Pour le moment, il n’y a pas de lumière à proximité de ma tente, il est donc difficile de voir où l’on marche, même avec une lampe torche. La nuit, nous ne mangeons pas ni ne buvons trop, afin de ne pas avoir à utiliser les toilettes. »

Le bien-être et la sécurité des femmes et des jeunes filles sont sacrifiés

Afin de répondre à ces enjeux, Oxfam a fait appel à deux jeunes architectes, Imogen McAndrew et Freya Emerson, pour développer une approche innovante. Elles travaillent en lien direct avec des femmes et des jeunes filles Rohingyas réfugiées afin de créer de nouvelles installations plus adaptées. Elles ont passé une semaine avec ces femmes et jeunes réfugiées, au sein d’ateliers et de groupes de discussionfocus group ») et développent des modèles et des premiers croquis reprenant leurs idées.

Imogen espère apporter un réel changement dans les vies de ces femmes : « Chaque camp que nous avons visité était différent. Un groupe de femmes étaient préoccupées par leurs toilettes, un autre par les installations pour laver le linge. Poser les bonnes questions est également un enjeu. Nous ne pouvons être qu’humbles lorsque l’on voit la dignité de ces femmes après avoir subi un terrible traumatisme et vivant dans des conditions aussi difficiles. »

Freya explique que les premiers modèles crées utilisent des paravents pour cacher l’entrée des toilettes et éviter que les portes ne donnent directement sur le camp, comme c’est le cas actuellement : « Les femmes nous ont dit qu’il était important pour elles de ne pas se sentir épiées lorsqu’elles entrent ou sortent des toilettes. Nous voulons rendre la route qui mène aux toilettes et aux installations pour se laver moins visible et plus privée, afin que les femmes se sentent plus à l’aise pour utiliser ces installations. »

Les deux architectes ont également aidé à dessiner des endroits où les femmes pourraient garder leurs protections périodiques et encouragent la construction de plus d’installations sanitaires non-mixtes.

Il est important qu’Oxfam travaille en lien étroit avec les organisations locales et les personnes réfugiées pour adapter sa réponse humanitaire, afin de renforcer son soutien en direction des femmes et des jeunes filles. Oxfam est une des plus importantes organisations humanitaires dans l’accès à l’eau potable et aux systèmes d’assainissement. Si nous travaillons d’arrache-pied pour fournir de l’eau potable et des installations sanitaires, nous devons dans le même temps nous assurer que ces actions répondent bien aux besoins des personnes réfugiées. A travers ce projet, la manière dont nous pensons nos installations a rencontré la vision d’architectes, afin de nous aider à développer de nouvelles idées qui fonctionnent mieux pour les femmes Rohingyas réfugiées.

Ce texte reprend un blog de Michelle Farrington, Coordinatrice en santé publique pour Oxfam à Cox’s Bazar, au Bangladesh, publié le 24 août 2018.

Total
24
Shares

Un monde plus juste