Inégalités : pourquoi les 1% les plus riches du monde sont un problème selon Oxfam

Aujourd’hui, les 1% les plus riches de la planète possèdent près de la moitié des richesses mondiales. Cette répartition inégale des richesses est un problème car elle a pour conséquence d’enfermer des millions de personnes dans la pauvreté et de fracturer nos sociétés. L’accaparement des richesses par le « club des 1% » a aussi des impacts très importants sur le climat et sur les droits des femmes. Les milliardaires sont plus nombreux et plus riches alors que dans le même temps, une grande pauvreté persiste. Oxfam se bat contre cette injustice en produisant des rapports de recherche et en interpellant les responsables politiques pour leur demander d’agir pour combattre les inégalités qui ne sont en rien une fatalité.

Les 1 % les plus riches du monde s’accaparent les richesses de la planète

La planète produit de plus en plus de richesses et pourtant celles-ci sont concentrées entre les mains d’une poignée de personnes extrêmement privilégiées. Le Crédit suisse produit chaque année un rapport qui calcule la richesse cumulée des 1% les plus riches du monde, mais aussi des 5% les plus riches et des 10% les plus riches. Depuis 20 ans la tendance reste la même : les 1% les plus riches possèdent près de la moitié des richesses totales mondiales.

C’est sur ces données qu’Oxfam s’appuie pour produire ses rapports annuels sur les inégalités mondiales, publiés lors du Forum économique mondial de Davos au mois de janvier.

Qui sont les 1% les plus riches ?

C’est quoi être riche ? Bien gagner sa vie ? Avoir une maison de luxe ? Un yatch ?  Il existe plusieurs manières de regarder la richesse, en fonction de ce que l’on possède (le patrimoine) ou de ce que l’on gagne (les revenus).

La richesse liée au patrimoine :

Le montant de patrimoine à partir duquel on rentre dans la catégorie des 1% dépend de chaque pays car les niveaux de vie ne sont pas identiques partout dans le monde.

  • En France, on entre dans le club des 1% à partir du moment où l’on possède 1,9 millions d’euros de patrimoine brut (mobilier ou immobilier).
  • A l’échelle monde, cela concerne les personnes qui possèdent au moins 860 000 euros de patrimoine net. Deux points de vigilance sur ce chiffre mondial :
    • C’est une moyenne donc forcément le chiffre est plus bas que le chiffre France.
    • Le chiffre mondial retranche les dettes (patrimoine net), alors que l’INSEE le France ne publie que le patrimoine brut.

Et au niveau des revenus ?

Si on se base sur le revenu uniquement, les disparités entre pays sont extrêmement grandes. Mais la tendance mondiale est claire : selon les travaux du Laboratoire mondial sur les inégalités, depuis 1980, les 1% les plus riches ont capté 27% de la croissance des revenus, tandis que les 50% les plus pauvres n’en captaient que 12%.

Même au sein d’un pays au système de redistribution fort comme la France, les disparités sont importantes : il faut à peine quelques jours à un grand patron pour gagner l’équivalent d’un SMIC annuel. Mais a-t-on besoin d’être un grand patron pour être considéré parmi les riches ? Pas du tout : l’Observatoire des inégalités estime le seuil de richesse à un revenu de 3150 euros nets par mois, soit deux fois le revenu médian français.

Selon l’INSEE, les 10% des ménages français gagnant le mieux leur vie disposent de revenus annuels bruts de près de 48 000 euros. Les 1% des ménages gagnant le mieux leur vie disposent de revenus annuels bruts de plus de 115 000 euros. C’est près de 310 000 euros pour les 0,1% les ménages les plus riches, et près de 970 000 euros pour les 0,01%.

 

Lecture : en 2018, les 10 % de personnes les plus aisées en revenu initial ont un revenu initial par unité de consommation (UC) supérieur à 47 990 euros par an, tandis que les 10 % de personnes les plus aisées en niveau de vie ont un niveau de vie supérieur à 39 400 euros. Source : INSEE.

Des milliardaires de plus en plus nombreux et de plus en plus riches

Le nombre de milliardaires a été multiplié par 5 en 20 ans (538 en 2001 ; 2775 en 2021).

Malgré une crise mondiale, la planète compte toujours plus de milliardaires et la pandémie ne les empêche pas de continuer à prospérer. Oxfam a révélé en janvier 2021 que les 1 000 personnes les plus riches du monde ont retrouvé leur niveau richesse d’avant la pandémie en seulement 9 mois alors qu’il pourrait falloir plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie.

