« Aide à l’agriculture : des promesses aux réalités de terrain », le nouveau rapport d’Oxfam International

A quelques jours de l’ouverture du Sommet mondial de l’alimentation, qui se tient du 16 au 18 novembre prochains à Rome, Oxfam International lance un rapport sur la mise en œuvre des promesses faites par la communauté internationale au cours des douze derniers mois pour soutenir l’agriculture et assurer la sécurité alimentaire dans trois pays ouest africains : le Burkina Faso, le Niger et le Ghana. Un rapport qui pointe du doigt le manque criant d’efficacité dans la coordination de l’aide sur le terrain.

Depuis 2008, pas moins de quatre sommets internationaux ont été consacrés, au moins en partie, à la crise alimentaire qui touche plus d’un milliard de personnes selon la FAO, soit près d’une personne sur six dans le monde. Les dirigeants s’y sont clairement engagés à mieux coordonner leurs interventions sur le terrain et à soutenir les politiques agricoles et alimentaires nationales. Au cours du sommet du G8 de l’Aquila, les Chefs d’Etats et de gouvernements ont annoncé 20 milliards de dollars pour apporter des réponses à la crise et investir à long terme dans le secteur agricole.

Or comme le montre le rapport « ide à l'agriculture : des promesses aux réalités de terrai », les investissements réalisés jusqu’ici dans le secteur agricole ont été réalisés trop souvent en dehors des cadres nationaux, ne permettant pas d’appuyer la mise en place de politiques agricoles nationales.

« Depuis une trentaine d’années, l’aide à l’agriculture en Afrique de l’Ouest est morcelée en une multitude de projets, souvent mal coordonnés entre eux et déconnectés des politiques et programmes nationaux. Passer de la concertation à une réelle coordination des interventions de l’ensemble des acteurs représente le principal défi à relever dans cette région. C’est en particulier le cas au niveau des bailleurs de fonds, qui s’investissent dans de multiples projets sans toujours tenir compte des stratégies nationales de développement rural » indique l’auteur du rapport, Jean-Denis Crola d’Oxfam France.

Le rapport rappelle également que si la situation alimentaire ne cesse de s’aggraver, le secteur agricole a été, depuis le début des années 1980, peu à peu exclu des priorités de l’aide publique au développement (APD) ainsi que des politiques publiques des pays du Sud. Entre 1995 et 2007, l’agriculture a représenté moins de 5 % de l’APD totale reçue par les pays de l’Afrique de l’Ouest, alors que plus de 80 % de la population de la région en dépend pour vivre ou simplement survivre.

Le rapport souligne que le manque de coordination des interventions des bailleurs autour d’objectifs communs et la multiplication des projets de court terme tendent à accaparer les ressources humaines déjà restreintes des gouvernements. Malgré ce manque évident d’efficacité, la situation se perpétue depuis de nombreuses années.

« L’aide devrait au contraire renforcer les capacités des gouvernements des pays du Sud, afin qu’ils puissent élaborer et mettre en place des politiques publiques efficaces pour lutter contre la faim et développer le secteur agricole » rappelle Jean-Denis Crola.

L’exemple de l’Afrique de l’Ouest montre que les réponses apportées jusqu’ici à la crise alimentaire se sont focalisées sur les besoins de court terme, souvent en dehors des programmes d’urgence mis en œuvre par les gouvernements, qui sont restés sous-financés. Or, rien ne peut remplacer de véritables politiques nationales agricoles et alimentaires, seules capables d’assurer sur le long terme la sécurité alimentaire des populations, notamment par un investissement massif envers les petits agriculteurs.

Lors du prochain Sommet de la FAO à Rome, il est probable que les dirigeants s’engagent à nouveau à mieux coordonner leurs interventions sur le terrain et à investir dans les politiques nationales, sans que de réelles mesures contraignantes soient prises pour que ces promesses se concrétisent sur le terrain. « Pour réellement avoir un impact contre la crise alimentaire, le Sommet de Rome doit engager un changement d’approche nécessaire et radical en créant un mécanisme contraignant de suivi des engagements par pays, permettant de responsabiliser les Etats dans la lutte contre la faim. »

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