Une approche visionnaire garantira la prospérité du secteur agricole

En dehors de quelques rares exceptions, la population mondiale vit dans un système d’abondance alimentaire. Et pourtant, celui-ci ne fonctionne qu’au prix de déséquilibres qui engendrent de multiples souffrances.

C’est précisément pour rétablir un dialogue avec l’ensemble de la société et « construire un autre modèle d’agriculture » que la Via Campesina – mouvement paysan international – célèbre pour la 23e année la journée internationale des luttes paysannes.

Aujourd’hui, les systèmes alimentaires et agricoles parviennent à fournir de grandes quantités d’aliments sur les marchés mondiaux.

Néanmoins, ces systèmes, qui fonctionnent à grands renforts d’intrants artificiels et puisent dans nos ressources, contribuent à d’importants dérèglements environnementaux : des pénuries d’eau, une déforestation massive, des pollutions de l’écosystème, une perte de la biodiversité, un épuisement des sols, d’importantes émissions de gaz à effet de serre.

Et dans le même temps, ils sont à l’origine de graves dysfonctionnements sanitaires et sociaux : difficultés d’accès aux terres, inégalités des situations entre paysannes et paysans, baisse des moyens de subsistance, accentuation de la pauvreté chez les agriculteurs.rices, et augmentation de la faim dans le monde (1). En dépit des progrès significatifs accomplis récemment, la faim et l’extrême pauvreté demeurent des problèmes cruciaux au niveau mondial.

A l’image de la crise globale que traverse actuellement le marché du riz en Asie.

Le riz, catalyseur des difficultés rencontrées par l’agriculture paysanne

Le marché du riz fait actuellement l’objet de difficultés structurelles qui participent à l’aggravation des inégalités et à une baisse de la productivité.

D’après un rapport que vient de publier Oxfam (2), la production de cet aliment de base se heurte à différents types d’entraves.

  • Tout d’abord, à un rôle croissant du secteur privé. Nous assistons à une tendance selon laquelle les revenus et le bien-être des paysan.ne.s sont sacrifiés sur l’autel de la productivité et des profits. Les recherches menées notamment au Pakistan, au Népal et au Vietnam démontrent par exemple que les coûts de production et la marge des producteurs ont augmenté de manière stable depuis 2007, tandis que la rémunération des agriculteur.rices baisse. Le revenu des paysan.ne.s ne représente que 4% du prix payé par les consommateurs de riz, et à la fin du mois, ces derniers ne touchent que 13 à 17% du revenu vital national. Des chiffres très insuffisants pour permettre aux producteurs de vivre décemment.

Sans compter que leur place et leur façon de travailler sont à défendre continuellement au sein du système agro-alimentaire actuel. En effet, dans les chaînes de valeurs agricoles mondiales, alors que la part des supermarchés est grandissante (+11%), celle de l’agriculture familiale a chuté de 13% depuis 1995 (3). En outre, les prix des denrées alimentaires subissent une certaine volatilité, du fait d’une spéculation sur les matières premières, d’une demande croissante en agro-carburants ou encore d’une libéralisation des échanges commerciaux agricoles (4). Des fonctionnements qui déséquilibrent considérablement les relations entre acteurs agro-alimentaires.

  • Ensuite, la production de riz est assez symptomatique des disparités qui ont cours entre agriculteurs et agricultrices. Ces dernières ne bénéficient pas des mêmes garanties, manquent d’influence pour peser dans les négociations, ont difficilement accès aux terres, œuvrent dans des environnements de travail parfois dangereux, perçoivent des salaires plus bas, peinent à avoir accès aux crédits bancaires, etc. Une étude menée par Oxfam France sur les crises alimentaires (4) souligne d’ailleurs que dans toutes les régions du monde, les femmes agricultrices, du fait de discriminations systémiques, sont plus à même d’être en situation de vulnérabilité que les hommes, du fait de leur forte dépendance au modèle agricole et à tous ses aléas (changements climatiques, conflits, déplacements, baisse des rendements, etc). Pourtant, les femmes jouent un rôle crucial dans l’agriculture, en contribuant, via leur connaissance des cultures, des terrains, des méthodes ancestrales, des communautés, à nourrir des centaines de millions de personnes dans le monde.
  • Enfin, les changements climatiques impactent sévèrement la culture du riz. Fréquence et intensité de certains évènements météorologiques mettent ainsi régulièrement en péril les récoltes, diminuant les rendements agricoles et accentuant ainsi la pauvreté des agriculteur.rices.

Guider la transition vers des systèmes alimentaires et agricoles durables

Déjà en 2008, la Banque mondiale démontrait qu’investir dans la croissance de l’agriculture paysanne et familiale était deux à quatre fois plus efficace pour réduire la faim et la pauvreté, que d’investir dans un autre secteur (5).

C’est également le parti pris d’Oxfam. D’après nous, une réforme du système agricole et alimentaire mondial doit permettre de rééquilibrer les relations entre petits agriculteurs familiaux et multinationales, entre paysannes et paysans, et concourir ainsi à enrayer autant que possible les inégalités, la pauvreté et la faim.

Cet objectif est atteignable grâce à de nombreux leviers, qui peuvent être mis en œuvre via une transition agroécologique. L’agroécologie propose en effet une approche unique pour répondre à la fois à la forte hausse de nos besoins alimentaires, tout en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte. Concrètement, les aspects sociaux et écologiques sont donc envisagés concomitamment, afin d’aboutir à des systèmes agricoles et alimentaires plus équilibrés.

Afin que les petits agriculteurs et agricultrices agricoles bénéficient de conditions de vie supportables, Oxfam demande notamment l’introduction et l’application de lois pour protéger les droits du travail des paysan.ne.s et les droits des femmes, par exemple en garantissant des prix minimaux pour les petits agriculteurs et en garantissant l’égalité des salaires et des conditions entre femmes et hommes.

De plus, nous demandons que soient adoptées et appliquées des politiques visant à améliorer l’accès aux ressources et aux méthodes de production durables pour les petits producteurs, et principalement les femmes.

Et enfin, si nous saluons la décision de l’Union européenne d’interdire l’utilisation de pratiques commerciales déloyales dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires afin de protéger tant les travailleurs que les producteurs et les acheteurs (6), nous demandons que les Etats membres s’assurent que ces dispositions soient respectées et sanctionnent les acteurs qui ne respecteraient pas la loi.

Car ce n’est que par le biais d’actions intégrées et durables que le système alimentaire mondial offrira un juste équilibre entre les différents acteur-ice-s impliqué-e-s.

Sources :

 

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