Comment nous préparer aux changements climatiques ?

Inondations, sécheresses, canicules… : le changement climatique est déjà une réalité en France et les aléas climatiques vont causer toujours plus de dégâts. Il est donc urgent de prendre des mesures pour protéger la population de ces risques climatiques. L’adaptation au changement climatique est indissociable de la justice sociale, car certains groupes de la population sont plus vulnérables que d’autres.

S’adapter aux conséquences du changement climatique en France : une urgence

Quels sont les impacts du changement climatique en France ?

Le changement climatique et la hausse globale des températures causée par l’activité humaine sont des faits avérés. Même si la France parvient à respecter ses engagements de baisse de ses émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique est déjà là et va s’accentuer.

Concrètement, les manifestations du changement climatique sont déjà visibles dans le pays et vont continuer de s’accentuer. Le changement climatique se caractérise notamment par :

  • La hausse des températures : l’année 2024 a été la plus chaude  jamais mesurée sur Terre. Avant 1990, la France connaissait en moyenne 2 jours de vagues de chaleur par an. Depuis 2000, ce chiffre est passé à 8 par an. Plus de 3 700 personnes sont mortes à cause de la chaleur en France en 2024 et ce bilan meurtrier risque de s’aggraver encore dans les prochaines années. En 2050, le climat de Lyon sera celui de Madrid aujourd’hui. Dans un scénario à +4°C, l’Ile-de-France pourrait connaître jusqu’à 94 jours de vague de chaleur chaque année.
  • Des sécheresses plus sévères et plus fréquentes qui entraineront des pénuries d’eau avec des conséquences sur la disponibilité et la qualité d’eau potable ainsi que sur de nombreux secteurs (agriculture, tourisme, industrie, etc). Alors que l’eau se raréfie, les prélèvements, notamment pour l’irrigation agricole, augmentent sans cesse ce qui crée un décalage inquiétant entre la disponibilité et les besoins.
  • Des feux de forêt plus importants et plus fréquents, et qui toucheront l’ensemble du pays, dont des régions autrefois épargnées, notamment le Nord-Ouest de la France.
  • Des inondations plus fréquentes et plus imprévisibles, avec un impact important sur les personnes, les constructions et les infrastructures.
  • Des tempêtes et intempéries à une plus grande fréquence et plus intenses, qui feront des dégâts importants et que nos infrastructures ne sont pas prêtes à subir. Nombre de territoires ultra-marins, dont La Réunion, Mayotte et les Antilles, seront touchés par des cyclones toujours plus intenses.

L’inadaptation aux changement climatiques renforce les inégalités

Non seulement les plus riches contribuent infiniment plus au changement climatique que les plus pauvres, mais Oxfam a aussi montré que le changement climatique et les inégalités s’alimentent réciproquement et forment un cercle vicieux. Si ce sont les plus riches qui polluent le plus et qui détraquent le plus notre climat, ce sont les plus vulnérables – ménages pauvres et modestes, femmes, enfants, personnes âgées, groupes marginalisés – qui en payent le prix fort.

Ces inégalités face au climat sont criantes :

Le rapport du GIEC observe que les ménages modestes et les groupes marginalisés sont plus durement touchés par les inondations, sécheresses, canicules, et maladies liées à la chaleur. Ils manquent aussi plus souvent de ressources ou de droits pour s’adapter avec succès au changement climatique. Si rien n’est fait, le changement climatique risque d’aggraver encore la ségrégation spatiale, puisque les plus riches pourront déménager vers les zones les moins exposées aux risques climatiques, tandis que les plus pauvres seront contraint·es de vivre dans les quartiers les plus dangereux.

Changement climatique et droits humains

Si rien n’est fait pour inverser la tendance, les interactions entre le changement climatique et les inégalités déjà existantes vont mettre un péril un certain nombre de droits humains, en particulier ceux des groupes déjà marginalisés. Avec ses impacts directs sur la production alimentaire, sur la disponibilité en eau et sur les écosystèmes, Oxfam estime que le changement climatique menace directement ou indirectement au moins 26 des 50 articles de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne si l’UE ne s’adapte pas immédiatement et efficacement au changement climatique.

Il est donc urgent d’inverser la tendance et de briser le cercle vicieux entre changement climatique et inégalités. Pour un avenir socialement juste et équitable, il est urgent d’adapter la France au changement climatique.

 

Agir pour une adaptation socialement juste et ambitieuse

Le retard des politiques d’adaptation en France

La France est loin d’être prête en matière d’adaptation. Le Haut Conseil pour le Climat toute comme la Cour des comptes sonnent l’alerte. Les inondations dans le Nord et le Pas-de-Calais de l’hiver 2023 à 2024 ont encore une fois révélé l’impréparation et le manque de coordination qui laissent la population vulnérable aux événements climatiques. La préparation aux conséquences du changement climatique reste cantonnée au domaine technique et fait souvent l’objet d’une fausse concurrence avec l’atténuation.

