Témoignages de victimes des exactions de la LRA : Joséphine, 18 ans

Joséphine* a été séquestrée pendant huit mois par des combattants de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), en République démocratique du Congo. Elle a réussi à s'échapper. Agée de 18 ans en septembre 2010, elle témoigne, interrogée par Oxfam dans le territoire de Niangara, Province Orientale de la RD Congo.

"Mes parents et mes frères, comme tous les matins, sont partis travailler aux champs et je suis restée à la maison pour cuisiner du plantain. Ils sont revenus à l'heure du déjeuner et, alors que nous commencions à manger, nous avons entendu des coups de feu. Un jeune homme qui vivait tout près est arrivé en courant en criant que la LRA avait attaqué sa maison. Nous avons rassemblé nos affaires et quitté la maison le plus vite possible. Mais 100 mètres plus loin, ma grand-mère, prétextant qu'elle avait oublié quelque chose, a rebroussé chemin vers la maison. C'était trop tard : un groupe composé d'environ 80 membres de la LRA est arrivé et nous a encerclé. Ils nous ont ligoté et ont abattu mon grand père devant mes yeux. Ils nous ont emmené, moi et mes trois frères, dans la brousse et ont abandonné ma mère et ma grand-mère. Après une heure de marche, ils nous ont séparés et j'ai été enlevée avec Patrick, mon frère de 14 ans. Personne n'a jamais revu mes deux autres frères. La LRA m'a retenue prisonnière pendant 8 mois. Nous nous déplacions en permanence, marchions de longues distances et ne restions pas plus d'une semaine au même endroit. Ils me forçaient à porter du matériel très lourd, à chercher de la nourriture et à la cuisiner. Tous les jours, les membres de la LRA nous assuraient que si nous faisions notre travail, ils nous relâcheraient bientôt. Parfois, ils disaient à certains qu'ils pouvaient s'en aller et s'éloigner, mais en réalité, je pense qu'ils étaient abattus dans la brousse. On forçait les jeunes femmes comme moi, mêmes celles âgées de 12 ans, à devenir les "femmes" des miliciens. Je suis alors devenue l'une d'elles auprès d'un homme, qui, comme moi, était congolais et avait été enlevé, mais avait rejoint comme combattant les rangs de la LRA. Ils formaient les hommes kidnappés à tirer et nettoyer leurs armes. Parfois, ils attachaient de force un jeune homme, et en forçait un autre à l'abattre avec un gourdin ou une machette. Un jour, alors qu'ils m'avaient envoyée chercher à manger, j'ai finalement réussi à m'échapper. Moi et une autre fille, nous nous sommes enfuies en courant lorsque l'un des combattants chargé de nous surveiller s'est endormi. Nous avons marché 40 km et sommes parvenues à un village du Soudan. Deux mois après, Patrick a lui aussi réussi à s'échapper à la suite d'une attaque perpétrée par l'Armée ougandaise contre la LRA. Je ne sais pas si je suis atteinte du Sida car il n'y aucun centre de dépistage à Niangara. Nous vivons maintenant en tant que "déplacés" dans une ville où nous nous sentons en sécurité car quelques troupes de maintien de la paix des Nations Unies y sont présentes alors que personne ne nous protège dans notre village. Tant que les Nations Unies ne viennent pas chez nous, ce serait trop dangereux d'accéder à nos champs, nous pourrions mourir de faim." * Les noms des témoins interrogés dans ce cadre ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.

En savoir plus

– Lire également le témoignage de laude, 21 ans, enlevé par la LR – Lire la note d'Oxfam Ne plus avoir peur" : une action régionale pour protéger les civils dans les zones affectées par la LR (octobre 2010) – Découvrir le bilan et les principales demandes de la campagne RD Congo : 15 ans de guerre, tout un avenir à reconstruire, terminée au mois d'octobre 2010 – Consulter les programmes d'Oxfam France sur la [protection des civils->-Protection-des-civils-], la [RD Congo->-RD-Congo-] et le [Soudan->-Soudan-]

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"Mes parents et mes frères, comme tous les matins, sont partis travailler aux champs et je suis restée à la maison pour cuisiner du plantain. Ils sont revenus à l'heure du déjeuner et, alors que nous commencions à manger, nous avons entendu des coups de feu. Un jeune homme qui vivait tout près est arrivé en courant en criant que la LRA avait attaqué sa maison. Nous avons rassemblé nos affaires et quitté la maison le plus vite possible. Mais 100 mètres plus loin, ma grand-mère, prétextant qu'elle avait oublié quelque chose, a rebroussé chemin vers la maison. C'était trop tard : un groupe composé d'environ 80 membres de la LRA est arrivé et nous a encerclé. Ils nous ont ligoté et ont abattu mon grand père devant mes yeux. Ils nous ont emmené, moi et mes trois frères, dans la brousse et ont abandonné ma mère et ma grand-mère. Après une heure de marche, ils nous ont séparés et j'ai été enlevée avec Patrick, mon frère de 14 ans. Personne n'a jamais revu mes deux autres frères. La LRA m'a retenue prisonnière pendant 8 mois. Nous nous déplacions en permanence, marchions de longues distances et ne restions pas plus d'une semaine au même endroit. Ils me forçaient à porter du matériel très lourd, à chercher de la nourriture et à la cuisiner. Tous les jours, les membres de la LRA nous assuraient que si nous faisions notre travail, ils nous relâcheraient bientôt. Parfois, ils disaient à certains qu'ils pouvaient s'en aller et s'éloigner, mais en réalité, je pense qu'ils étaient abattus dans la brousse. On forçait les jeunes femmes comme moi, mêmes celles âgées de 12 ans, à devenir les "femmes" des miliciens. Je suis alors devenue l'une d'elles auprès d'un homme, qui, comme moi, était congolais et avait été enlevé, mais avait rejoint comme combattant les rangs de la LRA. Ils formaient les hommes kidnappés à tirer et nettoyer leurs armes. Parfois, ils attachaient de force un jeune homme, et en forçait un autre à l'abattre avec un gourdin ou une machette. Un jour, alors qu'ils m'avaient envoyée chercher à manger, j'ai finalement réussi à m'échapper. Moi et une autre fille, nous nous sommes enfuies en courant lorsque l'un des combattants chargé de nous surveiller s'est endormi. Nous avons marché 40 km et sommes parvenues à un village du Soudan. Deux mois après, Patrick a lui aussi réussi à s'échapper à la suite d'une attaque perpétrée par l'Armée ougandaise contre la LRA. Je ne sais pas si je suis atteinte du Sida car il n'y aucun centre de dépistage à Niangara. Nous vivons maintenant en tant que "déplacés" dans une ville où nous nous sentons en sécurité car quelques troupes de maintien de la paix des Nations Unies y sont présentes alors que personne ne nous protège dans notre village. Tant que les Nations Unies ne viennent pas chez nous, ce serait trop dangereux d'accéder à nos champs, nous pourrions mourir de faim." * Les noms des témoins interrogés dans ce cadre ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.

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