Visite de Bernard Kouchner au Tchad : accélérer le processus de paix avant tout

Alors que Bernard Kouchner est attendu au Tchad samedi pour y rencontrer le Président Deby, Oxfam France rappelle qu’il convient avant tout de lutter contre l’impunité et de relancer un véritable processus de paix et de démocratisation.

Oxfam France demande à la France de mettre à profit son statut de partenaire privilégié du gouvernement tchadien pour avancer sur le processus de paix. Les négociations entre rebelles et gouvernement sont au point mort depuis des mois, tandis que chaque partie se réarme lourdement. Par ailleurs, le processus de démocratisation prévu par « l’Accord du 13 août », passé entre le gouvernement et l’opposition et soutenu par l’Union Européenne, piétine ; outre l’absence de progrès par rapport à la feuille de route électorale, les racines du conflit ne sont toujours pas au centre des discussions.

« La spirale de violence au Tchad ne pourra être résolue si la gouvernance et la réforme du secteur de la sécurité ne sont pas au cœur des discussions. Et les populations civiles continueront de vivre dans la peur » a déclaré Nicolas Vercken, d’Oxfam France. « Le Conseil de Sécurité doit entamer des débats sur le Tchad la semaine prochaine avant d’adopter une nouvelle résolution : les gouvernements sensés assurer la 'paix et la stabilité internationale' doivent se pencher sérieusement sur la résolution du conflit tchadien ! ».

Près d’un an après le déploiement de l’EUFOR dans l’Est du pays, la violence reste quotidienne. Seuls une présence policière adéquate et l’établissement d’un réel 'Etat de droit' permettront de lutter contre le banditisme grandissant et l’impunité généralisée qui sévit dans la région. Malheureusement, le déploiement de la nouvelle force de police et de gendarmerie tchadienne (le DIS), les détachements intégrés de sécurité responsables à l’intérieur des camps, a pris du retard et participe au sentiment général d’insécurité.

« L’insécurité règne toujours dans l’Est du Tchad. Il y a quelques jours, des tensions interethniques auraient fait plusieurs dizaines de morts et entraîné de nouveaux déplacements de populations. Il est urgent de s’attaquer sur le long terme aux véritables causes de cette insécurité. Sans un renforcement de sa capacité à gérer les conflits inter-communautaires et à réformer la police et la justice au Tchad, la Minurcat II – la force onusienne qui doit prendre le relais de l’Eufor au-delà du 15 mars 2009 – sera, au mieux, inefficace et, au pire, un gigantesque gâchis » ajoute Nicolas Vercken.

Le ministre des Affaires étrangères français a notamment annoncé son intention de se rendre dans le village de Lobotiké afin de mettre en avant le bon déroulement du retour des réfugiés et déplacés. Or, seules 3 500 personnes ont regagné ce village alors que le pays compte plus de 150 000 déplacés. De plus, Lobotiké se situe dans une zone relativement sécurisée, entre les villages de Goz Beida, Kerfi et Koukou.

Sur place, les organisations humanitaires craignent que l’EUFOR, les Nations unies et d’autres organisations internationale profitent de la fin de la saison des pluies pour inciter des déplacés à rentrer chez eux alors que leur sécurité n’est toujours pas assurée. Des retours trop prématurés ne mettront pas seulement en danger des populations mais créeront également de nouvelles tensions interethniques.

Assurer le retour des réfugiés et des déplacés fait clairement partie du mandat de l’EUFOR, mais cet élément ne peut constituer un repère permettant d’évaluer le succès de la mission sans prendre en compte la nécessité d’une solution politique à long terme.

« Ne faisons pas de Lobotiké l’arbre qui cache la forêt ! D’une manière générale, les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour permettre le retour des déplacés en toute sécurité. Les gens ne pourront rentrer chez eux qu’à condition qu’une paix durable, aux niveaux local et national, soit garantie» conclut Nicolas Vercken.

NOTES :

1. La mission décidée par le Conseil de Sécurité des Nations unies à l’Est du Tchad consiste en trois volets:
La MINURCAT, la mission des Nations unies en République Centrafricaine et au Tchad, qui comprend des formateurs de police onusiens et du personnel civil, chargée d’aider à construire le système judiciaire tchadien et de surveiller la situation relative aux droits de l’Homme ;
La mise en place d’une nouvelle force de police et de gendarmerie tchadienne de 850 hommes, le Détachement Intégré de Sécurité (DIS). Les personnels du DIS doivent être formés et encadrés par la police des Nations unies afin de garantir 24h / 24 la sécurité dans les camps de réfugiés et les sites de déplacés ;
L’EUFOR, une force militaire de l’Union européenne de 3 700 soldats. Conçue à l’origine pour créer la vaste zone de sécurité nécessaire au déploiement des deux premières composantes de la mission, elle est également mandatée pour « contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés et les personnes déplacées »
Le Conseil de Sécurité des Nations unies doit examiner dans les prochains jours le mandat et le format d’une Minurcat II appelée à prendre la relève d’Eufor à compter du 15 mars 2009.

2. Près d’un demi million de personnes, des réfugiés du Darfour mais également des personnes fuyant des conflits internes tchadiens, ont été déplacées à l’Est du Tchad.

3. Oxfam international a publié en septembre dernier un rapport « Mission non-accomplie : les populations civiles demeurent en danger à l'Est du Tchad » qui évalue l’efficacité de la force de protection onusienne un an après sa création et décrit une mission marquée par de graves retards dans son déploiement, des obstacles bureaucratiques et un manque de coordination :

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