Après 5 ans de guerre au Yémen, la famine fait rage, le choléra ravage

Le cap des 5 ans de guerre vient d’être franchi au Yémen. 5 ans d’un conflit qui n’en finit pas. Des combats en recrudescence. La population, en première ligne, en paie chaque jour un prix plus élevé. Depuis 5 ans, leur quotidien est marqué par des déplacements contraints, une famine qui empire, et une épidémie de choléra qui se propage chaque jour un peu plus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et donnent le tournis : chaque heure, 50 nouveaux cas de choléra et 90 personnes sont contraintes de tout quitter. La restriction des déplacements du fait de la crise sanitaire du coronavirus vient compliquer la situation, en rendant plus difficile le soutien humanitaire, tout en faisant planer la menace de l’épidémie sur un pays en ruine.

 

5 ans après le début du conflit, le Yémen garde le triste titre de « pire crise humanitaire au monde ».

Après 5 ans de guerre, une situation humanitaire catastrophique au Yémen

Il est difficile de résumer la situation humanitaire au Yémen, de décrire le quotidien des yéménites depuis 5 ans. Les chiffres permettent de donner une idée de celle-ci. Mais leur grandeur donne le tournis, leur démesure leur fait perdre leur réalité. Pourtant, derrière chacun d’entre eux, c’est la vie d’une femme, d’un homme, d’un enfant, qui est rappelée.

Ces chiffres, ce sont les suivant :

  • Le conflit armé a coûté la vie à plus de 100 000 personnes, dont 12 366 civils présumés morts.
  • Plus de 4 millions de personnes déplacées, contraintes de tout abandonner, pour se réfugier dans des camps de fortune ou chez des communautés hôtes. En moyenne, cela revient à 90 personnes déplacées par heure, depuis 5 ans.
  • Plus de 4,7 millions de personnes supplémentaires souffrant de la faim au Yémen, depuis le début du conflit, augmentant le nombre total à 11 millions de personnes au bord de la famine. Aujourd’hui, 20 millions de personnes, soit les deux tiers de la population, sont tributaires d’une aide alimentaire pour survivre.
  • 350 000 enfants de moins de 5 ans sont en état de malnutrition sévère.
  • 17,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population du Yémen, qui n’a plus l’accès à de l’eau potable, pourtant si essentielle à la vie quotidienne et à la santé de chaque personne.
  • 3 millions de femmes et de filles sont exposées à des risques directs de violences basées sur le genre.
  • 1,25 million d’employé-e-s des services publics ne reçoivent plus l’entièreté de leur salaire depuis le mois d’août 2016, des revenus pourtant vitaux pour leur survie.

La population yéménite se bat, jour après jour, pour survivre, pour s’entraider, pour se reconstruire. Mais leurs efforts finiront par être vains si un cessez-le-feu n’est pas rapidement acté et si les pourparlers ne reprennent pas.

Oxfam appelle la communauté internationale et le Conseil de sécurité de l’ONU à exercer tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur les parties au conflit afin de mettre fin aux violences et s’engager dans un processus de paix durable, incluant les femmes yéménites, la jeunesse et la société civile. La communauté internationale et le Conseil de sécurité doivent faire respecter le droit international humanitaire et l’aide humanitaire pour qu’elle puisse être délivrée. 

Dans la région de Tahiz, Oxfam se mobilise pour assurer un accès en eau potable aux personnes déplacées. Février 2020. Crédit : Pablo Tosco / Oxfam
Dans la région de Tahiz, Oxfam se mobilise pour assurer un accès en eau potable aux personnes déplacées. Février 2020. Crédit : Pablo Tosco / Oxfam

Alors que le choléra ravage le Yémen, le coronavirus fait planer une menace nouvelle

Les conditions de vies – des camps de fortunes, des déplacements à répétition – et le manque criant d’accès à l’eau potable sont des terrains plus que propices à la propagation du choléra. Depuis le début de la guerre au Yémen, il y a 5 ans, ce sont en moyenne 50 nouveaux cas de choléra qui ont été enregistré par heure. L’OMS a recensé plus de 2,7 millions de cas suspects depuis 2017.

Le pays souffre par ailleurs d’un manque criant d’infrastructures, d’équipements, de médicaments et de personnel pour faire face à la situation. Aujourd’hui, seul 50% des centres de santé fonctionnent encore. Tous font face à des pénuries de tout.

La saison des pluies est attendue fin avril au Yémen. Une saison qui accroît l’insalubrité et les risques de propagation du choléra. Oxfam considère que l’année 2020 pourrait être marquée par 1 million de cas supplémentaires, au regard de la situation.

La menace du coronavirus

Face à une telle situation, la pandémie du coronavirus qui se propage dans le monde entier fait peser une nouvelle menace sur la population yéménite. La situation est telle que la diffusion du virus au sein de la population aurait des conséquences humaines catastrophiques.