Pour se rendre compte du niveau astronomique et indécent de ces richesses, voici quelques chiffres :

  • Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde aurait pu avec les bénéfices qu’il a réalisés pendant la crise, verser une prime 105 000 dollars aux 876 000 personnes employées par Amazon dans le monde, y compris les quelques 10.000 salariés en France, tout en restant aussi riche qu’il l’était avant la pandémie de coronavirus.
  • Si quelqu’un avait pu économiser l’équivalent de 8 000 euros par jour depuis la prise de la Bastille (14 juillet 1789), il n’arriverait aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune de Bernard Arnault.
  • Depuis mars 2020, les milliardaires français ont gagné 170 milliards d’euros, soit deux fois le budget de l’hôpital public.

Néanmoins deux tendances sont très inquiétantes :

  • Depuis 2013, le rythme de la réduction de la pauvreté ralentit, ce qui est inédit.
  • Près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars par jour. Il suffit donc d’une mauvaise récolte ou d’une facture de soins médicaux, ou d’une pandémie, pour que ces personnes retombent dans l’extrême pauvreté. Oxfam utilise les chiffres basés sur un niveau de pauvreté à 5,50 dollars plutôt que le chiffre à 1,90 dollar, car cela revient à minimiser la réalité de la pauvreté en se focalisant uniquement sur les personnes qui vivent dans le dénuement total, ignorant une énorme partie de la population mondiale qui vit en situation de pauvreté.

La France n’est pas épargnée par cette répartition inégale des richesses

La France traverse aussi une crise des inégalités. Entre mars 2020 et avril 2021, les milliardaires français ont vu leur richesse augmenter de près de 40%.

La France compte aujourd’hui 42 milliardaires, c’est 4 fois plus qu’après la crise financière de 2008. Leur richesse cumulée s’élève à 510 milliards de dollars, soit 8 fois plus qu’après cette même crise. Plus de la moitié de ces milliardaires ont hérité de leur fortune, et seulement 5 sont des femmes.

Dans le même temps, un million de personnes seraient tombées dans la pauvreté en France en 2020 selon les associations caritatives. La France dépasserait alors les 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (elles étaient 9,3 millions avant la pandémie). L’INSEE ne pourra mesurer ce chiffre qu’en 2022 mais selon plusieurs expert-e-s, il pourrait être bien plus élevé. Ce que l’on sait déjà c’est qu’actuellement 8 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire pour vivre (soit 1 Français.e sur 8)  alors qu’ils étaient 5,5 millions avant la crise.

La pauvreté est sexiste. Les femmes et les filles constituent la majorité des pauvres à l’échelle mondiale, actuellement plus de 435 millions d’entre elles vivent sous le seuil d’extrême pauvreté. La situation risque de fortement s’aggraver. Selon les projections actuelles d’Onu Femmes, la situation risque de s’empirer dans les 10 prochaines avec une aggravation de l’écart de pauvreté entre les femmes et les hommes.

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En France, en 2018 le seuil de pauvreté était de 1 063 € par mois après transferts sociaux (60% du revenu median). Cette situation concernait 14,8 % de la population, soit 9,3 millions de personnes – 400 000 de plus qu’en 2017. Après trois ans de stagnation à 14,1 %, ce taux est reparti à la hausse en 2018.

Un modèle économique défaillant

Lorsque 1% de la population s’accaparent la moitié des richesses mondiales cela a des conséquences durables sur l’économie, la société et même sur la planète. Oxfam n’est pas contre la richesse mais contre un système économique qui aggrave les inégalités, qui enferme des millions de personnes dans la pauvreté et qui détruit la planète.

Des trappes à pauvreté 

Il faut à tout prix sortir du mythe du ruissellement selon lequel l’enrichissement des milliardaires favoriserait celui des populations moins riches. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui, alors que les milliardaires n’ont jamais été aussi nombreux et aussi riches, près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars par jour.

Les inégalités extrêmes créent donc des trappes à pauvreté où des millions de personnes restent aujourd’hui enfermées. D’après la Banque mondiale, si nous ne parvenons pas à combler le fossé entre riches et pauvres, nous ne pourrons pas mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030 et 200 millions de personnes continueront à cette date à subsister avec 1,90 dollar par jour.

Un enrichissement qui se fait au détriment du climat ?

Les plus riches sont aussi celles et ceux qui polluent le plus. Il y a un lien très fort entre inégalités de richesse et inégalités d’émissions de CO2.

Entre 1990 et 2015, les 10% les plus riches de la population mondiale ont été responsables de 52% des émissions de CO2 cumulées et les 1% les plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

La surconsommation d’une minorité aisée alimente la crise climatique qui s’est accélérée entre 1990 et 2015, période durant laquelle les émissions totales cumulées dans l’atmosphère ont doublé.

