Davos 2019 : services publics ou fortunes privées ?

Tandis que les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 12% l’an dernier, empochant ainsi 2 milliards d’euros par jour, la richesse de la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,8 milliards de personnes, a chuté de 11 %.

Des politiques économiques et fiscales qui creusent les inégalités

En 2018, le fossé entre les plus riches et les plus pauvres a continué de se creuser dans le monde. En cause, le renoncement des gouvernements à financer – par une fiscalité juste – des services publics de qualité et accessibles à tous.

Tel est le constat du nouveau rapport d’Oxfam, « Services publics ou fortunes privées », publié à la veille du Forum économique mondial de Davos, qui rassemble les élites économiques et politiques – une opportunité pour prendre des mesures concrètes pour résorber ces inégalités extrêmes.

Ce rapport met en lumière les conséquences humaines désastreuses de la réduction des moyens alloués aux services publics par les gouvernements du monde entier.

Parmi celles-ci : la mise en échec de la lutte contre l’extrême pauvreté, qui a augmenté notamment en Afrique subsaharienne où 3,4 milliards de personnes vivent encore avec moins de 5 € (5,5 $) par jour ; le renforcement des inégalités économiques, pénalisant d’abord les femmes et les filles, les premières à effectuer du travail domestique non rémunéré.

A Davos, Oxfam révèle une sombre réalité derrière les chiffres des inégalités

Ainsi :

  • Depuis la crise financière, le nombre de milliardaires a presque doublé : ils étaient 1 125 en 2008 et 2 208 en 2018.
  • Entre mars 2017 et mars 2018 : on a dénombré un nouveau milliardaire tous les deux jours.
  • Le rythme de la réduction de la pauvreté dans le monde a été divisé par 2 depuis 2013. La pauvreté repart même à la hausse en Afrique subsaharienne.

En France, Oxfam démontre que les inégalités se creusent aussi

La France n’échappe pas aux réalités des inégalités, du boom des milliardaires, de la sous-taxation des riches et de l’évasion fiscale. L’année dernière, les 5 % des Français les plus riches ont capté 40 % de la richesse nationale. Les 1 % en détenaient 20,6 %.

Après les Etats-Unis, la France est le pays qui a connu la plus forte progression de millionnaires en 2018. Aujourd’hui, en France, 8 milliardaires français possèdent autant que les 30 % les plus pauvres, suivant une tendance qu’ont emprunté nombre de pays riches.

Les gouvernements responsables de l’aggravation des inégalités

La responsabilité des gouvernements est sans équivoque : loin de s’attaquer aux inégalités, ils les aggravent d’un côté en allégeant drastiquement la taxation des entreprises et des plus fortunés, et en renonçant à combattre l’évasion fiscale tandis que de l’autre, ils sous-financent les services publics, au détriment des plus pauvres et des femmes notamment, qui doivent par exemple assurer des soins de santé de leurs proches sans être rémunérées, et qui en France, ne sont pas épargnées par la pauvreté même lorsqu’elles ont un travail [1].

Des solutions concrètes pour lutter contre les inégalités

En pointant du doigt le détournement de la fiscalité de ses objectifs initiaux de construction d’une société inclusive et d’une économie plus humaine, ce rapport est également porteur d’espoir. Il montre que les gouvernements, en investissant les recettes fiscales dans des services de santé et d’éducation de qualité, disposent d’un immense pouvoir de réduction des inégalités.

Pour répondre à la crise des inégalités et au sentiment d’injustice fiscale, Oxfam demande aux gouvernements – à commencer par Emmanuel Macron qui a fait des inégalités le thème central du G7 dont il prendra la présidence cette année, d’adopter des mesures efficaces telles que :

  • Mettre en place des fiscalités progressives pour financer des services publics de qualité, en demandant aux plus aisés – particuliers et grandes entreprises – d’être davantage mis à contribution pour l’intérêt général. Cela commence en France par le rétablissement d’un impôt sur la fortune.
  • Lutter efficacement contre l’évasion fiscale en dressant une liste crédible des paradis fiscaux et en exigeant des multinationales qu’elles paient des impôts correspondant à leurs activités réelles.
  • Adopter et promouvoir des politiques d’aide au développement qui investissent prioritairement dans les services essentiels (éducation, santé, agriculture, protection sociale).
  • Réduire les écarts de salaires dans les grandes entreprises, en fixant un écart maximum entre les plus hauts salaires et le salaire médian et dès maintenant en obligeant les grandes entreprises à publier les écarts de salaire par quartile en leur sein.
  • Faire de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre toutes les discriminations fondées sur le genre, un axe transversal de toutes les politiques publiques.

Au niveau français, déjà plus de 30 000 personnes ont demandé à Emmanuel Macron une grande loi contre les inégalités. Rejoignez le mouvement en signant notre pétition !

 

 

Notes

  1. Le rapport complet en anglais, la méthodologie expliquant la méthode de calcul d’Oxfam ainsi que l’ensemble de données sont disponibles sur demande auprès de pleclere@oxfamfrance.org
  2. Oxfam a publié en décembre 2018, un rapport « Travailler et être pauvre, les femmes en première ligne »
  3. Les calculs d’Oxfam reposent sur les données les plus complètes et les plus actuelles disponibles. Les données concernant le partage des richesses détenues par la moitié la plus pauvre du monde proviennent de l’almanach de la richesse du Crédit Suisse pour la période comprise entre juin 2017 et juin 2018. Les données sur la richesse des milliardaires sont basées sur des informations plus détaillées de la liste annuelle des milliardaires de Forbes, pour la période allant de mars 2017 à mars 2018.
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