Un an d’indécision : la reconstruction d’Haïti au point mort

{La confédération internationale Oxfam en appelle au gouvernement haïtien et aux pays donateurs afin de sortir de l’impasse et de débuter la reconstruction.}

Dans un rapport publié le 6 janvier 2011, Oxfam lance un appel aux autorités d'Haïti pour faire avancer, avec le soutien de la communauté internationale, les projets de reconstruction dans ce pays anéanti. Ils doivent permettre à près d'un million de personnes qui vivent toujours dans des tentes et sous des bâches de se reloger ou de rentrer chez eux.

Ce rapport, intitulé De l’urgence au relèvement, impute le manque de progrès à plusieurs facteurs, notamment les indécisions de la part du gouvernement haïtien, tandis que les pays donateurs poursuivent trop souvent leurs propres objectifs prioritaires d'aide, et que la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti, établie pour coordonner les efforts de reconstruction et développer les fonctions de l'état, manque d’énergie.

Selon Roland Van Hauwermeiren, Directeur Pays d'Oxfam en Haïti :

« 2010 a été une année d'atermoiements qui a mis la reconstruction d’Haïti en suspens. Près d'un million de personnes vivent encore dans des tentes ou sous des bâches et les centaines de milliers d'autres qui vivent dans les décombres de la ville ne savent toujours pas quand ils pourront rentrer chez eux.

Reconstruire ce pays dévasté ne se fera pas du jour au lendemain. Des décisions cruciales peuvent et doivent être prises d'urgence à propos de l'emploi, du déblaiement des décombres, de la réparation des logements et de l’allocation des terres pour les personnes qui ne seront pas en mesure de retourner dans leurs foyers Nous avons maintenant besoin que le nouveau gouvernement d'Haïti endosse son rôle de leader. La communauté internationale, y compris les ONG, doit s'unir afin de soutenir le gouvernement de telle sorte que les autorités haïtiennes aient une chance de réussir. »

Malgré le succès des opérations d’aide d’urgence après le séisme de l'an dernier, la reconstruction à long terme a tout juste commencé. Les dons des particuliers ainsi que les financements des gouvernements donateurs et des institutions multilatérales pour l'effort d'aide d'urgence ont été exceptionnellement généreux. Toutefois, seulement 42 % des 2,1 milliards de dollars promis par les gouvernements en 2010 ont été versés à la fin de l'année, selon le bureau de l'envoyé spécial de l'ONU en Haïti.
« De trop nombreux pays donateurs ont agi selon leurs propres priorités d'aide et ne se sont pas coordonnés efficacement ou n’ont pas suffisamment travaillé de concert avec le gouvernement haïtien. Ceci a eu pour effet d’affaiblir très sérieusement la capacité du gouvernement à planifier et à tenir ses engagements au nom de sa responsabilité souveraine – et, au final, de mener la reconstruction« , précise Roland Van Hauwermeiren.

La plupart des pays donateurs ont débloqué des fonds pour des logements de transition mais très peu d'argent pour déblayer les décombres ou réparer les maisons. Un an après le tremblement de terre, seulement 5% des décombres ont été dégagés et à peine 15% des logements temporaires nécessaires de base ont été construits. La construction des maisons à grande échelle ne peut pas commencer avant que la quantité énorme de débris ait été dégagée. Le gouvernement et les donneurs doivent accorder la priorité à cette étape fondamentale pour aider les gens qui le peuvent à rentrer chez eux.

La Commission intérimaire de reconstruction d’Haïti, dirigée par l'ancien Président américain Bill Clinton et le Premier Ministre haïtien Jean-Max Bellerive, a été mise en place en avril 2010 afin de faciliter l’acheminement des fonds vers des projets de reconstruction et de soutenir les ministères haïtiens dans leur mise en œuvre. Jusqu'à présent, la Commission n'a pas été à la hauteur de son mandat. De nombreux fonctionnaires haïtiens n'ont toujours pas la capacité technique de diriger ces opérations et pratiquement aucun des projets majeurs de reconstruction n’a débuté. La Commission est pourtant un élément moteur dans la reconstruction et elle se doit de sortir du bourbier de l’indécision et des retards.

En dépit de la crise politique actuelle, les élites politiques et économiques d'Haïti ont encore une opportunité unique de s’attaquer à un grand nombre de problèmes qui ont entravé le développement du pays. Mais ce processus doit débuter sans plus tarder.

« Avant toute chose, les Haïtiens veulent retourner travailler et subvenir aux besoins de leurs familles. Ils ne demandent pas la charité mais une opportunité d’être partie prenante du processus de reconstruction de leur propre pays. Après être passés par tant d’épreuves l'année dernière, les Haïtiens méritent cette chance« , souligne Roland Van Hauwermeiren.

Depuis un an, Oxfam a fourni une assistance à plus d’un million de personnes dans le cadre de deux interventions d'urgence : une pour le secours directement lié au séisme et l'autre pour répondre à l'épidémie de choléra qui frappe le pays depuis octobre 2010, faisant plus de 2 600 victimes.

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