Crise alimentaire au Sahel : « Au-delà de l’urgence, il faut aussi agir sur les causes profondes »

Près de dix millions de personnes sont menacées par une grave crise alimentaire au Sahel. Face à cette situation, Oxfam France lance un appel à la communauté internationale afin qu'elle mette en place des actions urgentes mais aussi qu'elle intervienne pour s'attaquer aux causes profondes de la faim et de la malnutrition dans cette région. Jean-Denis Crola, responsable de plaidoyer pour Oxfam France, explique les enjeux d'une intervention internationale coordonnée et d'un réinvestissement dans de véritables politiques agricoles en Afrique de l'Ouest.

En quoi la situation alimentaire au Sahel est-elle préoccupante ? Tous les éléments d'une crise extrêmement importante sont là, au Niger, pays qui risque d'être le plus gravement touché, avec l’Est du Tchad et le Nord du Mali. La situation risque également de s’aggraver au Nord du Burkina Faso et du Nigeria. Les pluies ont été insuffisantes et irrégulières l'année dernière. Les récoltes sont moindres : au Niger, elles ont chuté d'un quart en 2009. Les prix sont élevés et rendent donc les produits alimentaires inaccessibles à une partie de la population : dans l'Ouest du Niger, par exemple, les prix du mil ont augmenté de 20 à 25%, ceux du sorgho jusqu'à 50% en décembre 2009. Si rien n'est fait aujourd'hui, cette crise s'annonce dévastatrice et pourrait toucher près de dix millions de personnes. – Qu'attend Oxfam France de la communauté internationale ? Face à cette situation de crise, Oxfam France appelle à une réaction d'ampleur de la communauté internationale, mais aussi des gouvernements ouest-africains et de l'Organisation des Nations unies. Tous doivent travailler ensemble pour apporter une réponse coordonnée et des moyens de toute urgence pour éviter que la situation catastrophique de 2005 ne se répète encore une fois. – Au-delà de l’urgence Oxfam France plaide pour des actions de long terme. Lesquelles ? Il faut effectivement agir sur les causes profondes de la faim et de la malnutrition. Dans les pays du Sahel et plus généralement de l'Afrique de l'Ouest, l'agriculture familiale et vivrière est le parent pauvre des investissements publics et de l'aide publique au développement. De plus, ces financements, délivrés sous forme de projets, sont peu coordonnés et trop souvent déconnectés des programmes nationaux. Ce manque de coordination nuit fortement à l'efficacité sur le terrain et au contraire affaiblit les capacités locales. Enfin, les bailleurs de fonds ont préféré financer la culture de coton, de cacao ou de produits d'exportation et ont délaissé le soutien aux agricultures vivrières. Il faut aujourd'hui réinvestir dans des véritables politiques agricoles en Afrique de l'Ouest pour permettre un réel développement de l’agriculture familiale et une relance de la production locale. Propos recueillis le 2 avril 2010 (Oxfam France)

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