Les récents voyages dans l’espace des deux milliardaires Richard Branson et Jeff Bezos illustrent à l’extrême ces profondes inégalités et une déconnexion insupportable. En 10 minutes, Jeff Bezos et 3 co-équipiers ont émis 75 tonnes de C02 chacun, soit 20 fois les émissions carbone annuelles d’une personne, si l’on veut respecter l’Accord de Paris. Dans le monde, 1 milliard de personnes n’atteignent pas ces niveaux d’émissions durant leur vie entière.

Cette situation est doublement injuste car les personnes les plus pauvres, qui contribuent le moins au réchauffement climatique, sont pourtant celles qui en sont le plus victimes car elles ont moins de ressources pour s’adapter et sont donc les plus touchées par les conséquences du réchauffement climatiques (inondations, sècheresses, feux, crues, tempêtes, hausse des prix alimentaires, etc.). Sans oublier les générations futures qui hériteront d’un budget carbone épuisé et d’un climat encore plus dévastateur.

Une inégale répartition des richesses entre les femmes et les hommes

Les 1% les plus riches sont dans leur grande majorité des hommes blancs. Dans le même temps ce sont les femmes et les filles qui sont les plus touchées par la pauvreté ou menacées par les impacts d’une crise économique ou d’une catastrophe climatique.

Les inégalités entre les femmes et les hommes sont les plus universelles et les plus structurantes de nos sociétés. A l’échelle de la planète, les hommes détiennent en moyenne 50 % de richesses en plus que les femmes. C’est le résultat d’un système économique injuste et sexiste qui cantonne les femmes dans des pans de l’économie les plus dévalorisés et les plus précaires : économie informelle, contrats court, temps partiel subi, sur-représentation dans les métiers du soin qui sont très mal rémunérés, discriminations au travail… des millions de femmes se retrouvent enfermées dans la pauvreté, avec peu de perspective d’en sortir.

Quelques chiffres sur la situation en France :

  • Les hommes sont rémunérés en moyenne 28,5 % de plus que les femmes.
  • 76 % des emplois en temps partiel sont occupés par des femmes.
  • Les femmes sont surreprésentées dans le secteur du soin, par exemple, 91% des aides-soignante·s sont des femmes.
  • La part des femmes dans les instances de direction des entreprises du CAC40 est de 18,4%, alors qu’elles représentent 32% des cadres et 48% des effectifs.

Des sociétés qui se fracturent sur le mur des inégalités

Les inégalités nuisent à tous les individus. Elles freinent la lutte contre la pauvreté, sont mauvaises pour la croissance et creusent les fractures sociales. Ces dernières années, une vingtaine de pays ont connu des mouvements de révoltes pour dénoncer l’accaparement des richesses et des pouvoirs et la pauvreté qui en découlent : en Colombie, au Chili, au Liban, en Equateur, au Soudan, en Algérie… En France le mouvement des Gilets Jaunes est une réaction à des décisions politiques qui creusent les inégalités (réforme fiscale, taxe carbone injuste, suppression des APL…). La lutte contre les inégalités est aussi un enjeu démocratique.

Pour l’épidémiologiste Richard Wilkinson, une société inégalitaire est une société malade. Il a démontré une nette corrélation entre le niveau d’inégalité d’une société et ses troubles et dysfonctionnements : le taux d’emprisonnement, la mortalité infantile, les maladies mentales, l’obésité, la consommation de drogue, le nombre d’homicides. Les inégalités n’affectent pas que les pauvres : même la santé des plus aisés est plus fragile dans une société inégalitaire.

Il est possible de sortir de cet accaparement par les 1%

Les inégalités ne sont pas une fatalité

L’accaparement des richesses par les 1% les plus riches du monde n’a rien de naturel mais c’est le résultat de choix politiques et économiques. Aujourd’hui, même le Fonds Monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale alertent sur le niveau très préoccupant des inégalités mondiales et appellent les gouvernements à prendre des mesures pour les réduire, comme par exemple taxer davantage les très hauts revenus ou les entreprises qui se sont enrichies pendant la crise du Covid.

Selon Kristina Georgieva, directrice générale du FMI, « l’impact sera profond (…) avec des inégalités croissantes provoquant des bouleversements sociaux et économiques. »

Les solutions portées par Oxfam

Il est non seulement possible mais vital de s’attaquer aux inégalités. Oxfam porte plusieurs demandes auprès des responsables politiques pour changer de modèle économique : la solution se trouve dans un modèle permettant d’assurer les besoins de base (santé, éducation, alimentation, protection sociale) des personnes tout en respectant les limites planétaires.

Le financement de ce modèle passera par une fiscalité plus juste, qui met à contribution les personnes très fortunées, celles qui se sont enrichies pendant la crise, et aussi les grandes entreprises dont les pratiques d’évasion fiscale doivent cesser.