Vaccins contre le Covid-19 : quels enjeux en 2021 ?

Depuis plusieurs mois, la vaccination est au cœur de toutes les discussions et des débats. Alors qu’Oxfam a révélé, dès le mois de septembre, que la grande majorité des doses de vaccins avait été réservées par une poignée de pays riches, la fracture vaccinale est aujourd’hui considérable. Depuis un mois, les pays riches vaccinent leur population à raison d’une personne par seconde tandis que la plupart des pays en développement n’ont pas encore pu administrer la moindre dose de vaccin contre le COVID-19.

Pour protéger l’intégralité de la population, il est impératif que tous les pays puissent avoir accès à des vaccins sûrs et efficaces. Sans ça, nous ne sortirons pas de la pandémie avant plusieurs années. La coopération doit l’emporter sur la compétition.

Décryptage des différents enjeux avec Robin Guittard, responsable de la campagne Solidarité et inégalités mondiales, et les bénévoles Oxfam France.

Vaccins accessibles à toutes et tous, levée des brevets, mobilisation citoyenne… : les questions que vous vous posez sur les vaccins

 


Robin Guittard, responsable de la campagne Solidarité et Inégalités mondiales,
répond aux questions des bénévoles Oxfam France.

Pourquoi est-il crucial que tout le monde ait accès aux vaccins ?

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré le 11 mars 2020 que nous étions dans une pandémie, c’est-à-dire qu’aujourd’hui pour s’en sortir, il faut que l’ensemble de l’humanité soit protégé. Pourtant, les mutations du virus se multiplient depuis la fin de l’année dernière. Si des poches de virus demeurent à l’échelle planétaire, le risque est que les variants soient bien plus dangereux dans les prochains mois et qu’ils réduisent à néant nos efforts de vaccination à l’échelle planétaire.

On parle beaucoup d’inégalités d’accès aux vaccins. Concrètement, quels pays ont accès aux vaccins à l’heure actuelle ?

A l’heure actuelle, 75% des doses administrées l’ont été dans 10 pays : principalement aux Etats-Unis, dans l’Union européenne, au Royaume-Uni, mais aussi en Chine et en Israël. Des pans entiers d’Afrique, mais aussi plusieurs pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Asie, n’ont pas encore reçu une seule dose. D’ici la fin de l’année, dans beaucoup de pays, seule 1 personne sur 10 aura eu accès aux vaccins. A ce rythme-là, l’OMS a déjà alerté que nous ne mettrons pas fin à la pandémie en 2021.

Pourquoi le vaccin est-il le nouveau symbole des inégalités mondiales ? 

Le monde de 2021 se divise entre ceux et celles qui ont accès aux vaccins et ceux et celles qui en sont exclus. Des agences pour ultra riches proposent des voyages vaccinaux à Dubaï ou en Inde pendant que dans de nombreux pays les personnels soignant n’ont pas encore reçu une seule dose alors qu’ils et elles sont les premier-e-s sur le front du combat contre le virus. Le vaccin symbolise les dysfonctionnements de notre monde dans lequel la course aux profits pour une petite minorité a plus d’importance que la santé et la vie de millions de personnes. C’est aussi l’incroyable abandon par les gouvernements de leurs pouvoirs de régulation du secteur privé, incapables de tenir tête à une industrie pharmaceutique qui nous prend aujourd’hui en otage. Des milliards d’argent public ont été mobilisés, mais sans poser de conditions – pourtant légitimes – pour s’assurer que la coopération prenne le pas sur la compétition.

Beaucoup disent que les brevets des laboratoires pharmaceutiques sont un problème dans la lutte contre le virus. Pourquoi ?

Les brevets garantissent une exclusivité aux entreprises pharmaceutiques sur la production, la commercialisation et la fixation du prix de son vaccin. Or aujourd’hui, on a besoin d’aller beaucoup plus vite. Face à une situation exceptionnelle, des mesures exceptionnelles doivent être prises. Alors que des milliards d’argent public ont financé la recherche et le développement de ces vaccins, il faut suspendre les brevets pour permettre à tous les pays qui sont en mesure de le faire, de pouvoir produire des vaccins en toute sécurité et accélérer les campagnes de vaccination. On estime qu’il existe de nombreuses capacités de production inexploitées, notamment dans les pays en développement. Et bien sûr il faut investir dans de nouvelles structures pour produire bien plus massivement les précieux vaccins.

Qu’est-ce qu’une initiative citoyenne européenne exactement ? Pourquoi soutenir celle sur les vaccins ?

Une initiative citoyenne européenne, ou ICE, est un mécanisme officiel de l’Union européenne qui permet aux citoyens et citoyennes d’exiger de la Commission européenne des actions sur des mesures précises. Concrètement, il faut rassembler en un an un million de signatures dans au moins ¼ des pays membres. Le 30 novembre dernier, une ICE a été officiellement lancée sur la question des vaccins. Elle est extrêmement importante à plusieurs titres. D’abord, l’approvisionnement des vaccins se faisant au niveau de l’UE, elle est le bon niveau d’action pour produire les changements politiques nécessaires. Et surtout, après que les Etats se soient couchés devant les grands laboratoires pharmaceutiques, c’est désormais à nous, citoyennes et citoyens, de faire entendre notre voix pour que les profits de quelques entreprises ne passent pas avant la santé et la vie de millions de personnes. C’est en partageant largement les solutions, et notamment les savoirs sur les vaccins, qu’on pourra sortir au plus vite de cette pandémie.