Pourtant, l’Accord de Paris oblige les Etats à la fois à mettre en œuvre des actions d’atténuation et à définir des politiques d’adaptation. De même, la loi climat de l’Union européenne oblige chaque Etat membre, comme la France, à se préparer au changement climatique. L’Etat a une responsabilité de garantie des droits fondamentaux qui l’oblige à agir contre le réchauffement climatique dans toutes ses dimensions. De plus, en matière d’adaptation, de nombreux outils et acteurs (CNRS, DRIAS, Météo-France, HCC, etc.) permettent d’anticiper les conséquences et de mettre en place dès aujourd’hui les mesures les plus pertinentes : l’expertise ne manque pas.

Or, chaque année d’inaction rend plus difficile notre transition vers une société résiliente. Ni le budget pour l’année 2025, ni les politiques d’adaptation, dont le principal instrument devrait être le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), ne permettent pour l’instant d’adapter la France aux conséquences du changement climatique.

Le PNACC, c’est quoi ?

En 2011, la France s’est dotée de son premier Plan National d’Adaptation au Changement Climatique, le PNACC. Cette feuille de route vise à énoncer des mesures concrètes pour limiter les effets négatifs du dérèglement climatique. Une deuxième version du PNACC a été publiée en 2018. Cette deuxième version restait encore largement insuffisante, marquée par la quasi absence de mesures concrètes et le manque cruel d’ambition et de coordination.

Cette deuxième feuille de route couvrait une période allant jusqu’à la fin de l’année 2022, mais les gouvernements successifs ont tardé à dévoiler un 3e plan pour réagir aux risques climatiques de plus en plus graves. Malgré l’urgence climatique, ce n’est que fin octobre 2024 qu’une nouvelle présentation a finalement été présentée et soumise à une consultation publique.

A l’issue de cette consultation, le Gouvernement a enfin présenté la nouvelle feuille de route, le PNACC-3.

PNACC-3 : un plan national d’adaptation insuffisant

Une nouvelle version du PNACC, le PNACC-3, a finalement été dévoilée en mars 2025.

Cette troisième version du plan est un saut qualitatif par rapport aux précédents plans. Elle a le mérite de soulever effectivement des sujets cruciaux, comme la protection des élèves et des travailleurs·euses de la chaleur ou la prévention des maisons fissurées à cause du retrait-gonflement argile.

La mise en œuvre de ce nouveau PNACC se heurte pour autant à un défaut majeur : les investissements dans l’adaptation au changement climatique restent très loin des besoins. En effet, le PNACC-3 annonce certes de nouvelles mesures pour l’adaptation, mais un aspect pourtant indispensable à leur mise en œuvre est largement oublié : leur financement.

Bien que la présentation de ce plan montre une certaine volonté de préparer la France aux conséquences du changement climatique, le Gouvernement n’a toujours pas fait de l’adaptation au changement climatique une priorité. Il n’y a pourtant plus de temps à perdre pour enfin passer à l’action et mettre en œuvre une adaptation juste.

Comment préparer la France au changement climatique ?

Il s’avère malheureusement indiscutable qu’en l’état, le PNACC-3 ne permet pas de protéger la population des conséquences du changement climatique. Pour avancer vers l’adaptation, il est urgent d’engager enfin une transformation coordonnée vers une société plus résiliente. Bien que le rapport « Changement climatique : nous ne sommes pas prêt·e·s » ait montré que le changement climatique menace déjà les droits humains, il est encore temps d’agir. Pour protéger les plus vulnérables, il faut urgemment définir une stratégie ambitieuse et faire de sa mise en œuvre une priorité.

Des investissements publics conséquents et pérennes sont indispensables pour lancer enfin l’adaptation juste. Financer l’adaptation aujourd’hui permettra même de faire des économies demain, car plus nous agissons tard, plus la préparation deviendra chère. Une réforme de nos politiques fiscales pour financer ces investissements sur le court-terme est nécessaire, mais possible.

Dès aujourd’hui, les besoins d’investissement sont énormes. Pour ne donner que quelques exemples, il faut urgemment :

  • Protéger la population contre la chaleur, par exemple en réintroduisant la nature en ville, installant des fontaines d’eau publiques et en subventionnant la pose de volets ou la végétalisation des toits.
  • Embaucher des soignant·es, entre autres pour accélérer la prise en charge des patient·es, même en cas de canicule.
  • Augmenter les moyens de la sécurité civile, en créant de nouveaux postes, mais aussi en achetant des pompes d’eau pour évacuer les eaux des zones inondées.
  • Soutenir les agriculteurs·ices pour déployer l’agroécologie et diversifier les cultures, afin d’engager une transformation globale de la production agricole seule à même permettre un renforcement de la sécurité alimentaire tout en préservant la ressource en eau et la biodiversité.
  • Rendre les transports publics plus résilients, ce qui nécessite entre autres de poser des rails plus flexibles pouvant réagir aux variations de température fréquentes ou d’installer dans les véhicules des vitres protégeant les voyageurs·euses du rayonnement UV.

En parallèle, il faut évidemment investir massivement dans la transition juste, indispensable pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de lutter contre le changement climatique. L’adaptation et l’atténuation doivent aller de pair, car chaque dixième de degré permet de limiter les dégâts du changement climatique.

Adapto’Score

Comment le changement climatique peut-il vous impacter ? Faites le test !

Je fais le test