Le système de santé yéménite ne pourrait y répondre. Alors que 50% de la population du Yémen n’a pas accès à de l’eau potable, le geste barrière le plus « simple » et le plus essentiel, se laver les mains, leur sera impossible. Oxfam se mobilise, avec les autorités et les partenaires locaux, pour former et informer le plus grand nombre.

Avant cela, la fermeture des frontières, les restrictions de déplacements et de livraison compliquent le travail humanitaire. Tous les vols à destination et en provenance du pays ont été annulés, ce qui a restreint les déplacements de certains travailleurs humanitaires mobilisés pour venir renforcer la réponse d’urgence humanitaire.

Aller chercher de l'eau potable : une tâche qui revient souvent aux femmes, des kilomètres à parcourir pour les personnes déplacées du fait de la guerre au Yémen. Février 2020. Crédit : Pablo Tosco / Oxfam
Aller chercher de l'eau potable : une tâche qui revient souvent aux femmes, des kilomètres à parcourir pour les personnes déplacées du fait de la guerre au Yémen. Février 2020. Crédit : Pablo Tosco / Oxfam

L’action d’Oxfam au Yémen : venir en aide au plus de personnes possibles, dénoncer les ventes d’armes qui alimentent cette guerre meurtrière

Depuis juillet 2015, en lien avec ses partenaires sur le terrain, Oxfam a soutenu plus de 3 millions de personnes, dans 9 gouvernorats du Yémen. Nous nous mobilisons depuis le début du conflit pour assurer l’accès à l’eau potable au plus grand nombre, ainsi que l’installation de systèmes d’assainissement et la distribution de kits d’hygiène, pour lutter contre la propagation de maladies, et notamment du choléra. Oxfam fournit également une aide économique, à travers la distribution d’argent direct et bon alimentaires, permettant ainsi de maintenir active l’économie locale et l’accès à la nourriture pour les plus démunis.

Oxfam se mobilise, avec ses partenaires, pour atteindre les populations dans les zones les plus éloignées et difficiles d’accès, afin qu’elles ne soient pas les oubliées de l’aide humanitaire. Distribution d’eau par camions citernes, réparation des points d’eau existants, distribution de filtres et de jerrycans, constructions de toilettes, formation aux gestes d’hygiènes barrières contre les maladies : Oxfam déploie au Yémen, avec ses partenaires, toute son expérience en matière d’accès à l’eau et à l’assainissement.

Mais les besoins sont immenses. Aujourd’hui, 24,1 millions de yéménites ont besoin d’une aide humanitaire, soit plus du 80% de la population totale du pays. Seul un cessez-le-feu, seule la reprise des pourparlers, seule une solution politique au conflit permettront aux yéménites de voir leur vie durablement s’améliorer.

Dans la région de Tahiz, au Yémen, Oxfam installe des points d'eau, pour faciliter l'accès à l'eau potable aux personnes déplacées. Février 2020. Crédit : Pablo Tosco / Oxfam

Un conflit alimenté par les ventes d’armes internationales, dont des armes françaises

La France compte parmi les pays impliqués dans le conflit en étant depuis 2008 le 3ème fournisseur d’armes à l’Arabe Saoudite et aux Emirats arabes unis, après le Royaume-Uni et les États-Unis. Depuis 2015 et selon le rapport du Ministère des Armées publié en 2019, la France a livré du matériel militaire à ces deux pays pour un montant de presque 6 milliards d’euros. C’est presque une fois et demie le budget annuel estimé pour répondre à tous les besoins identifiés dans le Plan d’urgence humanitaire des Nations Unies pour le Yémen.

La France ne peut pas continuer à approvisionner ces pays en armes, notamment quand il est prouvé que ces pays commettent des violations du droit international humanitaire !

Depuis 2016, douze pays européens dont l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et le Royaume-Uni ont annoncé des mesures visant à suspendre ou à limiter les ventes d’armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Le gouvernement français en revanche continue à autoriser des transferts d’armes aux parties au conflit au Yémen, malgré la forte mobilisation de la société civile française et que l’opinion soutient à 70% un embargo d’armes vers la guerre au Yémen.

À l’heure actuelle, les pétitions lancées par les ONG Oxfam France, Amnesty International France et SumOfUs ont réuni plus de 250 000 signatures demandant au président Emmanuel Macron de cesser d’alimenter le conflit yéménite en exportant des armes françaises.

Projection sur le fronton de l'Assemblée nationale, organisée par Oxfam France et des organisations partenaires, pour demander la fin des ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis.
Projection sur le fronton de l'Assemblée nationale, organisée par Oxfam France et des organisations partenaires, pour demander la fin des ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis.

Il est temps que la France respecte ses engagements internationaux relatifs au Traité sur le commerce des armes (TCA) et à la position commune 2008/944/PESC de l’Union européenne. Dès lors qu’il existe le risque que des pays utilisent des armes françaises contre des civils, la France doit cesser de leur en fournir.

Revoir notre webinaire « Yémen : comment agir face à une crise humanitaire d’une telle ampleur ? »