> 5 raisons de soutenir l’Initiative citoyenne européenne sur les vaccins

Actuellement, une volonté de solidarité internationale a-t-elle été exprimée par certains Etats, ou la concurrence prime-t-elle au détriment de la coopération ?

Le principal outil de solidarité mondiale mis en place par l’OMS depuis le début de la pandémie s’appelle la plateforme ACT-A (pour Accélérateur pour l’accès aux outils contre la COVID19). Celle-ci a notamment un pilier dédié à faciliter la coopération autour de l’accès aux vaccins, COVAX. L’ambition initiale était notamment de coordonner les efforts de d’approvisionnement en vaccins en permettant une négociation en bloc avec les laboratoires pharmaceutiques pour ensuite organiser une répartition juste et équitable à l’échelle du globe. Problème, les pays riches ont saboté COVAX en privilégiant rapidement des négociations bilatérales chacun de leur côté avec les entreprises pharmaceutiques. La majorité des doses de vaccins ont alors été précommandées par les pays riches, laissant des miettes aux autres. Et comble de l’absurde, cette compétition entre pays a amené des pays comme l’Afrique du Sud à payer bien plus cher l’achat du même vaccin que le prix réglé par l’Union européenne.

Quel rôle joue la volonté de profit économique dans la lutte contre la pandémie au niveau mondial ?

L’histoire nous a appris malheureusement que l’industrie pharmaceutique est principalement motivée par la recherche des profits plutôt que la prise en compte des enjeux de santé publique. Des millions de personnes sont mortes au début des années 2000, notamment en Afrique, car les monopoles pharmaceutiques avaient alors fixé le prix de leurs traitements efficaces contre le VIH/sida à des niveaux inaccessibles pouvant atteindre 10 000 dollars par an. A l’heure actuelle, seul le vaccin Oxford/AstraZeneca est vendu à prix coûtant, les autres laboratoires prévoyant de juteuses marges bénéficiaires sur la vente des vaccins contre la COVID19. C’est ainsi que les dirigeants et actionnaires de Moderna et BioNTech (du vaccin Pfizer/BioNTech) sont en train de devenir milliardaires grâce au succès de leurs vaccins. Alors que 500 millions de personnes sont en train de sombrer dans la pauvreté à cause de la pandémie, amasser de telles fortunes sur le dos de notre santé et de la pandémie est indécent.

Vrai ou faux ? Si les pays riches achètent beaucoup de vaccins, cela permettra d’assurer un financement pérenne aux laboratoires, pour à moyen terme faire baisser le prix des vaccins, de sorte que les pays en développement puissent acheter des doses.

Faux. La mise au point des vaccins est déjà le résultat de milliards d’argent public investis à cet effet. Avec plusieurs vaccins efficaces et sûrs déjà disponibles, désormais l’enjeu est d’accroître les capacités de production. Personne ne demande aux entreprises pharmaceutiques de produire et vendre à perte, mais en temps de pandémie elles pourraient probablement se limiter à vendre leurs vaccins à prix coûtant et de mettre la course aux profits entre parenthèses. Et d’un point de vue éthique et moral, la question revient à se demander si la vie d’une personne dans un pays du sud est moins importante que celle d’une personne ici. Et la réponse est non. Chaque pays devrait avoir les moyens de pouvoir protéger sa population face à un virus qui nous touche tou-t-es. 

Nos bénévoles se mobilisent pour un accès équitable aux vaccins contre le Covid-19

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Elda, bénévole Oxfam France au groupe local de Nancy

« En tant qu’activiste d’Oxfam, je me tiens régulièrement informée de l’actualité et des enjeux liés au vaccin contre la COVID-19. Cette thématique me touche d’autant plus que nombre de mes proches vivent dans des pays où il y a peu d’espoir pour un accès rapide et sûr au vaccin. En tant que citoyenne, j’utilise les ressources mises à ma disposition par Oxfam pour informer, sensibiliser et agir : je participe par exemple à un évènement en ligne organisé dans ma région pour promouvoir la Campagne Vaccin d’Oxfam et je me mobilise sur les réseaux sociaux pour soutenir l’Initiative citoyenne européenne sur le vaccin. »
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Mélanie, bénévole Oxfam France au groupe local de Toulouse

« Je pense qu’il est primordial d’apporter une solution collective à cette pandémie afin de ne pas creuser davantage les inégalités déjà existantes entre les pays, et pour mettre fin ensemble à cette crise sanitaire qui perdure depuis un an. L’accès équitable au vaccin comme un bien public mondial est donc nécessaire pour donner à tou.te.s l’opportunité de lutter contre la Covid-19 et surtout de sauver des vies, peu importe où l’on se trouve sur la planète. Il faut une réponse collective à cette crise : le vaccin en est une, alors partageons-la ! »